Marie-Christine Blais – changer de voie pour renouer avec soi

Rien ne semblait clocher pour celle qui a, pendant plus de 25 ans, semé ses mots, sa façon de voir les choses et ses opinions en tant que (très respectée) journaliste culturelle… et pourtant!

Il y a quelques années, Marie-Christine Blais a dû se rendre à l’évidence : plus rien n’allait. Sa voix toujours enjouée était devenue plus grave, son visage lumineux se refermait peu à peu. La si jolie salle de rédaction de La Presse, pour elle, ne brillait plus de mille feux : « Alors j’ai décidé de passer à autre chose », dit-elle sobrement.

Le désir d’être vraie

Dès les premières minutes de l’entrevue, celle qui entrera bientôt dans la soixantaine est pimpante, rassurante, voire maternelle. À l’entendre rigoler et se raconter légèrement, on est loin de se douter des tumultes qui l’ont habitée ces dernières années. Parce que tumultes et tempêtes il y a eu! Changement radical de carrière (elle est fraîchement diplômée en mécanique de véhicules légers!) et… Nouvellement célibataire : « Je dois maintenant me réapprivoiser et me redéfinir. La fin d’une relation de 22 ans est un deuil. Rien n’est facile là-dedans. », nous dit-elle, pensive.

Et la mécanique dans tout ça?

Elle l’affirme sans détour : elle a vécu une réelle « écœurantite aiguë » de la vie journalistique. Après un burn-out sévère suivi d’une profonde dépression, Marie-Christine avait la profonde conviction que la passion pour le métier qu’elle a pourtant adoré ne reviendrait plus.

« J’ai des passions extraordinaires qui se sont éteintes, c’est vrai. Toutefois, ça m’a permis de découvrir qu’il y avait autre chose en dehors de ces passions-là. Selon moi, il n’est jamais trop tard pour se mettre au défi, pour voir ce dont on est capable et ainsi, continuer d’apprendre sur soi. En choisissant de changer de domaine, je me retrouvais face à moi-même. Je me suis plongée dans un milieu totalement différent et j’ai réussi! Cette victoire m’a donné la confiance nécessaire et littéralement (!) des outils pour apporter d’autres changements dans ma vie », dit-elle en riant.

Avoir la force de se redéfinir

« J’ai plusieurs personnalités, il y a différentes Marie-Christine qui cohabitent et j’ai appris à le reconnaître. On oublie parfois qu’on a le droit de changer de carrière, de modifier sa trajectoire de vie… On peut s’en donner la permission! Notre époque a des lacunes, mais offre aussi d’incroyables possibilités. Au Québec, c’est possible de changer de carrière en étudiant pour 400 $ par année. On a la chance de se réinventer, il suffit de la saisir et de réaliser que la possibilité est là. »

Épeurant le changement ?

Pas pour elle! « Selon moi, rester dans une situation qui ne nous plait plus est fatal, c’est le changement qui est vital! Regardez autour de vous, tout change : les saisons, la forme des nuages, la lumière. Tout passe et tout renaît différemment. Il faut donc prendre conscience que nous avons un temps limité sur terre et qu’on doit prendre des risques! Imaginez-vous sur votre lit de mort demain matin. Seriez-vous satisfaite de votre vie? Si la réponse est non, vous devez changer les choses qui vous empêchent d’être pleinement heureuse. »

Être satisfaite de sa vie

Lorsque Marie-Christine parle de son passage sur terre, elle semble y avoir grandement réfléchi. Quand je lui fais la remarque, elle mentionne : « Pendant plusieurs années, j’ai accompagné des gens en fin de vie grâce à l’organisme PalliAmi. J’y ai appris à dire quand je vais mourir plutôt que si jamais je meurs, car une chose est certaine, c’est qu’on va tous y passer! Faites cet exercice et vous verrez que votre perspective changera.

Là-bas, j’ai rencontré 2 types de personnes : celles qui regrettaient de ne pas avoir fait certaines choses et celles qui étaient vraiment satisfaites de leur vie, car elles en ont fait ce dont elles avaient envie. Vraiment, je dois avouer que j’aime mieux être dans la 2e catégorie alors c’est ce qui me guide à travers les choix que j’ai à faire, lors de décisions à prendre. »

Pour Marie-Christine, un autre aspect vital du bénévolat est sans contredit les amitiés qui y sont nées : « Nécessairement, quand tu donnes du temps à une cause ou à un organisme, tu rencontres des gens qui ont des points en commun avec toi, des intérêts semblables. C’est une richesse de côtoyer des gens qui ont des similitudes tout en étant différents. »

Elle nous confie : « Avec l’âge, je m’aperçois que d’avoir de solides amitiés fait la différence lors de grands bouleversements. Pour moi maintenant, c’est la chose à cultiver. Ça et la curiosité de dénicher des activités qui me font du bien et qui me correspondent profondément. Quand on donne, on reçoit toujours plus. »

Radieuse joyeuse

« L’âge me permet aussi d’être ravie de vivre des choses qui ne sont pas excessives. J’ai une personnalité très passionnée, mais j’apprends à devenir plus contemplative. Je fais du yoga depuis plus de 12 ans et ça a certainement contribué à faire de moi la personne que je suis à l’approche de mes 60 ans. Je suis plus centrée, plus dans mon corps, plus intériorisée. Peu à peu au fil des ans, je suis devenue plus consciente du moment présent.

Bien sûr, le métabolisme change, le corps change et j’aime croire que c’est pour le mieux!, rigole-t-elle. C’est la première fois de ma vie que je lis un livre sans lunettes, moi qui en porte depuis l’âge de 4 ans! Vive la presbytie qui corrige la myopie, c’est épatant! »

Elle nous avait prévenus qu’elle avait tendance à toujours voir le verre à moitié plein, maintenant nous en avons la preuve! Elle poursuit : « Je me trouve très chanceuse d’avoir reçu la joie et l’émerveillement en cadeau à la naissance. La majorité des gens voit plus facilement le côté sombre, ça fait partie de notre culture, de notre société. Je pense toutefois qu’on doit faire l’effort de se conditionner au positif dans le but de voir le bon côté des choses. Pour y arriver, j’ai pris l’habitude d’écrire chaque jour une pleine page de « merci ». Quand c’est écrit, tu le vois, c’est concret et ça permet de mieux l’incarner. »

Alors les Radieuses, on sort papier et crayon et on s’y met aussi?

4 commentaires
  1. Quelle belle femme Marie-Christine! Je l’ai connu à l’époque de sa carrière de journaliste. Femme pleine d’énergie, de conversations brillantes et constructives, de passions et de grands sourires. J’admire Marie-Christine qui a fait un changement de carrière, être aux études, alors qu’elle avait de jeunes enfants. Chapeau à cette femme forte!
    En lisant et voyant Marie -Christine heureuse dans son choix de carrière, ça me chicote encore aujourd’hui à faire un dernier saut de carrière pour aller me checher un certificat dans une spécialité qui m’amènerait à concrétiser mon plan B. Un dernier changement de carrière pour ma dernière tranche de vie!
    Bravo pour ton gust Marie-Christine!

  2. J’ai eu l’occasion de travailler avec elle comme technicien à la radio de Radio-Canada. Toujours pétillante, je n’ai que des bons mots pour cette personne. Je suis content pour elle qu’elle puisse se redéfinir et surtout avoir le culot de faire volte-face et de changer de carrière du tout au tout. Bravo Marie-Christine.

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