Nouveaux modes de vie.

Quel que soit leur niveau de vie, depuis 3 mois, les humains de toutes les races ont été déroutés et fragilisés par un virus inconnu et inattendu. La dignité humaine est apparue incompatible avec l’embarras de voir des milliers d’hommes mourir dans des conditions de vie difficiles et considérées injustes.

Reconstruire un monde, avec de nouveaux modes de vie et de nouveaux modes d’emploi, sera certes difficile, mais rien n’est jamais totalement irréversible et tout est encore possible.

Notre planète a pris le détour singulier d’un virus pour nous signifier son long, long malaise et sa misère. On dirait bien qu’elle n’a pas chuchoté sa vérité et qu’elle a fortement exprimé sa colère. Le virus, en grand justicier, est venu dire aux citoyens de la planète qu’on l’assassinait et qu’au-delà de leur vie agitée, il existait une autre vie, celle de la Terre. La planète est venue nous dire qu’il était temps pour elle et pour nous de cesser l’engrenage rapide et exténuant dans lequel on se condamne à vivre. Elle s’est bien vengée; elle a fait subir aux humains la même carence de tendresse qu’elle vivait. Il a fallu le confinement, le silence et la réflexion pour comprendre que nous ne sommes pas invincibles. La race humaine a été grandement menacée et on l’a enfin compris : les humains et la Terre ont tous deux besoin d’un changement.

Après une lutte de 3 mois pour combattre le virus et en tenir éloigné le plus grand nombre de citoyens, il faut encore pour un moment respecter les conditions d’entente prises par les leaders politiques et les autorités sanitaires. On a pu compter sur eux. On ne peut qu’être fier de leur initiative de transparence et des changements apportés afin que la dignité des hommes qui luttent ne meure pas. Ils ont été salutaires à notre survivance.

Mais on sait que les vieux réflexes ont d’instinct tendance à revenir; aussi, il faut souhaiter que les décisions prises pour affronter le futur ne se basent pas sur les ordonnances et les récriminations du passé, mais sur une réelle analyse sociologique des leçons reçues au cours de ce long confinement. Il ne faut pas que le temps qui passe nous fasse oublier ce qui nous a pris 3 mois à reconnaître comme des valeurs premières. L’homme étant le parfait esclave de l’habitude et de la routine, il ne faut pas que ce qui a été des services essentiels prenne dans notre imagination une importance circonstancielle. Il ne faut pas laisser nos souvenirs s’effacer. C’est un peu pour ça que je les ai écrits.

Ce régime de réclusion a accordé à chacun le temps de réfléchir à ce qui, avant la pandémie, lui était difficile à vivre. Souvenons-nous du rythme effréné de travail qui avait cours et qui nous épuisait et changeons ce que nous pouvons changer de contrariétés et de frustrations. Souvenons-nous-en et osons dire sincèrement nos souhaits pour le bien-être futur de notre vie sociale et de notre vie de travail. C’est maintenant le moment de proposer de nouveaux modes de vie à nos leaders politiques. C’est maintenant le moment de dire et d’agir, sinon nous resterons les victimes du système et nous aboutirons dans une amère déconvenue où nous allons souffrir à nouveau parce que l’essentiel aura été oublié.

Au cours de ces mois d’isolement, la flamme des mouvements collectifs a été ravivée. Les humains ont retrouvé au fond de leur cœur un élan de fraternité. Dans les rapports, l’orgueil individuel a cédé un peu partout sa place à de la solidarité. Avec ferveur et empathie, nous nous sommes intéressés aux autres et avec un dévouement admirable, nous avons pris soin les uns des autres. Pour la majorité des gens, les valeurs se sont précisées et les priorités ont changé.

On dit que la confiance est contagieuse alors, si l’on croit encore en la fraternité humaine, restons optimistes et empressons-nous de réorganiser nos façons de vivre. Dans ces réorganisations, il est peut-être temps pour les gouvernements d’écouter l’instinct des masses avant de céder aux ambitions orgueilleuses, capitalistes et dévorantes toujours grandissantes des élites.

