La saison des amitiés sincères

C’est l’été, n’est-ce pas merveilleux! La chaleur, le soleil, les oiseaux, la nature à son plus beau. Avec l’été viennent les terrasses; j’adoooore. Moi, dès que c’est possible, je prends le petit-déjeuner sur ma terrasse. J’habite sur le bord du fleuve; quoi de plus apaisant que l’eau calme du matin avec, en fond sonore, les oiseaux qui jacassent en me laissant croire que c’est juste pour moi qu’ils le font. Autant que possible, tous les repas se prennent sur la terrasse.

Terrasse signifie aussi pour moi, repas entre amis, fêtes, célébrations en famille. On dirait que recevoir à l’extérieur est moins lourd; un bon hamburger maison peut donner lieu à des soirées mémorables durant lesquelles on jasera un peu trop fort après quelques verres de vin. 

Je fais ce grand préambule pour vous parler justement d’amitié. Depuis la mort de ma bonne amie, je réfléchis beaucoup à l’amitié, celle sur laquelle on peut compter sans devoir se parler tous les jours. Je suis chanceuse. J’ai l’impression d’avoir quelques vraies amies. Mais au fil du temps, sans trop que je comprenne la vraie raison de cette rupture j’ai perdu une grande amie. 

Une amie d’enfance; on était comme des sœurs, mais tellement différentes. Cette grande amie me faisait bien rire. Son côté plus frondeur, sa personnalité plus frivole m’amenaient dans des recoins de moi qui me faisaient du bien. Puis, un jour, pour toutes sortes de raisons elle a cru bon briser cette amitié qui n’était plus bonne pour elle. Il est vrai que quarante ans d’amitié, c’est tout un bail, mais justement, on ne peut pas résilier un bail comme ça.

Non, non, on doit aller en médiation, on doit aller chercher de l’aide. C’est vrai je divague; on ne parle pas de mariage ici, mais d’amitié. Qu’à cela ne tienne, ça fait mal perdre une amie, des souvenirs remontent régulièrement, des photos nous rappellent qu’on a bien rigolé. Parfois, le jour de son anniversaire je me questionne; devrais-je l’appeler particulièrement cette année alors que nous avons eu toutes les deux soixante ans? Je suis certaine que nous aurions ri comme deux gamines de nous voir rendues là. Je me dis que je dois respecter sa décision, elle a ses raisons… C’est quand même une belle histoire puisqu’elle a duré toutes ces années. 

Malheureusement, on en sort toujours un peu meurtrie, on n’ouvre plus aussi facilement son cœur, on ne partage peut-être plus autant. Peut-être ai-je été une mauvaise amie? Comme on dit, il y a toujours deux côtés à une médaille. Je ne peux avoir tous les torts. Enfin, même si on a partagé le même lit, fréquenté la même école, travaillé au même endroit, côtoyé les mêmes personnes, l’amitié demeure fragile.

Je suis sensible et idéaliste, je pense. Je ne suis pas meilleure que les autres, j’ai plein de défauts, mais une chose est certaine, je suis une amie disponible et empathique. Je me rappelle que l’une a un rendez-vous important chez le médecin, que l’autre est inquiète pour son fils. Mais force est de constater que dans la vie actuelle que nous menons il est difficile de garder le cap. Les textos viennent pallier au manque de temps, aux rencontres, aux conversations.

Il n’en demeure pas moins que pour moi l’amitié c’est comme l’amour, il faut l’entretenir et c’est de l’ouvrage comme on dit. Bien sûr, je n’ai plus un emploi qui m’accapare, j’ai donc plus de temps et plus de disponibilité, mais je persiste à croire qu’il y a toujours moyen de bloquer son agenda pour faire un court appel et prendre des nouvelles. Combien de fois j’ai entendu, je te redonne des nouvelles, je te rappelle sans faute, et puis… rien. Suis-je trop exigeante? Peut-être. Dois-je revoir ma vision de l’amitié? Sans doute. 

Est-ce qu’on peut faire part de ses déceptions à l’autre? Bien sûr, je peux moi aussi passer des semaines sans donner de mes nouvelles à mes amies si j’en décide ainsi. Ma vie est bien remplie, je vois mes filles, je m’occupe de mes petits-enfants, je travaille à temps partiel, je suis des cours, je sors avec mon conjoint. 

Mais, malgré tout cela j’ai grand plaisir à parler avec mes copines. On a souvent les mêmes inquiétudes, les mêmes intérêts; on est toutes dans une période de notre vie où l’âge nous amène à faire des constats autant sur notre physique que sur notre vie en général. Qui de mieux placée que ta copine des quarante dernières années pour partager le fait que tes bras sont devenus trop mous pour porter une petite robe sans manches, que ton petit-fils en a même fait la réflexion en te disant de manger plus de légumes pour les raffermir. Des choses anodines à partager qui nous amènent parfois à dédramatiser les petits désagréments du temps qui fait son œuvre.

Enfin, je poursuis ma réflexion sur ma terrasse. L’amitié est une chose colossale qui implique plusieurs choses; un partage de valeurs, de l’entraide, de l’écoute réciproque, l’échange de conseils, le soutien, l’admiration de l’autre, le partage de loisirs et la possibilité de se confier. Ouf, ça fait beaucoup, j’ai l’impression que l’on peut retrouver tout cela, mais peut-être pas dans une seule personne. C’est pour cela qu’il est intéressant d’avoir quelques bonnes amies. Elles viennent chacune embellir notre vie.

Après tout, comme Antoine de Saint-Exupéry l’a écrit au sujet de l’amour, on peut aussi dire que L’amitié, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.

4 commentaires
  1. Quelle belle définition de la vie, de l’amitié sincère et pour la vie pour certains ou certaines amitiés. Y’a pas plus précieux que nos amis, surtout que nous les avons choisis.

    Merci Christine pour ces sujets differents et qui nous fais réfléchir à chaque chronique que tu écris.

  2. Ah! Ta peine d’amitié résonne en moi.
    C’est un deuil à faire qui me semble plus grand qu’en amour. Avec le temps…
    Merci de ce partage empreint de sincérité .

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