Dire adieu quand la fin est proche : peut-être pas conventionnel, mais oh! combien réconfortant

J’écrivais dans un autre billet que dans notre société, la finitude est occultée. C’est un sujet tabou. C’est un peu comme si nous vivions en étant éternels et nous quittons cette terre sans avoir le sentiment d’avoir vécu.

Perdre des gens qu’on aime et avec qui nous avons bâti des relations significatives au fil des années est très difficile. C’est avec les larmes aux yeux que nous tentons d’aligner les mots d’un texte dont nous ferons la lecture devant l’audience au moment venu. Peut-être oserons-nous un message improvisé pour célébrer ce que cette personne représentait à nos yeux.  

Ces messages-hommages ne sont que rarement transmis alors que la personne peut encore les lire ou les entendre.  

Je me suis souvent demandé… Qu’est-ce qu’on peut bien écrire ou dire à une personne qui est aux abords de sa fin de vie ? Est-ce que nous devons leur laisser vivre leurs derniers moments en faisant la sourde oreille aux mots qui émergent ou bien nous saisissons ce message de la conscience qui nous dicte de faire parler notre cœur? Je ne sais trop, je n’ai pas appris! Toutefois, dans un élan de profond respect et d’affection, je me suis alors lancée. Je me suis donné cette permission d’écrire à ma cousine qui vivait ses derniers moments. 

Adieu ma cousine!

Elle a 47 ans, et durant les 104 dernières semaines, elle vit avec l’annonce d’un cancer du sein incurable. Elle et moi n’avons pas une relation de proximité toutefois, j’ai des nouvelles d’elle et de son état de santé via ma tante.   

Alors voici le message que je lui ai transmis. L’écriture s’est faite d’un trait avec très peu d’hésitations et surtout beaucoup de tendresse. Un mot qui venait tout droit du cœur. 

Chère Mélanie, 

Je pense à toi souvent depuis ce diagnostic dans l’espoir de te voir reprendre le chemin de la guérison. Ce chemin qu’il ne te sera pas permis d’emprunter et saches combien ça m’attriste. Je peste parfois contre la vie que je trouve tellement injuste, tellement imparfaite. Malgré mon questionnement constant, il y a bien des choses qui échappent à la compréhension humaine, mais que jamais ne tariront mon empathie et la voix du cœur.

Peu importe les segments de vie que tu as dû franchir dans ce long cheminement jusqu’à aujourd’hui, je ne peux que féliciter ta force, ton courage, ta joie, ton beau sourire, tes valeurs profondément humaines, tes talents et ta bienveillance. Je me souviens de ton beau visage et ton éclat dans le regard. Ma cousine, je te prends dans mes bras et te donne le plus affectueux des câlins!

Comment te dire chère Mélanie? Parce que le moment est si difficile à concevoir, à s’approprier. Comment t’exprimer à quel point je suis triste, mais si triste pour toi et pour tous ces gens qui te côtoient de près ou de loin dans ce dernier segment. 

J’imagine qu’il y a la Vie qui t’a certainement heurté de maintes façons, mais tu as toujours fini par te relever. 

Parce que tu es forte, tu t’es relevée de tout ce qu’une personne peut vivre. 

Tu t’es probablement relevée des trahisons, des manques d’amour, des abandons et des souffrances morales multiples. 

Tu t’es relevée des obstacles, des fins de relations abruptes, des soucis quotidiens.

Tu t’es relevée parce que la vie te pousse, la vie te commande, la vie t’ordonne d’aller toujours plus loin. 

La vie nous met toujours au défi. 

C’est le défi de devenir toujours une meilleure personne. 

Et toi, tu es cette meilleure personne dans tout ton être, de toute ton âme. 

TU ES! 

Je souhaite que tu aies pu savourer tes expériences de vie qui t’ont mené au bonheur comme tes succès, les rencontres nourrissantes, les grandes réussites, les folies entre amies, les liens privilégiés avec des personnes significatives. Tu sais, ces pans de vie qu’il fait bon se souvenir, qu’il fait bon amener en voyage avec nous! Ces pans de vie qui s’impriment sur le cœur pour ne plus jamais te quitter! Et toutes ces personnes qui ont contribué à ton épanouissement de par leur amour, leur affection et dont la pensée trouvera refuge aux tréfonds de ton âme.  

Que dire de plus dans les circonstances, que dire de plus dans cette conversation de cœur à cœur? Peut-être ceci?

Alors que l’amour t’accompagne!

Puisses-tu être guidée dans cet espace sans nom!

Je te murmure à l’oreille que tu es aimée ma belle, aimée profondément!

Reçois cet amour et fais-en un cadeau!

Je termine ce doux message ainsi en toute simplicité!

Je t’envoie mes plus chaleureuses pensées!

Je t’envoie ma plus grande tendresse!

Je t’envoie ma plus grande douceur!

Je t’aime

Johanne xxx

Dans sa souffrance elle a tout de même pris la peine de me répondre. Mélanie fut très touchée que j’aie pris le temps de lui écrire. Dans ce même élan, elle m’exprimait sa grande tristesse de devoir quitter ses filles, son conjoint et tous ces gens qu’elles aiment profondément. Elle me parle aussi de cette peur viscérale de la fin, des effets secondaires des médicaments, de la perte de contrôle sur son corps et de son état de santé qui se détériorait de jour en jour, obligée d’accepter l’inévitable. 

Prendre le temps…

Peut-être vivez-vous une situation similaire à laquelle vous vous devez d’accepter, avec une personne chère, qu’elle se dirige vers l’inévitable chemin qui mène à cet espace sans nom.  

Prenez quelques minutes pour dire ou écrire ces choses dont l’expression est particulière. Félicitez, aimez, célébrez ce que cette personne est, trouvez ces mots que votre cœur vous dicte et transmettez-les avec bienveillance. Non, ce que j’ai fait en écrivant ce mot n’est peut-être pas conventionnel, mais je crois sincèrement que c’était ce que j’avais à faire.  

Mon cœur se souviendra et je sais que j’ai apporté quelques secondes de réconfort.

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