L’été est presque derrière nous et les préparatifs de la rentrée des classes sont à l’agenda.
Cher parent!
Voici la lettre que je voudrais pouvoir t’écrire. Je sais que je grandis vite et que, parfois, il est difficile pour toi de suivre mon rythme. Ne t’inquiète pas, je me sens perdu moi aussi à certains égards. Tu dois t’adapter et, sois sans crainte, moi aussi je dois m’adapter à ce que je deviens. Ce n’est pas toujours facile ni pour toi ni pour moi. Mon conflit intérieur déborde parfois sur les gens que j’aime le plus, dont vous, mes parents.

Mais tu sais quoi? J’ai besoin que tu mettes des limites claires. Que ce soit l’heure du coucher, les devoirs, le linge sale, ma chambre en désordre, sortir ou pas sortir, mes fréquentations… peu importe. J’ai besoin de me créer un chaos, et si étrangement que cela puisse te paraître, j’ai besoin que tu me signales tes limites en retour. Ce tiraillement m’est nécessaire pour trouver mes repères dans ce nouveau monde auquel j’appartiens. Repousser les limites imposées me permet de me sentir exister.
Tu te rappelles certainement l’enfant docile, collaboratif et doux que j’étais. Tu sais quoi? Cet enfant-là, eh bien, il me manque aussi parfois. Il est caché dans un recoin, mais tu comprendras que je dois développer mon identité. Ne cesse pas de m’aimer! Même si parfois tu as l’impression que je ne t’aime plus comme avant. Il m’est difficile et même impossible de t’en parler maintenant. Parles-en à d’autres adultes, mais de grâce ne m’abandonne pas! Assurément je vais te critiquer et il semblera que rien de ce que tu fasses ne sera assez ou convenable à mes yeux, mais un jour tout cela sera derrière nous.
C’est normal que je te défie, que je te fasse de petits mensonges, que je n’obéisse pas toujours à tes demandes. N’oublie pas que si tu me forces à t’obéir, plus tard dans la vie, je continuerai à obéir et même à des gens devant qui tu souhaiterais que je m’affirme plus fermement.

Laisse-moi vivre des échecs!
Je sais que, pour toi, il est insupportable de me voir échouer ou de ressentir de la tristesse à l’effet que je vive des contrariétés ou que ma réussite ne soit à la hauteur que tu espérais, toutefois je veux que tu saches que l’échec est formateur pour moi. Je t’en prie, ne prends pas toute la responsabilité sur tes épaules ni de mes échecs ni de mes bonheurs. Ma vie n’est pas la tienne, mes échecs ne sont pas les tiens, mes devoirs ne sont pas les tiens et ma vie scolaire n’est pas la tienne. Tu as vécu tout cela bien avant moi, toi aussi.
Au lieu de cela, montre-moi la manière dont je dois faire face à l’adversité, aux conflits, aux contrariétés, aux revirements de situations, aux échecs. Ainsi, lorsque surviendront des écueils dans ma vie, je saurai y faire face grâce à tes judicieux conseils.
Laisse-moi m’ennuyer!
Je ne te considère pas comme une animatrice ou un animateur de camp de jour. Il se peut que tu n’aies rien de prévu comme activité ce samedi ou dimanche. Je devrai me creuser le ciboulot et me trouver des activités à faire. Peut-être qu’aucun ami ne sera disponible pour être avec moi. Il est fort probable que je m’ennuie parfois et que je trouve que la vie est bien plate. Ne crains rien!

C’est dans une forme d’ennui que je force mon cerveau à se mobiliser vers des projets qu’ils soient petits ou grands, ça n’a pas d’importance. M’ennuyer est sain pour mon développement, ça mousse ma créativité et mon originalité et tu sais quoi? Plus tard dans ma vie, mon cerveau aura capté le phénomène de la création.
Fais-moi confiance!
Fais confiance en l’éducation que tu me prodigues. À trop vouloir me protéger de tout, à faire les choses à ma place, tu me démontres que j’en suis incapable. Alors, je pourrai interpréter ceci en me disant que si mon parent n’a pas confiance en moi, comment moi je pourrai me faire confiance? Je comprends aussi que c’est beaucoup plus rapide quand toi tu le fais, que c’est efficace tout de suite et que tu as l’habitude. Mais, à tout faire à ma place, je transfère mes propres responsabilités sur les autres. Apprends-moi à me faire confiance, à développer cette force d’apprendre et de comprendre, te dire combien ça me valorise.
Apprends-moi la communication!
Même si c’est si facile et si évident pour toi de parler à ma place au professeur, au directeur, à mon patron de la quincaillerie, ne le fais pas. Je sais que tu es bienveillant, mais au bout du compte cette façon de faire ne m’apprend pas à me dépasser, à être fier d’avoir réussi et à développer ma confiance.

Apprends-moi à amorcer une discussion difficile, laisse-moi vivre le stress que ça engendre. Je vais m’y faire et plus j’avancerai dans la vie, plus je prendrai confiance en mes moyens et ma confiance grandira en maturité.
Apprends-moi à vivre mes erreurs!
Je suis conscient que tu souhaites que je fasse les bons choix dans la vie. Un bon choix de formation, de carrière, de discipline sportive ou artistique, de partenaire amoureux, bref que je sois toujours aligné en regardant droit devant moi. Tu souhaites ardemment que je ne me trompe pas, que je ne fasse pas d’erreurs et, ultimement, que je ne souffre pas. Toi, tu le sais toi combien c’est désolant de se rendre compte qu’on s’est trompé et qu’il nous faudra recommencer… J’apprendrai que ma vie n’est pas fichue à cause d’une mauvaise décision et que se reprendre s’appelle l’expérience.

Et puis, je ferai mieux la prochaine fois! Je saurai ce qui n’est plus requis dans ma vie, ce que je ne veux plus ou tout simplement ce qui ne me convient absolument pas.
Prépare-moi à la vie qui s’en vient
Je suis encore jeune, toutefois, je me rends bien compte que les adultes ne naviguent pas toujours dans l’aisance et dans la facilité. Je sais qu’il existe des défis importants et parfois imposants. Bien que ces défis soient différents pour chacun, ils comportent leur lot d’insécurité, de méfiance, de divergences, de souffrances même. Alors, prépare-moi à la vie parce que malgré la chance que j’ai, la vie ne me fera pas que des cadeaux. Je devrai parfois naviguer en pleine tempête.
Apprends-moi la discipline, le travail et le bonheur de l’accomplissement.

Apprends-moi que parfois le succès arrive après des années d’efforts, de découragements et de doutes.
Apprends-moi que dans l’alphabet le D vient avant le P. Ce qui revient à dire que l’effort du « difficile » engendrera ultérieurement le bonheur du « plaisir », et ce, dans bien des domaines. À toutes les fois que le plaisir dominera ma vie, le difficile se chargera de me remettre à ma place.
Apprends-moi la différence entre la persévérance et l’acharnement, c’est fort utile!
Et en terminant, sache que tu fais le travail le plus exigeant et le plus important que quiconque fasse pour moi!
Avec amour et toute mon affection!
Je t’aime!
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Signé le nom de l’enfant