Les larmes d’un homme

« Ne laisse jamais personne juger ta vie et tes choix, car personne n’a traversé tes douleurs, tes joies et encore moins tes peines » — Auteur inconnu

Chères Radieuses, laissez-moi vous raconter ma première « tranche d’histoire ». La coucher sur papier a été pour moi un exercice de délivrance, assez douloureux somme toute. Vous savez, il y a des blessures qui ne saignent pas, mais pour lesquelles on devra se battre toute notre vie pour les guérir : la trahison, le rejet, l’abandon, l’humiliation, l’injustice… Moi, j’ai dû courir toute ma vie pour recevoir l’amour de mes parents.

D’abord, je dois vous confier que je n’ai jamais aimé mon prénom puisqu’il est en réalité celui de mon grand frère mort à la naissance. Déjà, c’était bien lourd à porter pour un petit garçon.

Je suis né en Belgique, d’un père soumis à sa femme, ma mère, qui elle était d’une autorité extrême. Je ne garde que quelques bribes de ma petite enfance. Heureusement me direz-vous puisque j’ai vécu beaucoup de violence physique et psychologique : mes parents ne se souvenaient jamais de ma date d’anniversaire, on me mettait en punition à genoux sur du riz, on me donnait des coups de ceinture, des coups de manche à balais, on m’envoyait au lit sans manger, des gifles devant les clients en rentrant de l’école… Jusqu’au jour où ma mère et mon frère m’ont déclaré « mort » pour eux, il y a de ça quelques années, juste avant mon immigration au Canada.

C’est donc un « mort-vivant » ou un « vivant-mort » qui vous écrit du fond de son cœur blessé… mais avec le sourire!

J’ai passé mon adolescence entre l’épicerie familiale, l’école et le sport, ma bouée de sauvetage. Mes résultats scolaires ont toujours été en dents de scie puisque le travail à l’épicerie passait bien avant les devoirs, que je commençais rarement avant 21 h

Toutefois, à l’école, j’y étais bien. J’en garde mes meilleurs souvenirs bien que j’avais très peu d’amis, car ma mère ne le laissait jamais sortir. Il y avait bien trop à faire à la maison, à l’épicerie, sans compter que je devais donner un coup de main à mon père pour des travaux de construction. J’ai l’impression qu’elle ne voyait en moi que de la main-d’œuvre. Travailler, garder, nettoyer, construire… Je ne me rappelle pas qu’elle m’ait déjà prise dans ses bras pour me féliciter ou juste me dire je t’aime, ou merci, ou pardonne-moi je me suis trompée.

Je fais du sport depuis l’âge de 6 ans, et encore aujourd’hui comme coach et jamais, ma mère n’est venue me voir une seule fois. En secondaire 3, mon professeur de français a dit à mon père : « Si vous voulez connaître votre fils, allez le voir sur un terrain de basketball. » S’il est venu quelques fois, c’était toujours pour me faire des commentaires négatifs (« Tu aurais pu faire mieux! Tu n’as pas fait ceci ou cela! ») et ce, même après une victoire. Après réflexions, analyses, expériences, séminaires (j’ai mis des années à le découvrir), ce sont surtout les mots qui blessent le plus, bien plus que les coups.

Moi à 13 ans, je venais de remporter un concours de lancés au basketball.

Entre les professeurs qui voyaient mon potentiel, et les autres qui m’humiliaient; je faisais mon chemin. Il y a même un professeur qui m’avait donné le surnom « Exception à la règle », surnom accepté une fois jeune adulte quand j’ai fait mon service militaire. Mon sergent-major m’a alors dit : « Vous êtes une exception dans le bon sens du terme! » Ce qui me fit le plus grand bien.

Inutile de vous dire que ma confiance en moi a été très malmenée. Je n’avais plus confiance en personne… Différents évènements m’ont conduit à deux doigts du suicide. Par chance, ma compagne m’a trouvé juste au bon moment : j’étais au salon avec une corde…

Malgré tout, ma Foi en l’Univers demeure intacte. Même si je doute toujours, j’essaie de demeurer positif, d’avoir confiance à l’avenir. Malgré mes choix, bons ou mauvais. J’aime dire que le mauvais est seulement une expérience qui n’a pas donné le résultat espéré. Il suffit de changer les ingrédients et de tenter à nouveau le coup!

Donc aujourd’hui subsiste un questionnement vis-à-vis de ma famille. Que devrais-je faire? Aller à leur rencontre? Leur écrire? Leur transmettre ce papier?

Qu’en pensez-vous chères lectrices?

J’ai hâte de vous lire,

Alain

5 commentaires
  1. Bonjour Alain ,il est certain que si tu retournes les voir tu vas retourner dans ton passé,veux veux pas tu vas y retourner,est ce que tu as le goût de cela ,de revivre le passé

  2. Un témoignage très touchant cher Alain ! Une blessure d’ enfance difficile a guérir il est certain . Vous seul devez prendre la décision de revoir ou non vos parents .Faites ce qui sera le mieux pour vous , pour votre bien être .

  3. La toxicité familiale fait des ravages. Et ça empire quand cela se poursuit à l’extérieur de ce cercle, comme l’école par exemple.

    À vous de décider si vous voulez replonger dans cela.

    Un humble conseil: pensez à vous en premier.

    Peu importe quelle sera votre décision, bon courage.

  4. Je persiste à croire en une phrase qui dit « le passé ne se répare pas » je crois plutôt qu’il faut apprendre à vivre avec, et surtout, malgré ces blessures, c’est aussi ce qui constitue la personne que vous êtes devenue. Plutôt que d’espérer quelque chose qui pourrait malheureusement vous décevoir….. pourquoi ne pas vivre et accepter ce passé qui n’a pas été à la hauteur mais qui malheureusement, est le vôtre mais qui ne fait pas de vous une mauvaise personne au contraire, une personne avec ses failles et ses blessures mais qui peut être fière d’avoir eu la force pour aujourd’hui réaliser tout le chemin parcouru… allez de l’avant et laissez derrière vous ce qui ne vous rend pas heureux….on ne choisit pas sa famille mais on peut choisir la Vie que nous voulons ❤️

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