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Fiction ou réalité : 6 suggestions de lecture

À la suite de ma pause « coups de cœur », je vous reviens en force avec un trio « vécu » et un trio « fiction ». On peut choisir un ou l’autre, moi, je vous conseille les deux! Le vécu, pour réaliser que nous ne sommes pas les seuls sur terre à vivre certaines émotions et la fiction pour se distraire, s’égarer, visiter des ailleurs.

Je suis tributaire des nouveautés que l’on me propose, j’ai beau choisir avec toute mon âme, il arrive que l’ouvrage (car c’en est toujours une pour l’auteur/autrice) ne m’amène pas où je croyais. En général, je partage tout de même mes commentaires avec vous, en comptant sur nos différences. Par exemple, aimerez-vous une correspondance entre Pierre Vadeboncoeur (le père de notre bienveillant Dr Alain Vadeboncoeur) et Pierre Eliott Trudeau? J’essaierai de vous donner l’heure juste de cette correspondance afin que vous puissiez répondre à cette question. Je vous en propose une autre, celle-ci entre deux professeurs de français et auteurs qui s’entretiennent aisément de la littérature québécoise. Le petit dernier du trio « vécu » est composé des carnets de la cofondatrice du resto L’Express, une institution à Montréal depuis 40 ans.

Passons au trio « fiction », maintenant. Sachez qu’un des titres est signé par une de mes autrices favorites, suivi du roman d’un comédien expérimenté, Raymond Cloutier et en bout de piste, pourquoi pas une drôle (dans les deux sens!) d’enquête signée d’un romancier à sa première œuvre. Bienvenue dans ma caverne littéraire printanière!

Histoires vraies

Ne regrette pas ce qui se dérobe de Colette Brossoit – Édition Boréal

Ne regrette pas ce qui se dérobe de Colette Brossoit

Quel titre prémonitoire! L’autrice est aujourd’hui décédée, ces carnets sont une œuvre posthume rendue possible grâce à son amie, Nadine Marchand, qui a épluché l’immense journal de bord que Colette Brossoit tenait assidûment. Le geste d’écrire était vital pour elle, je dirais même que j’y ai détecté le pressentiment de son départ hâtif (63 ans). Elle y a laissé entendre qu’elle accepterait qu’ils soient publiés, mais après son départ définitif.

Je le déclare d’emblée, nous avons perdu une femme avertie, une comédienne assumée ainsi qu’une autrice exceptionnellement talentueuse. Son style est unique par certaines phrases qui touchent à peine le sol. Un style fugace et aérien. Son jugement sûr se vérifie par l’empreinte déposée sur la mise en scène du restaurant L’Express. Car, oui, sous sa vision et celles de ses associés (son conjoint et son amant), elle voyait L’Express comme une représentation quotidienne où chacun y jouait son rôle. N’existait aucun petit rôle et la chorégraphie de chaque métier devait se dérouler rondement et avec classe. Jusqu’aux costumes de ses serveurs, revêtant une importance capitale. Elle misait sur le respect, toute personne mettant les pieds dans son resto était traitée, non pas comme un client, mais un invité.

Je tire de ces carnets une admiration jamais démentie pour cette femme précurseure. Je m’y suis attachée au point tel, et c’est la première fois de ma vie, que j’éprouve un profond deuil devant une inconnue. Mon cœur crie à l’injustice que le destin ait soustrait cette âme bien trempée à notre patrimoine. Ma reconnaissance est grande que cette œuvre écrite l’ait au moins projetée hors des coulisses.

J’attends de toi une œuvre de batailleCorrespondance 1942-1996 entre Pierre Elliot Trudeau et Pierre Vadeboncoeur – Édition Lux

Il s’impose que je situe le deuxième Pierre, avouons-le, moins connu que le premier. Et pourtant! Ce Vadeboncoeur, père de notre bon docteur Alain Vadeboncoeur, a raflé moult prix littéraires pour une enfilade de livres qui portent à réfléchir. Syndicaliste notoire durant 25 années, il a un jour bifurqué pour se consacrer entièrement à l’écriture; des essais, pour la plupart. Imaginez ces deux penseurs aux antipodes idéologiques s’échangeant des lettres!

J’avais énormément d’attente. J’ai été déçue d’une lacune : la perte de plusieurs lettres de Trudeau. Déjà qu’il était moins prolifique que son répondant, si on y rajoute une grande quantité de lettres jamais retracées, on lit une correspondance sans écho. Jean-François Nadeau, dès sa prolifique préface, nous en avise, mais, ô grand jamais, il ne laisse supposer l’immense gouffre du manque de lettres. Environ 80 % des missives sont signées Vadeboncoeur, le lecteur reçoit donc celles de Trudeau comme de l’or en barre. Pourtant, c’est le lien entre les protagonistes qui intéresse, car, sinon, pourquoi opter de lire une correspondance.

