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Janvier, faut s’en méfier

Des fêtes de Noël restreintes, ajoutées au froid normal de l’hiver, on peut penser que le nombre de personnes en dépression pourrait augmenter. En 2019, 800 000 Québécois et Québécoises vivaient une dépression majeure. Imaginez ce que nous aura servi 2020 à cause de ce maudit virus!

Il est temps que l’on se regarde les uns les autres, que l’on se préoccupe du sort de chacun chacune. Et si cette pandémie nous apportait un changement majeur et faisait disparaître d’un coup de baguette magique cet individualisme qui nous colle à la peau depuis trop d’années?

Pour vous dire la vérité et humblement, je me suis toujours préoccupée du sort des autres et je crois sincèrement que donner au suivant m’a apporté des dividendes auxquelles je ne m’attendais pas. Ça n’a pas empêché le fil de la vie de m’apporter son lot de drames, de souffrances. Il y a 22 ans ce mois-ci, mon collègue et ami Gaétan Girouard prenait une autre option que la vie. Il n’avait que 33 ans, deux merveilleuses petites filles, une épouse qu’il aimait. Mais il souffrait d’une insécurité démesurée. Dans mon premier livre J’ose déranger, j’avais dévoilé son processus suicidaire et j’avais fortement exprimé ma peine :

« Je t’en veux, tu n’avais aucune raison valable de poser ce geste. Tu es un sale égoïste. Laisser une épouse, deux charmantes fillettes, des amis sincères, un emploi qui te hausse au niveau des grands. Je suis en colère… »  

« … La mort de Gaétan, tellement médiatisée, a bouleversé le Québec en entier. La colère, la révolte, la tristesse, l’incompréhension nous écorchaient tous… Tous ces sentiments ont saboté le tournant de mes cinquante ans. Ils ont fait partie de mes dommages collatéraux. À l’époque, le suicide de Gaétan a fait ressurgir mes pulsions suicidaires… »

Avec les années, j’ai effectivement pris conscience de ma propre fragilité, et parfois, j’ai même été à un cheveu de me retrouver dans un gouffre moi aussi. 

22 ans plus tard, je peux affirmer sans trop me tromper que je n’ai plus l’intention de mettre fin à mes jours. Heureusement que l’aide existe et, croyez-moi, je m’en suis servi. J’ai eu recours à un psychologue qui m’a fait voir les bons côtés de la vie lorsque tout s’assombrit. Les amies ou la famille font aussi partie de la solution.

Ce que je comprends avec le temps, c’est qu’oser s’exprimer, c’est oser vivre. Eh oui! Par contre, je choisis mieux mes batailles, ça fait moins mal. 🙂

Ce que j’ai appris, parfois à la dure, c’est que l’on ne doit jamais remettre entre les mains des autres le pouvoir de juger de la qualité de sa propre personne. J’ai vraiment fait la paix avec moi-même, ce qui m’a permis d’aller de l’avant avec mon premier livre J’ose déranger et encore plus avec mon autobiographie Ma véritable identité. Il m’a tout de même fallu la mort de Gaétan pour comprendre que les cimetières sont remplis de gens irremplaçables, et que même si je quittais TVA, l’édifice ne s’effondrerait pas…

Aujourd’hui, lorsque je vois des amies et des amis au bord de la crise de nerfs, je tente fortement de les encourager, de les inciter à relaxer, à prendre congé de leur travail, à consulter s’il le faut. Je veux les garder vivantes et vivants! La performance ne devrait pas être le signe de l’accomplissement de la réussite. Malheureusement, trop de gens ne se définissent que par le travail. C’est ce que j’ai trop longtemps fait. Après avoir vécu le deuil de mon emploi, j’ai enfin constaté que je n’avais pas à être performante à tout prix pour offrir un bon rendement dans mes activités. Je veux que cette conscience m’amène tout droit vers une plus grande cohérence.

Sans être une experte en la matière, je sais pertinemment que lorsqu’on fait face au mur, quand on est dans le brouillard total, au fond du lac, ce n’est plus de choix dont il est question, mais de comment mettre un terme à sa souffrance. Le doute a tenté quelques fois au cours de mon existence de m’assassiner[1]. Et il a malheureusement assassiné Gaétan et quatre autres amis. J’ai passé ma vie à douter.

… À l’époque où je tentais de faire ma place parmi les hommes comme journaliste, il m’est arrivé à quelques reprises de vouloir tout foutre en l’air, tellement mes blessures intérieures étaient grandes et le doute, dévastateur…

En regardant aujourd’hui dans mon miroir arrière, je constate que la vie a été plus que bonne pour moi. Soyons réalistes, on ne change pas, mais on peut s’améliorer ou se détériorer! Alors j’ai opté pour le premier choix, j’ai continué d’évoluer, de tenter d’être une meilleure personne. Aujourd’hui, très aisément, j’affirme que je me connais, et je m’aime quand même. 🙂 Avoir des projets me semble être aussi la clé de la vie. Tiens! Je viens de lâcher le mot qui me tient en vie : PROJETS. Pas de projets, pas de vie! Dans mon cas, c’est l’essence dans mon moteur. Je dis souvent aux jeunes que je mentore : vivez vos rêves plutôt que de rêver votre vie et c’est ainsi que le suicide ne devient plus une option. Vous allez peut-être vous dire que c’est facile à dire. Mais parfois, il me faut trouver des moyens de persuasion, d’abord pour me convaincre moi-même lorsque la noirceur apparaît et je me dis si c’est bon pour moi pourquoi ne pas partager mes petits trucs!

2020 est désormais derrière nous sans aucun regret. Après tout ce confinement et avec l’arrivée du vaccin contre la COVID, il nous est permis d’espérer que chaque humain ait compris le message de la solidarité dont nous avons tant besoin pour rester vivantes et heureuses, autant que faire se peut.

Pour citer l’Association québécoise de prévention du suicide : Le suicide n‘est pas une option, alors choisissons la vie! Je nous la souhaite bonne et pour longtemps encore!

Jocelyne Cazin

Auteure de J’ose déranger, Éd.Publistar, 2014

Ma véritable identité, Éd. Libre Expression, 2020

Pour vous le procurer, c’est ICI.
Pour vous le procurer, c’est ICI.
[1] Extrait du livre J’Ose déranger, éd. Publistar, 2014
[2] Extrait du livre J’Ose déranger, éd. Publistar, 2014
[3] Extrait du livre J’Ose déranger, éd. Publistar, 2014
3 commentaires
  1. Madame Cazin vous avez la façon d’écrire pour bien décrire les maux avec des mots. Je me souviens encore du suicide de monsieur Girouard et même de l’histoire de la porte défoncée par un de vos collègues travail où s’était passé ce drame. Cela fait peut-être vingt-deux années mais la douleur est encore bien présente pour plusieurs personnes. Il est difficile de vivre avec une si grande fragilité. Vous avez raison de dire que le temps peut diminuer considérablement cette douleur. Il n’est pas facile de trouver cette clef de guérison même les professionnels de la santé ne la détiennent pas. Il faut fouiller dans nos ténèbres afin que nous puissions trouver ce magnifique trésor. Nous voulons vous dire madame Cazin que nous vous comprenons et nous vous apprécions pour la personne que vous êtes. Vous pouvez être très fière de la dame que vous êtes devenue et en terminant nous voulons vous dire de bien prendre soin de vous

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