Romans : 3 nouveautés à découvrir

On n’a plus les belles-mères qu’on avait… Et ça se reflète dans notre littérature. Connaissez-vous l’actrice, Marie Chantal Perron, cette explosive actrice? Elle déborde d’émotions, tellement qu’elle me donne parfois l’impression qu’elle va éclater comme un ballon trop gonflé. Sa fougue et sa verve marquent « Les douze mois de Marie » aux Mains libres, maison d’édition que je ne connaissais pas encore. J’ai désiré faire plus ample connaissance en visitant leur site et j’en ai retiré cette définition : une maison pour les auteurs et une maison pour les lecteurs. J’aime l’idée qu’une maison d’édition abrite autant le lecteur que l’auteur. En plus, j’ai découvert, en soupesant le bouquin compact de 125 pages, qu’ils offrent des livres attractifs. L’esthétisme est léché; des pages glacées de bonne épaisseur, des illustrations exclusives, un format attrayant. Des éléments qui stimulent l’envie de le tenir, de le lire, de l’insérer entre ses appuis-livres.

J’ai également avalé « Cette confusion sera superbe » de Martin Talbot des éditions Stanké, personnages furetant autour des vers d’une poétesse décédée à 27 ans, Huguette Gaulin. Je me suis fait plaisir en revenant à Claire Bergeron qui, avec son dernier titre « Dans l’ombre de la Sainte Mafia », fouille la religiosité des années quarante. Une religieuse, au départ des plus discrètes, se libérera sous les regards affectueux de la gent masculine, entre autres, un prêtre et un homme de loi.

Les douze mois de Marie de Marie-Chantal PerronÉditions Mains libres

Douze mois, douze illustrations de la comédienne et artiste visuelle Geneviève Boivin-Roussy qui annonce la couleur et la saveur de chacun des mois. Dès la lecture du titre, j’ai eu ce réflexe poussiéreux de prière, un amen en est même sorti de mes lèvres. Pourquoi ce temps de Marie divisé en douze? Le sens m’a échappé jusqu’à ce que j’apprenne qu’il s’agit du laps de temps pris par Marie pour exécuter sa décision d’abandonner un amoureux qui ne l’est plus. L’orage gronde sous chacun des mots et des mois écoulés avec l’homme qui l’habite et habite chez elle, lui et sa fillette, Prunelle.

Marie-Chantal Perron. Crédit photo : Martine Doucet
Geneviève Boivin-Roussy. Crédit photo : Eva Maude TC

Pourquoi autant hésiter avant d’opter pour le bonheur sans cet homme qui l’écorche vive? C’est la faute de Prunelle, la fillette de sept ans du trio familial reconstitué. En partant, le terme « reconstitué » n’ennoblit pas nécessairement ces familles rapiécées où les coutures parfois éclatent, quand l’ajustement est trop étroit. Les familles se forment rapidement, on ne fait plus d’essayages, pas de fiançailles ni de lune de miel, le désir joue de moins en moins son rôle. Les familles arrivent toutes rondes, déjà formées, avec des habitudes ancrées. Certaines habitudes toxiques, d’autres bienveillantes s’agrippent aux basques de la nouvelle famille et il faut s’y adapter coûte que coûte.

Marie-Chantal Perron nous raconte son vécu où elle hésite tant à se séparer de l’amoureux pour éviter de perdre l’enfant à qui elle s’est grandement attachée. La mère biologique de Prunelle est présente dans le décor, même si son écho s’entend de loin, la terre gronde sous sa semelle. La mère biologique, consciente que Prunelle est la fille d’emprunt de Marie-Chantal, qu’on la lui prête ne sera pas clémente. Bref, on lui fera bien sentir lors de la séparation qu’elle n’a aucune voix au chapitre. Peut-on aimer aussi intensément un enfant prêté qu’un enfant né de ses entrailles? Oui, crieront plusieurs et, de ceux-ci, l’autrice se fait la porte-parole dans ce petit bouquin sans prétention. Je dirais même qu’elle est la « porte-cri-du-cœur ». Un cœur comme celui de Marie-Chantal Perron bat à plein rendement, il se donne entièrement, faisant fi du contexte, elle aime à fond Prunelle. Aucun calcul, aucune protection, aucun masque. Un enfant se laisse influencer par ses parents disposant de tous les droits sur lui. Dans ce cas, on conseille à la fillette de prendre une pause de son ex-belle-mère qui ne porte déjà plus le titre de belle-mère.

Cette histoire nous amène sur la voie de questionnement : est-ce que ces décisions drastiques prennent en considération les besoins de l’enfant ou si elles sont prises dans le but de se simplifier la vie? N’est-il pas facile pour des parents contrôlants d’outre passer leur pouvoir? Ces douze mois de Marie déclinés en douze octaves démontrent combien cette relation revêt une importance significative aux yeux de Marie-Chantal Perron. Les parents ordonnent à leur fille une pause dans la relation, sans explication, en tout cas, aucune explication n’est divulguée dans le recueil. Elle n’a pourtant pas rêvé cette relation stimulante et bienveillante vécue avec Prunelle, cet engagement ne s’inscrirait nulle part. Un an, quatre ou dix, aucun calendrier ne compte légalement le temps de l’engagement du beau parent. Malgré l’étiquette de « beau », rien n’est vraiment beau dans ces nouveaux tableaux familiaux.

