Mathilde

Lecture – Mathilde : féministe sans s’en douter

Écrit par

Qui est Mathilde, cette jeune femme intrépide qui a devancé son temps (1930)? L’histoire de cette avant-gardiste a été célébrée par le public qui lui a décerné son Prix coup de cœur du dernier Salon du livre de l’Estrie. Un premier roman et déjà primé ! Je l’avais lu lorsque j’ai appris cette reconnaissance décernée à l’autrice. Je n’étais nullement surprise que son personnage soit remarqué et, notez-le, c’est à soixante et douze ans que Céline Savoie amorce une carrière d’écrivaine. 

mathilde

Malthilde aspire plus qu’à égaliser l’homme – c’est peut être inconscient – elle vise à le dépasser. S’occuper de l’entreprise funèbre de son père, ensuite prendre la responsabilité du Magasin général qui s’en va à la dérive, faire donner une raclée à un malotru, sa détermination poussera les limites du Québec patrimonial. En plus du ressort de ce personnage féminin surmontant ses peurs pour foncer, on trouve chez les personnages l’entourant, des caractères avec du nerf! En bout de pages, ça donne un roman fort.

Cette femme dans la vingtaine s’expose, prenant à bras-le-corps sa vie, faisant fi des restrictions imposées au genre féminin. D’une beauté naturelle, plusieurs hommes la convoitent mais dès qu’elle apercevra le maître de poste, elle le trouvera beau, bon, charmant et cela, malgré son handicap à une jambe. Cette solide histoire d’amour cimentera les initiatives de ces cœurs ardents. 

Le succès et la beauté chez la femme attirent son lot de tracas ; elle se fera attaquée par un cupide jaloux ! Ses frères et son conjoint, des alliés pour la vie, attaqueront le mal par le mal et le voyou amoché sera sommé de quitter le village à tout jamais. Cette turbulente fresque familiale s’animant sous nos yeux, le réflexe serait de se stresser : cette agression va-t-elle être découverte, réprimandée ou épargnée? Peu à peu, on découvre que ce genre de réaction est inutile car l’autrice comble son lecteur aspirant à une justice humaine. La règle d’ici-bas, « La loi fait loi », mène à une justice rigoureuse, parfois aveugle, mais pas dans l’univers de Céline Savoie. J’ai été comblée, chapitre après chapitre, savourant chaque désobéissance  civile sous le bon vouloir de l’écrivaine.

Mathilde

Le père de Mathilde régnant sur une exploitation fermière, en plus de l’unique entreprise de pompe funèbre, impose à ses fils ses quatre volontés et, à sa fille, ses cinq. Ses deux fils sont aussi bien traités que ses employés, c’est-à-dire qu’il les rétribue. Tandis que sa fille ainée ne mérite pas un sou, même si elle en a lourd sur les épaules depuis que sa mère est au sanatorium. Pour son père, c’est son devoir filial, un point, c’est tout. En plus de la traiter comme une étrangère, il y ajoute un soupçon d’arrogance. Le lecteur se pose la question : « pourquoi » ?

Depuis le temps que je lis des romans historiques, jusqu’à ma rencontre avec Céline Savoie, j’attendais que soit étanchée ma soif d’équité, la loi n’étant pas toujours juste. L’autrice, tout en respectant la réalité historique, débarrasse certains personnages de carcans en trop. Elle fait de la place pour les marginaux, l’étant elle-même, si j’ose dire. 

Le père de Mathilde, reconnu comme un riche entrepreneur est un homme important au village, ce qui ne l’empêche pas d’enfreindre des règles fondamentales d’honnêteté. Il se fera prendre par sa fille. Quelle en sera la conséquence ? C’est là que la vision de la justice de l’autrice entre enjeu. En tant que créatrice absolue de son œuvre, elle nous offre l’occasion de voir un homme qui, grâce à sa fille, échappe à la justice. La réhabilitation s’insinue par les failles de sa conscience et il décidera de progressivement changer. Que sa fille qu’il a maltraitée lui évite l’opprobre éternel de ses concitoyens, et même la prison, l’a profondément touché.

Mathilde

Mon goût de rencontrer une autrice qui suit une ligne de conduite aussi particulière s’est fait sentir chez moi. Entre ses lignes se découvre une vision nouvelle, celle de laisser poindre des résolutions en écartant certaines rigidités de la loi. Dans ce roman historique, à traiter indubitablement d’optimisme, les êtres humains s’édifient et s’améliorent autant que les bâtisses.

La journée où j’ai rencontré Céline Savoie, elle venait de poser le point final à son deuxième manuscrit. Elle avait remarqué l’heure : 11 h 58. Une telle coïncidence ne s’invente pas. En attendant ce deuxième opus, j’ai sondé la maitre d’œuvre du premier. 

Je faisais face à une romancière qui ne laisse rien au hasard, investissant des semaines d’efforts pour chacun des chapitres qu’elle fait tout d’abord lire à son mari. Elle travaille avec constance, le matin. Je ne parle pas à la légère de son sens de l’organisation qui s’apparente presqu’à de l’obsession. Devant un objectif, la matière doit se plier à sa volonté. Malgré une détermination à toute épreuve, j’ai rencontré une femme courtoise et discrète. Fait cocasse, je lui avais remis une copie de mes questions, l’ayant entre ses mains, elle a fini par s’en (auto)poser quelques unes ! Je bavardais, retardant la question suivante. J’ai reconnu une volonté de fer chez cette digne dame qui n’a qu’un rêve, développer le filon de sa troisième histoire.  

Découvrez ce roman ICI!

En attendant, Mathilde désire vous rencontrer, elle, et ses nombreux rebondissements. 

Je retiens de cette histoire que la bonté est récompensée, la méchanceté chassée, un baume sur le sens de la justice souvent malmené dans la vraie vie.

Partager cet article

Autres articles de l'auteur.trice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


POUR NOS ABONNÉES VIP: AUCUNE PUBLICITÉ, CONCOURS EXCLUSIFS ET CODES PROMO!

Pour quelques dollars par mois, devenez une Radieuse VIP

Articles similaires

Être proche-aidant.e est un rôle rempli d’amour et de dévouement. Que vous aidiez un parent âgé, un.e conjoint.e malade ou un.e ami.e en difficulté, vous…
Le printemps ne se manifeste pas seulement à l’extérieur. Au contraire, il peut aussi s’installer doucement à l’intérieur de nous. Après 50 ans, une nouvelle…
Comment parle-t-on de la maladie mentale d’un parent à un jeune enfant sans le perturber? La question s’est posée, puis imposée à Marie-Michèle Bertrand et…
Février est un mois tout indiqué pour se tourner vers l’intérieur, pour s’adonner à l’introspection: les élans de début d’année se sont apaisés, l’hiver est…
Ah, l’amour ! Il peut être doux, passionnant, mais aussi un peu chaotique. Après 50 ans, on sait que maintenir une relation solide, c’est un…

Plus de concours. Plus de rabais. Moins de publicités!

L'offre VIP est maintenant disponible!