Aimez-vous les histoires vraies?

J’en ai trois pour vous! Trois récits vécus pour vous. Une femme expérimente de traverser l’Atlantique sur un cargo pour évacuer un deuil. Un père atteint du cancer qui, le temps de ses rémissions, veut faire de sa fille une femme parfaite. Un homme au moral chancelant décide de parcourir l’ancien chemin de Compostelle qu’il a traversé dans sa jeunesse.

Être du monde de Maryse Rouy

L’auteure de 30 romans nourrit le rêve de traverser l’Atlantique, non pas sur un paquebot de croisière, mais sur un cargo, c’est-à-dire un porte-conteneurs. Dans Être du monde, nous avons droit à deux histoires, la traversée elle-même, ses préparatifs, comment se déroule la navigation et, en alternance, la progressive descente aux enfers de sa mère de 87 ans atteinte de la maladie de la Sclérose Latérale Amyotrophique (Lou Gehrig). Elles sont deux sœurs qui deviennent aidantes naturelles, mais ce qui a de particulier chez Maryse Rouy, c’est qu’elle habite Montréal et sa mère, la France, dans le petit village St-Laurent. Durant 14 mois, elle fera la navette entre son domicile et celui de sa mère dont on suit la maladie pas à pas.

J’ai apprécié la proposition de l’auteure de nous faire vivre sa démarche d’écriture dans sa cabine sur le cargo. Si jamais, vous vous demandez comment se déroule la vie sur un cargo, vous avez le livre tout indiqué pour vous en informer. Si on s’y arrête, un cargo nous confine aux mêmes passagers (maximum 6) dans des espaces clos et la maladie de la mère fut un emprisonnement progressif dans son corps. Il y a là un corollaire intéressant. L’auteure fait preuve d’une sensibilité à fleur de peau lorsqu’elle écrit sur les aléas de la maladie, son style est pointilleux, déborde d’observations pratiques. L’expertise de la romancière historique transparait, Maryse Rouy amène le lecteur à s’ancrer dans la réalité, en touchant avec délicatesse ses émotions toujours à vif.

Ton absence m’appartient de Rose-Aimée Automne T. Morin

Un père atteint du cancer à qui on donne deux ans finit par vivre quatorze ans. Son objectif avant de mourir : rendre sa fille, Rose-Aimée, parfaitement à son goût. On peut imaginer la pression qu’a vécue l’auteure qui a perdu son paternel à 16 ans. De la page 9 à 33, elle nous entretient, à coup de brefs paragraphes, des effets indésirables de cette éducation où l’urgence de vivre de son père calquait ses comportements. Plus qu’essayer de l’influencer, il lui imposait des moules dans lesquels il lui demandait de se fondre. J’aurais aimé en lire plus longuement, on m’a mise en appétit pour, finalement, m’amener vers six autres portraits. Je m’explique. À partir de la page 37, après un joli dessin (on en retrouve avant chaque chapitre), on m’amène fouiller d’autres absences, d’autres carences, à commencer par celle de Thimalay. J’ai eu l’impression d’être abandonnée.

Une fois le choc assimilé, je me suis intéressée aux histoires de Thimalay : enfanter. Marilyn : combattre. Christelle : hurler par en dedans. Guillaume : nier. Annie : renaître. Samara et Sarah : fuir. Six histoires récoltées, interrogées, aiguillées par l’auteure. J’ai apprécié la pertinence de certaines questions ou commentaires. J’ai même trouvé en Rose-Aimée Automne une fibre de psychologue. À ce titre, j’aurais pris plus de commentaires ou de liens clairs entre son enfance et celles de ceux qu’elle nomme ses portraits. Une bonne idée entre toutes a été de revenir sur sa propre histoire avec une finale nommée « Défricher ». J’avais besoin de cette conclusion, de ce point final, après une pluralité de points d’interrogation.

L’Odyssée d’Yval de Stéphane Libertad

Cela fait une demi-année que j’ai lu ce pèlerinage sur le chemin de Compostelle. A-t-il su traverser le temps? Oui. La lecture m’a suffisamment marqué pour cela. D’emblée, j’avoue avoir lu trois pèlerinages avant de tomber sur celui-ci. Cela ne m’a pas aidé, car en partant, j’étais lasse d’entendre parler des pieds des randonneurs. L’Odyssée d’Yval ne fait pas exception à la règle, on passe un temps fou à parler chaussures esquintées, pieds endoloris, bas mouillés, enflure, inflammation, oignons, ampoules… alouette! La podologie y passe au grand complet!

Le pèlerinage d’Yval a ceci de particulier que le narrateur soumet son corps à des journées harassantes. Rendu là, c’est du sport extrême. On m’aurait confié que Stéphane Libertad voulait mater, et même expier, certaines mauvaises habitudes de sa vie, je l’aurais cru. Disons que l’amour de son corps et de son esprit ne passe pas par le chouchoutage. Tout au long de sa marche, il souffre et dénigre mentalement tous les pèlerins qui se la coulent douce. Il est clair qu’avoir été dans son entourage, je serais passé au batte, car je ne suis pas du genre à me fouetter les sangs à ce point, même pour la gloire de réussir un défi.

L’homme de presque cinquante ans a décidé de vivre le Chemin avec le moins possible de confort, utilisant à répétition sa tente, même lorsqu’il pleut, bourrasque, que les bestioles s’y infiltrent, que les animaux agressifs rôdent autour. J’ai tellement attendu le moment où il s’offrirait un peu de confort! Ce fut l’intrigue par excellence pour moi : quand vivra-t-il l’apothéose de son corps et de son esprit? Autre question qui me turlupinait : quand allait-il appeler sa femme et son fils afin de leur donner des nouvelles de son expédition?

Yval a sûrement retiré de grandes leçons de son périple. Je gagerais gros sur le fait que nous n’avons pas tiré les mêmes leçons!

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