J’ai apprécié l’astuce du prologue, celui-ci se déroulant en 2035, l’année où Prunelle atteint l’âge de 25 ans et va s’acheter « Les douze mois de Marie » pour entendre parler de sa relation avec sa belle-maman. Un cœur intense, aimant et entier comme celui de Marie-Chantal Perron inscrit son amour dans le temps. La force de son besoin vital l’a poussée à utiliser un beau moyen, un livre adressé à sa précieuse Prunelle parce que, oui, elle tient à elle comme à la prunelle de ses yeux.

Cette confusion sera superbe de Martin TalbotStanké

N’est-ce pas que le titre est accrocheur? C’est un vers tiré d’un poème de la poète Huguette Gaulin, laquelle s’est immolée par le feu le 4 juin 1972 sur la Place Jacques Cartier à Montréal. On a trouvé à côté d’elle un carnet de notes avec, entre autres citations, celle-ci : «Vous avez détruit la beauté du monde. Permettez-moi d’en faire une pionnière, elle et son message écologique avant son temps». Ce fait, loin d’être divers, a inspiré Luc Plamondon pour sa grandiose chanson Hymne à la beauté du monde, chantée par la magistrale Diane Dufresne.

Cette fois, c’est Martin Talbot qui désire rendre hommage à cette poète disparue à travers ses personnages qui tourbillonnent autour de cette beauté du monde. Sarah, en rupture amoureuse non désirée, compte la répétition des mots dans la poésie et tire la conclusion que les vers convergent vers le corps des femmes. Il y a Daniel et Nathalie, tous les deux portant en eux une maladie dite mentale, une allusion probable à la schizophrénie de la poète décédée à vingt-sept ans. Benoit tente de protéger son frère Daniel, mais n’a jamais le bon doigté, les situations empirent. Benoit est en quête d’inspiration pour compléter une œuvre fictive où il y se tiendra prochainement une audition où Sarah, la comédienne sera probablement conviée. Tous les prétextes sont bons pour butiner autour des vers de la poète, tirés de son unique recueil « Lecture en vélocipède » publié aux Herbes Rouges.

Cette confusion sera superbe est une lecture avec peu d’aspérités, peu de tensions, la progression est lente, ce qui fait que j’ai trouvé ardu de m’accrocher. Aucun personnage ne s’est imposé à moi, ils sont restés enfouis entre leurs pages. Sans attachement, j’ai erré, une lecture à ce point contemplative qu’elle s’est quelque peu effacée de ma mémoire. J’ai dû relire certains passages avant de vous en parler, tellement l’histoire m’a échappé aussitôt que j’ai fini de la happer. Bref, lecture légère et facile qui, en contrecoup, a tendance à glisser dans les sillons de l’oubli.

Dans l’ombre de la Sainte Mafia de Claire BergeronDruide

Une autre histoire prenante de cette chère autrice prolifique à souhait. Elle est chère à mon cœur pour la demi-douzaine d’histoires qu’elle m’a déjà racontées. Cette fois, l’action se déroule dans les années 1942, et la vedette est une religieuse libérée dans sa tête et, osons l’avouer, dans son corps également. Il faut préciser que sœur Anne-Marie-de-Jésus n’a pas eu le choix : elle a été obligée d’endosser la vie religieuse. La vocation qui implique d’aimer Jésus exclusivement n’y est pas. Sa surface de soumission se présente comme une glace mince prête à craquer au premier choc.

La religieuse vient d’arriver dans une petite bourgade au fin fond de l’Abitibi, elle veillera à éduquer les femmes à la musique. En entendant d’entrer en fonction, ses services sont réclamés auprès d’un invité de prestige, le prédicateur, Père L’Étoile venant diriger trois jours de retraite. On s’en doute, autour des années quarante, l’institution de l’Église catholique régnait en maîtresse sur les mœurs de ses ouailles, se permettant d’outrepasser leur droit, en soumettant de jeunes garçons à leur désir. On s’est moins arrêté à la question des religieuses à qui il arrivait aussi d’être abusées par ceux qui détenaient le bâton du pouvoir. Ces jeux d’influences et de manigances se déroulaient en coulisses et les décisions prises au sommet étaient mises sur le compte des voies impénétrables du seigneur Dieu.

Sœur Anne-Marie-de-Jésus, par son ouverture d’esprit, se fera des alliés pour défendre sa cause de prisonnière entre les mains de l’autorité sainte. Elle sera vigoureusement défendue par le curé du village, ainsi que par Maître Duvernois, réputé juriste ayant une dent contre l’Église.

Vous aimez les histoires lumineuses et romantiques à souhait, vous avez faim de positivisme en ces temps de guigne mondiale (pandémie tenace, guerre barbare, écologie négligée), cette lecture sera votre tonique naturel pour fortifier votre humeur.

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