Pluie - Miracle - survie

De métal et d’amour, Michèle Plomer : un récit de survie et de résilience

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Avant

De Métal et d’amour rend à la réalité ce qui lui appartient. Son autrice, Michèle Plomer a passé à un cheveu de perdre la vie. Elle nous offre son sauvetage par des mots qui nous ouvrent à une réalité transcendant la douleur.

Livre - Michèle Plomer - De métal et d'amour

La créativité de cette autrice, éditrice et animatrice règne sur l’Estrie depuis quelques décennies. Femme discrète, en autant que l’on ne touche pas à certains sujets inflammables. Elle se répand partout où on aime sa langue déliée, colorée, sans complexe : ateliers d’écriture, conférences, tables rondes. Pour son talent du mot juste et je me permets de rajouter celui indéniable pour la Chance. 

Résidente des Cantons de l’Est deux fois plutôt qu’une, son nid personnel à North Hatley, celui de sa maison d’édition jeunesse Les Chauve-souris à Magog. Anne-Brigitte Renaud et Michèle Plomer sont des amies depuis toujours et des éditrices depuis dix ans. Généreuses, elles se penchent au-dessus de talents dans le but express de les projeter sous les feux littéraires.

Michèle Plomer
Crédit photo: Mélany Bernier

En 2022, Michèle publie chez Marchand de feuilles « À nos filles » dont elle a coordonné les entrevues. À cette période, la vie de Michèle se déroule dans la quiétude du travail bien accueilli. Cette vie « avant » lui fait réaliser combien est grande sa chance de vivre dans un Québec pacifique où l’injustice n’est pas flagrante comme chez nos amis Ukrainiens. Couve en elle le désir ardent d’apporter une aide tangible jusqu’à envisager de se rendre en Pologne. L’envie de s’aventurer lui monte à la tête. Pourquoi à ce moment précis de sa vie ? 

C’est la question que je me suis posé suite à une entrevue avec la pétillante autrice. 

Pendant

Nous sommes en avril, Michèle vient d’acheter l’auto d’un ami, une Fit, plus sécuritaire que la sienne. Elle a un nouvel amoureux, Bruno, caniche aux pattes pyjamas dont elle raffole. Il pleut. Elle aime la pluie, pourquoi ne pas faire rouler la nouvelle auto jusqu’à Waterloo pour profiter du rabais sur le lait d’amandes. C’est son plan. Il sera pulvérisé en morceaux. Comme le corps de Michèle. Comme le corps de Bruno.

«Tout à coup, à travers les perles d’eau mitraillant le pare-brise, mes yeux voient du rouge. Un rouge en accéléré, vernissé par la pluie. […] une comète surgit dans ce virage, une nictitation* et le bolide dérape, perd sa forme, devient une déferlante qui se brise sur nous. […]. Puis un constat exempt de crainte […] : je suis morte. Dans ce piège, entre les garde-fous de la 112, vie et mort se fondent. Combien de temps ai-je vécu morte ? »
* battement de paupière

Pluie - accident route

Michèle n’aura pas la réponse de sitôt. En attendant, le bataillon paramédical se grouille pour qu’ensuite les soignants du CIUSS s’emparent de ce corps démantelé qui doit être réparé avant qu’il n’abandonne sa course. On doit s’occuper de la tête qui ne tient plus normalement sur les épaules. Elle penche. On y reviendra, ce n’est pas simple. En attendant, il y a les côtes, les genoux, la clavicule, les pieds à s’occuper. À opérer. En un silence respectueux, le personnel pense que les chances sont minces que cette femme échappe à la Faucheuse sur les tables d’opération. Un jeune homme, et sa voiture rouge en aquaplaning, est venu mourir sur elle, Est-ce qu’on survit à un destin aussi morbide ?

Comment la victime, méritant amplement son titre, va accepter cette calamité, ce geste insensé d’un homme en mal de sensations fortes ? Comment la rescapée va accueillir son propre geste: sortir chercher du lait à vingt minutes de chez soi un jour de pluie torrentielle ? 

Les réponses, toutes les réponses, et particulièrement les potentiellement rédemptrices sont offertes par l’autrice qui se dénude sans honte. De métal et d’amour nous montre quelle posture d’esprit a endossée Michèle pour sauver sa peau. Son instinct de survie a débusqué en elle une sagesse jusqu’alors méconnue.

Résilience - Fleur - route

À savourer ce bouquin, maux par maux, j’ai saisis comment réagir devant l’inexorable ; c’est en aimant sa nouvelle condition, à commencer par la douleur même celle que le personnel soignant déclenche. Elle n’a jamais oublié, ne serait-ce qu’une seconde, que ce qui se fait autour d’elle et à l’intérieur d’elle, quand la douleur irradie, c’est dans le but qu’elle quitte sur ses deux jambes et une tête sur ses épaules.

Comment a-t-elle pu attendre avec impatience un gilet Halo à sa taille, petite, qui s’annonce comme un accessoire salvateur mais à l’apparence d’un instrument de torture. S’apeurer puis se résigner devant l’éventualité hebdomadaire de supporter quatre petits tours de vis qui pénètrent un peu plus dans le crâne. Endurer durant quatre mois cette procédure qui consiste à compenser la faiblesse de la première vertèbre, l’atlas, tombée au combat. Cette torture vaut assurément de sortir avec une tête sur les épaules ! 

La menace de la paraplégie rôde. On fait comprendre à Michèle que sa peur qu’elle camoufle telle une absence de reconnaissance serait bienvenue. Exprimée, elle sert d’amplificateur à la motivation, le moteur qui conduit à la guérison. Ce sera sa peur contrôlée qui, jour après jour, insufflera la force d’accepter les opérations harassantes, nombreuses et intrusives. Et comment composer avec les incertitudes médicales qui se rajoutent : est-ce que le gilet va remplir son rôle de restructuration ?

*Je n’ai pas encore pris la mesure de l’ampleur de la quincaillerie qui me tient en un morceau depuis mes chirurgies *

Après

hôpital - retour maison

On trouve le mot « fin », lorsque le personnel médical retire le gilet de Halo en se demandant : la tête va-t-elle tenir ? Retourner chez soi avec un nouveau corps mais, plus encore, avec un nouvel esprit ciselé de s’être frotté à la douleur dans son inconnu.

L’autrice n’a jamais perdu la tête, je déclarerais même, suite à mon entrevue avec cette vibrante survivante, que sa tête a gagné en force. Ne serait-ce que pour toute la sagesse contenue dans cette déclaration : « cette épreuve était nécessaire à mon évolution ».

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