J’aurais aimé les voir se renvoyer la balle autour de leurs visions diamétralement opposées. J’ai été quitte pour exercer mon esprit devin. Après avoir vécu comme des adversaires dans les dernières décennies de leurs vies bien remplies, leur réunion vers la fin est remarquable, comme des sages qui arrivent enfin à faire la part des choses. Un recueil à aborder comme un rendez-vous avec la fidélité amicale et – surtout — avec Pierre Vadeboncoeur.

Sortir du bocal de David Bélanger et Michel Biron – Éditions Boréal

Voici une correspondance équitable, chacun recevant sa balle et la relevant avec beaucoup de plaisir et d’élégance pour la relancer le plus loin possible. Encore ici, mes attentes grimpées au sommet avec devant moi deux auteurs, deux professeurs de littérature et une invitation à sortir du bocal. Tout pour me mettre l’eau à la bouche, moi qui lis exclusivement du québécois depuis une quinzaine d’années.

J’ai lu attentivement chaque ligne de cette correspondance, quasiment avec ferveur. Je voulais apprendre et comprendre. J’en ressors avec un regard plus aiguisé, car le leur sait englober des courants. Peut-être suis-je trop collée aux romans que je lis, les analysant un à un, mon regard ne porte pas aussi loin dans les deux directions : avant et pendant. Par exemple, j’ai appris que nous étions assurément, et sans l’ombre d’un doute (ils le répètent ad nauseam), dans une période où notre littérature est imprégnée d’ironie. Au départ, j’ai eu de la difficulté à me faire une idée parfaitement claire de l’ironie dans les romans. Dans une tirade de la vraie vie, je la détecte, c’est d’ailleurs monnaie courante chez les humoristiques. Faut-il le dire, sans ironie, point d’humoriste. Dans les romans, je l’avoue bien humblement, je n’avais pas remarqué cette tangente. Et puis, j’ai élargi – comme eux – le sens de l’ironie et, à partir de là, je l’ai mieux saisie.

Ce fut le plus gros de mon émotion à part ma honte de ne pas connaître François Blais, lequel est cité à toutes les sauces! Du « jamais vu » pour moi, grande amatrice de la chose épistolaire est cette compatibilité dans l’échange. Un et l’autre ne se confrontent pas, ils s’additionnent, se complètent, se bonifient. J’y ai découvert une connivence, un amalgame, une complicité hors du commun. Il m’a semblé qu’il faille toute qu’une assurance en sa vision pour ne pas se sentir obligé d’entrer dans celle de l’autre lorsqu’elle diverge.

Histoires de fiction

Le silence des pélicans de J. L. Blanchard – Une enquête de Bonneau et Lamouche – Fides

Nous voici de retour à la fiction avec l’enquête d’une nouvelle équipe dans le milieu : Bonneau et Lamouche. Par nouvelle équipe, je signifie qu’il s’agit d’un premier roman et qui plus est, d’une première enquête. D’emblée, je m’exclame « Pas facile! ». L’enquête exige de la rigueur, de la méthode, une histoire bien cousue sans qu’aucun fil blanc ne dépasse. Ici, au début, l’auteur m’a égarée en me déposant devant un Bonneau, enquêteur que l’entourage ne respecte pas du tout, étant considéré dans le milieu comme un zéro. On l’affuble d’un acolyte, Lamouche, lequel devient le héro humble, réservé, efficace derrière son boss Bonneau. J’ai senti l’amusement ferme de l’auteur face à cette équipée, rendant Bonneau plus niais qu’un Colombo (Peter Falk) mais autant qu’un Jacques Clouseau (Panthère rose).

Bien évidemment, c’est audacieux de prendre un inspecteur en chef et de le présenter comme une nullité qui s’enfarge à grand fracas dans les fleurs du tapis. Le propos se veut drôle, mais je n’ai pas ri, mon interrogation obsessionnelle me talonnant : « comment a-t-il pu obtenir son grade s’il est aussi niais? ». Je n’ai jamais mis de côté ce rationnel qui me réclamait de la vraisemblance. Cela a même exacerbé le nerf de l’histoire, une enquête sur le meurtre d’une étudiante qui s’avère beaucoup plus complexe que prévu. On va jusqu’à déterrer des cadavres, pour démonter les nombreux rouages de l’histoire. La persistance et le sens du devoir de Bonneau ont fini par le hausser dans mon estime, mais j’oserai poser la question : était-il trop tard? Une fois ma surprise passée, ce sera à la prochaine enquête de dire si ce drôle de duo va traverser la barrière du temps et des lecteurs. Quoi qu’il en soit, j’en salue l’audace.