Au bout de ce long confinement, les gouvernements prioriseront-ils, comme naguère, la rentabilité des commerces et des entreprises ou celle de l’être humain? J’aime à croire qu’ils resteront dans la lucidité où ils étaient pendant la pandémie et qu’ils conserveront la sensibilité nécessaire pour entamer avec ardeur une restructuration pour la renaissance du bien-être des humains.

Une chose est claire : dans les organisations, il s’est passé quelque chose de différent. En un temps record, d’abord le ministère de la Santé et après lui la majorité des ministères et des entreprises se sont mis en action et ont réussi à s’adapter et à modifier la nature des échanges nécessaires à la nouvelle routine de protection au travail.

Devant l’obligation de distanciation, à l’instar des instances gouvernementales, les patrons d’entreprises et de commerces ont revu, avec ouverture et souplesse, les règles de leur organisation du travail. Les employés ont eu besoin d’aménagements et d’équipements tels des horaires de mi-journée, des heures coupées, des ordinateurs portables, etc.  Avec l’aide des moyens modernes, en un court laps de temps, on a ainsi vu naître le télétravail. Et toutes ces initiatives « sur mesure » ont fonctionné! En peu de temps, il y a eu des changements importants et des innovations dans les organisations et il y a eu aussi plus d’humanité.

Certains ont aimé travailler de la maison, à l’aise loin des bruits et des va-et-vient; ils ont échappé avec bonheur aux contraintes du monde civilisé et ils ont même abattu plus de boulot. Pour eux, cet enfermement a été la liberté. Ceux-là qui ont aimé le télétravail et qui avant cette expérience de retrait étaient malheureux dans leur fonction auront une sérieuse remise en question quant à leurs conditions et leur rythme de travail; ils chercheront très certainement un emploi où ils auront la liberté et le temps d’être autre chose que des travailleurs.

Pour certains parents, qui en plus du télétravail avaient des enfants à s’occuper, l’adaptation fut plus difficile. Mais lorsque les enfants reprendront régulièrement le chemin de l’école et de la garderie, pour certains d’entre eux le télétravail deviendra l’équilibre travail/famille qu’ils espéraient depuis nombre d’années. Certains éviteront peut-être ainsi le fatal « burnout ». Comme il y a toujours deux versions des choses, pour quelques autres qui ont besoin de civilités et de contacts humains, le télétravail s’est avéré insupportable et ils seront heureux de quitter la maison.

Quoi qu’il en soit, en entendant le mot déconfinement, chacun a souri intérieurement. Certes, les belles et grandes choses ne se font pas en claquant des doigts et on ne peut pas jurer que les changements souhaités se réaliseront. Néanmoins, on peut imaginer l’impact extraordinaire que pourrait avoir sur les vies sociale et familiale des gens de même que sur l’environnement si, par exemple, les ministères, les commerces et les entreprises mettaient en place, de façon permanente, le télétravail et instauraient pour ceux qui travaillent du bureau des horaires de travail adaptés : moins de déplacement à des heures fixes, moins d’automobiles sur les routes et du coup, moins de CO2 et moins d’argent à investir pour les routes et les transports. L’auto redeviendrait peut-être, comme par le passé, le luxe pour les sorties de fin de semaine. On peut toujours rêver!

Au cours de cette longue pause, jeunes et vieux ont été forcés de réduire leurs sorties et leur consommation au strict minimum. Les pharmacies et les épiceries sont restées ouvertes, alors que comme par le passé tous les commerces ont été fermés le dimanche. Par voie de conséquence, les travailleurs ont ainsi pu profiter d’un congé auprès de leur famille. Le congé du dimanche serait peut-être l’une des normes de liberté à conserver dans notre nouveau monde, ce qui nous permettrait peut-être de retrouver le sens des rencontres dominicales. On peut toujours rêver!

Pour l’instant, nous voyons dans le regard de nos dirigeants un éclat de sincérité et un élan d’équité que l’on ne peut que louanger. Que ça serait triste si cette vague humaine de malheur planétaire ne changeait rien aux valeurs de nos dirigeants!

Claudette Rivest

1 commentaire
  1. Comme vous écrivez bien ! Toute une gamme d’émotions et de vérité à vous lire. Merci ! Des rédactrices et une équipe hors-pair et chez Les Radieuses.

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.