Allô, allô… Y’a quelqu’un???

Je voudrais vous parler du téléphone; vous savez cet objet qui a déjà été beige, noir, blanc, rouge, qui avait une roulette pour composer les numéros; qui a par la suite changé de forme; on l’appelait le contempra, il y a eu le princesse tout mignon, et, bien sûr, la roulette a cédé sa place à des boutons pressoirs. Le fil de téléphone en spirale nous permettait d’étirer notre conversation jusqu’à la cuisinière ou même parfois jusqu’à la salle de bain. Ce qui était bien avec ce genre de téléphone, c’est qu’on le laissait à la maison; les urgences pouvaient attendre.

Chez moi, ça sonnait beaucoup. Ma mère était une adepte du téléphone. Je l’imagine aujourd’hui avec un cellulaire. OMG elle passerait ses nuits au téléphone. Est-ce qu’elle avait des conversations intéressantes? Pas vraiment. Elle parlait à deux ou trois de ses sœurs tous les jours. De tout et de rien, mais surtout de rien, ce qui donnait lieu à des chicanes enfantines qui les laissaient sans voix pour quelques jours. Lorsque nous avons commencé à travailler, nous appelions notre mère tous les jours du travail même si nous habitions ensemble. Par la suite, nous avons quitté la maison et nous avons maintenu nos appels quotidiens… ou presque. C’était peut-être excessif, mais il y avait là quelque chose de réconfortant; mauvaise nouvelle, bonne nouvelle, on appelait chez nous. C’était le port d’attache.

Les choses ont changé. Le cellulaire est arrivé avec son côté pratique et ses désagréments.

Les textos… l’exutoire des sans paroles

Les textos se sont ensuite installés en force. Alors là, plus besoin de se parler, on texte. On texte parce qu’on a pas le temps d’appeler. On texte parce que ça ne nous tente pas de parler, on texte parce qu’on hait parler au téléphone. Alors là, moi j’en peux plus. On peut se texter pendant dix minutes, émoticônes appropriées en prime, mais on n’a pas le temps de se parler. Ça prend du temps tout cela, mais on n’a pas le temps d’appeler. Oui, bien sûr que c’est pratique, surtout au travail, c’est beaucoup plus discret. On a rendez-vous, un petit texto pour dire j’arrive. Un petit coucou rapide en texto, c’est chouette, un message de groupe pour annoncer quelque chose ou envoyer une photo, très efficace.

Mais pour le reste pouvons-nous exercer notre parole, mettre des mots sonnants sur nos maux parfois, sur nos émotions? Il ne s’agit pas de s’appeler tous les jours, mais dans la voix de quelqu’un, on y voit plus clair. Je vous donne un exemple. L’autre jour, je me décide; j’appelle quelqu’un que je n’ai pas l’habitude d’appeler. Je m’inquiétais pour elle, elle n’était pas très en forme lorsque je l’avais rencontrée la fin de semaine précédente. Je me lance :

« Allô ça va? »

« Ah oui, pourquoi? »

« Tu n’étais pas bien la fin de semaine dernière, je voulais prendre de tes nouvelles. »

Vitement et en riant, elle me dit :

« C’était samedi ça. C’est fini, merci. »

Notre appel a duré deux minutes. J’étais bouche bée. OK good for you me suis-je dit. Je pense franchement que si j’avais texté pour prendre des nouvelles, elle aurait été plus loquace. On dit pourtant que les écrits restent et que les paroles s’envolent. Je vous propose une variante : ma parole m’engage, mes écrits s’envolent.

Il est vrai que dire les choses exige plus de courage que de les écrire.

Une autre fois, j’appelle madame X :

« Ça va? », dit-elle.

« Oui, je suis au chalet il fait beau. »

Quelques minutes plus tard au cours du même appel, madame X demande :

« Vas-tu au chalet en fin de semaine? »

Ah bien là, je suis à boutte comme on dit. C’est quoi l’affaire? On repassera pour l’écoute.

Si on laissait tomber les petits cœurs, les bonhommes sourires, les lol, pour entendre, écouter. Les lol ça ne me fait pas toujours rire quand ça fait un mois que je suis malade pis que tu ne peux pas le savoir parce tu ne m’as pas parlé pour constater que je suis complètement KO. Tes petits cœurs me font croire que tu m’aimes bien, en autant que tu ne me parles pas? Les textos c’est la facilité, je le répète, j’envoie des textos souvent, il y a là un côté pratique que j’apprécie. Avec mes filles par exemple, on se texte plus souvent qu’on se parle, mais on se voit très souvent.

Enfin, je l’aurai dit; c’est ma petite montée de lait printanière, il n’y a pas que les rivières qui débordent. Moi, je vous l’annonce, j’aime parler avec mes amies, ma famille, modérément, mais avec intérêt. Si c’est ma fête, je hais les textos. Si t’es pas foutu de m’appeler, laisse faire. Je te promets que ce sera pas long, mais l’effort sera là.

Ahhhhh! Je m’ennuie des belles chansons qui disaient : téléphone-moi, appelle-moi et dis-moi que tu m’aimes… Oh, n’est-ce pas plus romantique qu’un texto?

Je termine en vous disant que votre appel est important pour moi.

Et dans mon cas, c’est vrai.

3 commentaires
  1. D’accord aussi même si j’aime beaucoup aussi les textos. Je pense que je communique plus ainsi avec mes enfants ( adultes maintenant) que si j’attendais qu’on se parle au cellulaire. Mais j’aimerais bien aussi occasionnellement le téléphone.
    On se fait aussi des messages vocaux. Ça nous permet de nous laisser des nouvelles quand on a le temps entre deux tâches.

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