Suggestions de lecture: Apprendre (à prendre)

Il arrive que j’aie le goût de me diriger vers des lectures qui m’apprennent, me fassent réfléchir et évoluer. C’est à prendre ou à laisser! J’en ai trois ce mois-ci et, à tout seigneur, tout honneur, ma première lecture est une biographie complète de cette auteure dont l’œuvre en a envoûté plusieurs : Anne Hébert. Celle-ci ne méritait pas moins que cette biographie pointilleuse rédigée pendant des années par une de ses fans, Marie-Andrée Lamontagne. Le second titre, je ne l’ai pas choisi, on me l’a offert : « Que reste-t-il de nos voyages ? » de Marie-Julie Gagnon. Je suis reconnaissante de cet envoi qui a généré des réponses à certaines questions que je n’avais pas encore pensé à me poser. Vous apprendrez tout sur le voyage, court ou long, aventureux ou confortable, préparé ou pas. L’ultime interrogation en bout de piste : est-ce que le voyage bouscule nos pensées et habitudes établies? Le dernier titre est la cerise sur le sundae. En compagnie de la journaliste reconnue : Michèle Ouimet, nous naviguons au travers de ses reportages les plus marquants, le tout raconté avec une franchise sans concession. 

Anne Hébert, vivre pour écrire de Marie-Andrée Lamontagne

Je vous situe immédiatement; cette biographie n’est pas de celles où l’auteure se met à la place de la personne afin de présenter au lecteur une biographie aux allures romancées. Entre vos mains ouvertes, vous trouverez une biographie classique et scrupuleusement documentée. Il apparait évident que Marie-Andrée Lamontagne avait à cœur de ne pas fabuler, ne serait-ce qu’une phrase ou deux, l’option résolument prise étant de s’en tenir aux faits. On apprendra en temps et lieu que la biographe était une fan de l’œuvre d’Anne Hébert, qu’elle a croisée lors d’un évènement public à Paris. On apprendra aussi sur le début de la vie de l’écrivaine axée sur la maladie des siens et d’elle-même. On se fera une idée sur le côté étouffant du foyer où on couve la jeune femme au point de générer une grande part d’anxiété chez Anne Hébert qui peinera à s’élancer dans la vie. Il y a matière à lire entre les lignes afin de tirer ses propres conclusions en s’appuyant sur moult informations précises. Il faut le dire, il n’y a pas une page sans annotations, lesquelles sont longues, complexes et détaillées. C’est un travail de moine qui porte ses fruits, car on se fait une tête sur cette femme au parcours exceptionnel, particulièrement vers la fin de sa vie. Le début m’est apparu laborieux, surtout lorsque nous naviguons entre les lignées de sa généalogie. Un truc, rendez-vous à la fin du volume où il y a un diagramme que j’ai découvert… trop tard! N’oublions pas qu’Anne Hébert était une petite cousine de St-Denis Garneau, ce qui fait que vous obtiendrez de précieuses informations sur le grand poète. Je ressors de cette lecture convaincue plus que jamais qu’écrire une œuvre solide et inspirante n’est pas simple. Cela exige de l’acharnement au travail, une place prépondérante d’éditeurs à l’esprit critique aiguisée ainsi qu’un concours de circonstances favorables, des facteurs dont l’auteure a bénéficié. Lecture pas moins que passionnante avec les va-et-vient incessants d’Anne Hébert entre le Québec et la France (Paris et Menton).

