souvenir

Ces objets qui gardent nos souvenirs et racontent notre histoire

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J’avais l’intention de vous parler d’un sujet complètement différent, mais, en déballant les dernières boîtes remisées dans un placard, je me suis retrouvée prise dans un tourbillon de souvenirs qui m’ont transportée dans le passé. Je n’aurais pas cru qu’un simple déménagement pouvait déclencher autant de réminiscences. C’est vrai que, avec le temps, on finit par tenir pour acquis les objets qui nous entourent, au point de ne plus y prêter attention. Les redécouvrir ainsi, un à un, ramène un flot de moments, tantôt doux, tantôt plus amers… je me suis rendu compte qu’à partir de toutes ces choses qui ne veulent rien dire pour quelqu’un d’autre, je peux reconstruire la presque totalité de mon histoire. C’est ainsi que j’ai revécu non seulement des scènes d’autrefois, mais aussi des émotions, parfois étonnamment intenses. 

boite souvenir

     Bien sûr, il y a les albums photos. Défilent les images du passé. Tante Jeanne, touchante, avec son sourire réservé, dans sa robe bleu ciel. Mon petit frère, souriant malgré ses dents manquantes, le jour de sa première communion. La voisine, qui alignait les vêtements sur la corde à linge, en envoyant la main à mon père, qui essayait son nouvel appareil-photo. Ces photos me rappellent les premiers essais de mon père en photographie. Les clichés, flous, mal cadrés, où il tronquait la moitié de notre tête en tentant de saisir le paysage en même temps. Une image de moi, perchée sur une clôture, a attiré mon attention. Au départ, je ne m’étais pas reconnue, vêtue d’une robe blanche et de sandales. Mes longs cheveux étaient vaguement attachés, quelques mèches retombaient sur mon visage. Mon expression était trop sérieuse pour une photo prise en plein soleil, un matin d’été. À quoi pouvais-je bien penser, ce jour-là, assise sur la clôture d’un jardin que je ne reconnais pas? Et puis, brusquement, l’émotion. Au fond d’une toute petite boîte rose, fanée par le temps, j’ai découvert la dernière lettre que j’avais écrite à ma grand-mère. Une lettre que je n’ai jamais envoyée. Mon cœur s’est serré, car je savais exactement ce qu’elle contenait. 

Lettre - Souvenir

     Je me souviens m’être assise à la table de la cuisine, équipée de mes crayons de couleur et d’une feuille toute blanche. Depuis que j’avais appris à écrire, je lui avais envoyé de nombreuses lettres pour lui raconter mes journées. Je lui parlais de mon amie, de l’école et des garçons qui ne prêtaient pas attention en classe. J’ajoutais toujours un dessin, souvent un soleil ou un arc-en-ciel entouré de cœurs. Malgré mes attentes, aucune réponse ne venait jamais. Au fil du temps, je me suis lassée d’attendre. La dernière fois que je me suis installée à la table avec mes crayons, c’était pour lui écrire une lettre disant que je ne lui écrirais plus parce qu’elle ne me répondait jamais. Heureusement, je n’ai pas envoyé cette lettre, mais je ne lui ai plus jamais écrit. À ce jour, je me questionne encore sur les raisons pour lesquelles elle n’a jamais pris la peine de m’écrire, pas même une seule fois. Bizarrement, la tristesse que je pensais avoir surmontée m’a subitement envahie, comme si c’était hier. C’est une petite blessure qui, apparemment, ne s’est jamais cicatrisée. J’ai déposé ma lettre dans sa boîte rose, mais les mots continuaient de tournoyer dans ma tête lorsque je l’ai refermée. 

Roche souvenir - France

     Au milieu de tous ces vestiges, un caillou ordinaire, même pas poli, sans la moindre trace  de couleur, m’a transportée en Bretagne. C’était mon premier voyage en France et j’avais ramassé ce galet sur la plage du Sillon de Talbert. Le Sillon, ce passage étroit balayé par les vagues, où je cherchais à distinguer, au loin, les côtes anglaises. J’habitais un petit gîte près de là, et, chaque matin, je me rendais là-bas. Le vent salé me fouettait en me poussant vers l’avant et, sous mes pas, les galets me racontaient la légende du Roi Arthur. 

     Soudain, l’odeur de la mer avait traversé le temps,  accompagnée des souvenirs du petit café aux murs de pierre, battus par le vent du large. J’étais jeune, un rayon doré traversait le ciel sombre. La lumière de la Bretagne.

