Des stress et des traumatismes qui rendent malade

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J’espère ne pas faire fuir les lecteurs et les lectrices avec un tel sujet, mais le quotidien n’est pas fait que de beaux moments. On a tous compris que rien n’est jamais parfaitement classable, qu’il n’est pas toujours possible de se raccrocher à des certitudes et que, quelques fois, il est impossible de se fier à la science.

Il en est ainsi dans l’examen des symptômes d’une maladie. Même les médecins avec les plus grandes connaissances ne savent pas tout. Parfois, la science et les technologies médicales, que l’on croit toutes puissantes, n’arrivent pas à soigner et à guérir. Quand le malade constate que, malgré les soins, la maladie finira par le tuer, il comprend que c’est la maladie qui est toute puissante et non pas la médecine. Il y aura toujours des cas qui ne vont pas vers la guérison de même que des cas de rémissions spontanées pour lesquels il n’y a pas d’explications. Devant ces cas étonnants, les scientifiques du domaine médical s’entendent pour dire que la maladie n’est pas seulement physique et que l’interprétation et la manière dont la personne affronte les stress de sa vie jouent un rôle dans sa guérison.  

Déjà, en 1956, H. Selye, dans Le Stress et la vie, soulignait le fort lien entre les états de stress éprouvés et la susceptibilité à la maladie. Il a observé que la maladie avait davantage tendance à survenir après des événements stressants (perte d’emploi, séparation, abandon, mort, etc.) ou après des conflits émotionnels non résolus et toutes les situations qui, d’un point de vue affectif apparaissent sans issue. Tant que le corps et l’esprit sont capables de s’adapter, de réagir, de lutter ou de fuir, la maladie est repoussée.

Cependant, lorsqu’une personne est impuissante à contrer les situations qui menacent son intégrité physiologique et psychologique, quand les stress cumulés abaissent le niveau d’énergie et grugent la résistance des défenses naturelles du système immunitaire hypersensible aux menaces, quand les tentatives de faire face aux événements de la vie ou à une perte affective échouent et qu’il y a incapacité de résoudre le problème, alors le corps s’éboule. Dans l’impossibilité d’enjoliver la vérité, l’esprit fait table rase des barrières et des défenses, les nœuds se défont, les traumatismes se font entendre et déclenchent des douleurs chroniques, abdominales, articulaires, maxillo-dentaires … Pour tenter d’anesthésier la souffrance physique ou d’éviter la détresse émotionnelle, la personne peut alors s’installer dans des conduites d’évitement : s’alcooliser, se gaver de narguilé (chicha) parfumé ou autre substance, s’automutiler, manger n’importe comment ou de façon boulimique ou s’astreindre à un régime sévère, pratiquer compulsivement des sports extrêmes, user de pratiques sexuelles à risque etc. 

Pour leur part, les Drs Henri K. Beecher et Fabrizio Benedetti ont contribué à des études sur l’effet placebo chez les malades. Les résultats de nombreuses imageries cérébrales et de nombreux essais cliniques démontrent que : « L’effet placebo est capable de produire des améliorations aussi bien dans le degré de la maladie que dans la durée de vie. Les opinions et ce que l’on croit au sujet de l’efficacité d’un traitement de même que la confiance en la puissance des défenses naturelles de son corps sont des déterminants primordiaux dans l’issue d’une maladie. » S’attendre à un succès augmente la probabilité que cette attente se réalise et amène souvent le succès et s’attendre à un échec abouti fréquemment à un mauvais résultat. 

Certes, le malade a une grande part de responsabilité dans sa maladie et dans sa guérison. Toutefois, des cliniciens émettent l’hypothèse que la mémoire a une partie historique et que les malades peuvent être les réceptacles des stress ou des traumatismes vécus par les générations de ceux qui les ont précédées. Certaines maladies seraient provoquées par des sentiments et des sensations que l’on peut avoir hérité de notre mère et de notre père, mais également des membres de notre famille plus lointaine. 

Ces cliniciens estiment que certaines personnes ont tiré « le mauvais signe astrologiquele mauvais numéro » à la loterie du destin et qu’un commencement difficile peut constituer un drame dont les soignants devraient tenir compte dans toutes les maladies. Il existe, disent-ils, une réalité incontestable : on a tous vécu dans l’utérus d’une femme et ce qui s’est passé avant, pendant et après la période de la grossesse, peut être la case de départ de plusieurs traumatismes. Il y a dans les naissances des tourments, des tristesses enfouies, des stress émotionnels bien cachés; il y a des blessures inoubliables qui vous tourmentent et vous hantent toute une vie. Il y a des vérités brutales qui sont indescriptibles, si indescriptibles qu’elles sont difficiles à définir et qu’elles peuvent provoquer le lent développement et l’apparition d’une maladie. Ils soulignent que de ne pouvoir repérer sa mère biologique ou avoir été victime d’inceste sont les traumatismes les plus cachés, les plus négligés et les plus difficiles à soigner et à guérir. Ils avancent qu’il n’est pas dérisoire de questionner le malade sur ce qu’on lui a dit autour de sa naissance.

Comme moi, vous avez sûrement déjà entendu cette réflexion surprenante : « Il a tout fait pour se rendre malade. » De façon générale, on ne fait pas exprès d’être malade. Alors, qu’est-ce qui peut pousser une personne à consciemment se rendre malade? Beaucoup de gens qui sont bons, bienveillants, serviables, tolérants, prévenants et généreux se montrent si attentifs aux désirs de ceux qu’ils aiment qu’ils oublient de prendre soin d’eux et font face à de graves maladies. La maladie leur accorde un ou des bénéfices secondaires dont un temps d’arrêt pour changer les règles de leur vie et y trouver des buts plus adaptés et plus conforme à leurs capacités. La maladie leur offre l’occasion de se permettre un répit temporaire où, égoïstement, ils peuvent s’occuper d’eux sans culpabilité et sans devoir s’expliquer et se justifier. Enfin, ils reçoivent à leur tour de l’attention et de l’amour. 

Au bout de ces quelques réflexions, on accède facilement à l’idée qu’une maladie ne comporte pas seulement des manifestations purement physiques et physiologiques, mais des aspects émotionnels et des facteurs psychologiques qui ont pu créer le climat propice au développement d’une maladie ou, à l’inverse, en empêcher l’évolution ou en retarder la guérison.

Je souhaite que ces quelques éclairages scientifiques vous aient convaincus qu’il est bon de s’autoriser à partager ses fragilités, ses malaises, ses tristesses, ses anxiétés, ses angoisses, son désarroi et son désespoir.  

Claudette

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