L’échéance de Raymond Cloutier – Éditions Québec Amérique

Connaissez-vous l’excellent comédien Raymond Cloutier? Pour ma part, je l’aime vraiment beaucoup. J’avais jadis lu de lui un essai Le beau milieu (sur le théâtre), ce qui m’avait convaincue de l’aimer encore plus. 😉 J’étais prête à avaler goulûment cette fiction, désirant mieux connaître ce maître des émotions dans son métier. L’échéance est une histoire d’amour sur ses derniers milles, une question d’âge; la femme, 37 ans, l’homme, 70. Déjà, en partant, ce fossé, que dis-je, ce gouffre, avalerait n’importe quel amour. Le couple roule ses derniers milles, toutefois, la conversation franche, yeux dans les yeux, est évitée. Un choix de l’auteur. Nous entrons dans les têtes de chacun, avec un détour obligé par le cœur. L’homme est un baby-boomer, ne s’en cache pas, suant à grosses gouttes son état de mâle bien assis sur ses acquis.

Cependant, comment être tout à fait confortable quand une compagne commence sa vie et que toi tu la termines. Incapable d’affronter ses propres émotions, comment peut-il affronter celles de sa compagne? Il commencera par se cloîtrer dans sa jalousie, le symptôme par excellence de l’impuissance. Ensuite, il optera pour la retraite fermée, rien de moins. De son côté, sa compagne, par le biais d’une rencontre de travail dans un hôtel, un évènement trouble de sa jeunesse refera surface et viendra la perturber. Elle fera appel à ses amies pour l’aider.

La première moitié du roman place le projecteur essentiellement sur Robert, Véronique tardant à se laisser connaître. Dans l’histoire, Robert n’entre pas en relation, nous restons confinés dans sa tête, cela devient un peu étouffant. C’est par Véronique que la fraîcheur (la vie) entre. On la voit entrer en relations ce qui aide grandement à la saisir. J’en ai conclu que l’auteur, pourtant à l’aise dans les dialogues, a choisi de les exploiter assez peu dans ce roman. Pour tout dire, le face à face entre les deux protagonistes m’a manqué.

Les secrets d’une âme brisée de Claire Bergeron – Éditions Druide

Encore une fois, Claire Bergeron m’amène dans un univers d’émotions claires, je dirais même cristallines de limpidité. Ses personnages, toujours aussi fortement ancrés dans la réalité, ne font jamais douter de leur existence. Assez qu’il m’arrive de me demander : est-ce que cette histoire est vraiment arrivée? À mon avis, quand on se pose une telle question, c’est que l’autrice a atteint sa cible.

Cette fois, nous plongeons dans le passé de Fabiola qui est maintenant une vieille dame. Son passé (1883) n’est pas aussi lisse et convenu qu’il y paraît aux yeux de sa petite fille Gladys. Cette grand-maman aimante lui racontera son premier mariage, lequel, toute sa vie, elle a gardé sous silence. On comprendra facilement pourquoi, au fur et à mesure que les pans de l’histoire s’écarteront, pour braquer sa lumière sur Fabiola, jeune fille. Une catastrophe familiale la poussera rapidement à découvrir sa force de caractère. Elle devra affronter, non pas ses démons intérieurs, mais des démons extérieurs, et directement dans son entourage. Comment réagira cette jeune femme de 17 ans, plutôt soumise, qui du jour au lendemain, devient riche et à la tête d’une entreprise qui fait vivre la population? Heureusement, elle a le jugement pour faire la part entre ses alliés et ses ennemis et qui plus est, celui de cerner ses limites personnelles.

Parallèlement à une romantique histoire d’amour, les fils enchevêtrés d’une enquête se délient sous nos yeux. Cette autrice a le doigté pour entretenir la flamme des questions. Experte en effeuillement (striptease), elle déshabille parcimonieusement le corps de son intrigue. Il faut dire que, telle une prestidigitatrice, elle fait voyager notre attention sur divers sujets, ce qui lui permet de tirer les ficelles sans qu’on ne la scrute à la loupe. J’ai admiré que l’héroïne, malgré ses belles qualités, ait des limites personnelles, ce qui lui confère beaucoup de crédibilité. La question du racisme y est abordée de front et donne de la chair métis à l’histoire. Encore une fois, mission accomplie, même si parfois, il m’est arrivé de passer rapidement les moments dans le présent (1943), m’empressant de retourner dans le passé (1883) tellement l’intrigue m’obsédait.

1 commentaire
  1. J’ai lu »Les secrets d’une âme brisée » Mais quel livre plein de rebondissements et on ne sait jamais ou on va arriver et j’adore cela car on pense et on pense et ce n’est jamais ce qu’on pense qui est ce qui est. Et là présentement, je suis à lire »UNE JUSTICE À LA DÉRIVE » WOW encore une autre qui on se demande comment tout va se dérouler pour avoir une fin qui va nous satisfaire. 😀
    J’adore et j’en ai deux (2) autres qui m’attendre de cette auteure/autrice. Je ne m’en lasse pas.

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