     J’ai jeté un coup d’œil autour de moi, sur tous ces souvenirs étalés par terre. Chacun d’entre eux évoquait une partie de mon histoire. Ils se tairont lorsque je ne serai plus là. Après le décès de ma mère, j’avais été surprise en ouvrant un tiroir rempli d’objets inconnus. Elle leur accordait manifestement de l’importance, puisqu’elle les avait gardés. Leur histoire s’est envolée avec elle. Comment puis-je préserver tous ces moments que j’ai vécus, sans forcément les avoir partagés avec quiconque ? Est-ce que cela nous rend plus humains, de garder ces petits secrets ? Est-ce que notre humanité ne réside-t-elle pas dans ces précieux souvenirs du passé? Je sais que mon souvenir le plus précieux de ma mère, c’est sa bague ornée d’une améthyste. À chaque fois que je la regarde, je revois sa main tenant une branche de lilas, un crayon ou une mèche de cheveux… Est-ce que, sinon, je me souviendrais avec autant d’acuité qu’elle aimait le lilas plus que toutes les autres fleurs, qu’elle aimait dessiner des visages ou qu’elle avait de magnifiques boucles brunes qui brillaient au soleil lorsqu’elle les enroulait autour de ses doigts ?

     En ramenant mon attention sur les objets en désordre qui prenaient vie sous mes yeux, j’ai retrouvé, bien enfoui dans une petite couverture rose, le bracelet que ma fille portait à la pouponnière de l’hôpital. Il était si délicat ! Son nom et la date de sa naissance étaient écrits dans une encre noire légèrement pâlie. Je me souviens de l’avoir serré tendrement contre moi à la sortie de l’hôpital, émerveillée et intimidée par cette toute nouvelle responsabilité. Elle était si petite que me sentais un peu dépassée et anxieuse. Je lui ai murmuré, avant de la prendre dans mes bras, « ne pleure pas, s’il te plaît, ne pleure pas… » Une émotion, très douce, profondément apaisante, m’a envahie. 

     Tandis que je repensais aux bons moments, j’ai retrouvé une valise que je n’avais pas encore ouverte. Elle était remplie de centaines de dessins d’enfants. L’un d’entre eux, un sapin de Noël entièrement décoré avec une étoile immense au sommet, avait été créé par mon fils à son retour de la maternelle. Il s’était endormi sur le divan. À son réveil, le sapin était illuminé. Il avait tout de suite saisi ses crayons et une feuille de papier. Son dessin, d’une simplicité émouvante, illustrait tout ce qu’il y avait de plus beau dans l’idée de Noël : la paix, la douceur, la lumière. C’est en ramassant un autre dessin que je suis tombée sur un petit carton imprimé. 

C’était en 2004. Je venais tout juste de rencontrer l’homme qui deviendrait mon mari trois ans plus tard. Après avoir vécu des expériences difficiles, je ne voulais plus être en couple. Nous étions en décembre, et ma petite-fille allait naître en février. J’avais bien l’intention de lui consacrer le reste de ma vie. Je n’étais plus très jeune, et je désirais une existence paisible. Il m’a alors envoyé un billet d’avion, en me disant : « Je vais à Paris pour une semaine, si tu as envie d’une petite vacance, viens avec moi. » Je n’ai pas pris beaucoup de temps pour y penser avant d’accepter sa proposition. J’étais  surprise moi-même par mon impulsivité inhabituelle, mais j’avais senti qu’il n’y avait pas d’attentes de sa part. Je me sentais libre. Je pensais également que, lorsque nous serions revenus, tout reviendrait à la normale et que chacun reprendrait son quotidien. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Pendant cette semaine-là, j’ai découvert un homme d’une intelligence remarquable et d’une simplicité désarmante. Il était authentique et sincère, et il était clair pour moi que c’était l’homme avec qui j’avais toujours voulu partager ma vie. Il y est entré au moment où je ne m’y attendais plus. En une semaine, tout est tombé en place. Le billet d’avion que j’avais dans la main représentait le commencement d’une nouvelle vie. En quelque sorte, c’était l’addition de toutes mes expériences, de chaque petit objet qui symbolisait une étape. Tout naturellement, il avait trouvé sa place parmi les autres instants mémorables de mon existence.

Couple - Amour

J’allais commencer à faire le ménage dans cette boîte d’objets hétéroclites… mais je ne le ferai pas. Sans même m’en rendre compte, au fil des ans, j’ai amassé tous ces objets pour une raison spéciale.  C’est ce que je veux préserver de mon passé : des souvenirs qui me rappellent qui je suis, d’où je viens, et comment mes expériences ont façonné ma personnalité. Il ne me reste plus qu’à découvrir comment transmettre ces récits à mes enfants et à ma petite-fille, et à les inciter à matérialiser leurs souvenirs. Plus tard, ils aimeront aussi les revisiter de temps en temps. 

Soigneusement, j’ai tout remballé.

– Marielle

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