Que reste-t-il de nos voyages? de Marie-Julie Gagnon

Qui n’a pas déjà voyagé? Peu de personnes ne sont pas attirées par le vent de la découverte, et par la sensation d’être désorienté par un changement de lieux, de pays et d’us et coutumes. Est-ce que les plus férus de voyage sont des gens plus ouverts que ces autres qui se cantonnent à leurs habitudes qui finissent par tenir lieu de vérité universelle? Après cette lecture édifiante, je suis encore plus portée à répondre « oui ». Certains êtres, aussitôt sortis de leurs habitudes, se (re)mettent en question, s’ouvrent largement à la différence, interrogent les écarts entre les manières d’agir et de penser. Le volume se présente sous la loupe de diverses anecdotes de plusieurs types de voyageurs que l’auteure a criblés de questions afin de comprendre pourquoi ils ont la piqure et même pourquoi cette piqure est entrée profondément dans leur chair de sédentaires? Attention, dans ce livre, on couvre le mordu des voyages qui s’allongent, se prolongent, se répètent, mais sans omettre de parler du voyageur plus modéré qui s’offre un dépaysement annuel, point. L’auteure ne sonde pas uniquement les voyageurs, elle cerne le voyage lui-même. Pourquoi celui-ci peut-il devenir le centre d’une vie? Après un voyage, tout de suite sauter sur les préparatifs du prochain, comment expliquer cette bougeotte? « Que reste-t-il de nos voyages » vous donnera plusieurs réponses à cette question. On peut certainement conclure que le voyage ouvre les ornières et par le fait même nous fait relativiser notre réalité qui ne trône plus comme une vérité absolue. La réalité et la vérité sont deux mesures qu’il ne faut pas confondre, c’est une de mes conclusions personnelles. Vous en tirerez peut-être une autre, si l’on se fie qu’un cerveau, pareil aux empreintes digitales uniques, ne décode pas les faits de la même manière d’une personne à une autre. Que le voyage règne déjà dans vos vies comme un maître exigeant ou comme un loisir bien circonscrit dans votre vie, vous aimerez vous balader entre les anecdotes de voyage des uns et des autres, et qui sait, vous aideront-ils à choisir votre prochaine destination. Mon seul bémol va pour l’apparence du livre, une note un peu trop « jaune » à mon goût. L’apparence clinquante du livre ne met pas, à mon avis, la table sur une œuvre aussi porteuse de messages géographiques et humains.  

Partir pour raconter de Michèle Ouimet

Ce bouquin précieux va tenir une place prépondérante dans ma bibliothèque. Avant tout, connaissez-vous Michèle Ouimet? Elle a commencé comme recherchiste aux émissions d’actualités : Pierre Nadeau rencontre…, Le Point, ce qui l’a mené en 1989 à amorcer une carrière de journaliste à La Presse. Progressivement, elle commence à parcourir la planète : du Rwanda à l’Arabie Saoudite, en passant par l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan, la Syrie, le Mali, l’Égypte. Grosso modo, elle couvre les guerres, les révolutions, les désastres naturels.

J’ai aimé entrer dans sa vie par la porte des voyages où elle doit rapporter de la substance écrite, pour rassasier l’appétit de lecteurs voraces et cela, au prix de sa santé morale et physique. Je rajouterai un autre pan : sa vie émotive. Comment jongle-t-elle avec les émotions générées par ses départs pour des pays où le risque fait partie des bagages. Son mari et sa fille ont éprouvé le sentiment d’être laissés pour contre lorsque la reporter partait coûte que coûte, faisant fi des dangers inhérents à ses aventures. Pourtant, oui, elle restait assez prudente, engageant autant que possible un fixer, une personne de la place qui s’occupait de la traduction, de l’horaire et de sa sécurité. Mais juste le fait qu’il faille une personne qui assure la sécurité révèle la dangerosité de certaines missions. Elle nous confie beaucoup d’informations, je dirais même tout, c’est l’impression qu’elle m’a donnée. Nous irons jusqu’à connaître le moindre bout de tissu de ses costumes (voile, burqa, hijab, abaya) qu’elle n’a pas eu le choix d’enfiler pour pouvoir circuler, et même plus, interroger des hommes.

Curieux à l’égard de ce qui se passe dans ces pays hermétiques, curieux de la vie d’un reporter au féminin? Vous aimerez vous faire raconter des anecdotes aussi palpitantes que dangereuses. Vous en aurez plus que pour l’argent déboursé pour ce livre. Un récit édifiant qui ne contient pas toutes les réponses au pourquoi et au comment, mais qui repousse l’indifférence le plus loin possible. Ces peuples ont la même couleur de sang que le nôtre et, malgré la barbarie de certaines actions, vivent les mêmes ardents désirs d’être aimés et, surtout, d’être libres de le faire. L’ennemi qu’a combattu Michèle Ouimet? L’indifférence, la sienne (si peu!), mais surtout celles des autres. Par exemple, elle fut indignée que l’interminable guerre syrienne soit à peine couverte par les journalistes internationaux.

Cette lecture vous offre de voyager incognito, sans le port d’aucun voile, en fouillant ces mystères denses du Moyen-Orient et de certains points ultra chauds de notre bonne vieille Terre où nous partageons l’air, le ciel et le sol. 

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