Droit des femmes

Les combats des femmes

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Le jour du 7 mars est peut-être un bon moment pour rappeler les luttes des femmes et leur redonner leur place dans l’histoire. De toutes les époques, des événements importants ont marqué leurs luttes vers l’égalité sociale et sexuelle.

magazine vintage - droit des femmes

Le mensuel Au coin du feu est le premier magazine de langue française destiné aux femmes. Il est l’un des ancêtres du magazine Les Radieuses. Les écrits des femmes journalistes, ces « petites chroniqueuses » disait-on, ont ouvert la voie à la parole des femmes. À une certaine époque on considérait que les performances des femmes avaient la « grâce » et celles des hommes le talent. À la fin des années 1920, une cohorte d’écrivaines diplômées a réussi à s’illustrer: Gabrielle Roy, Rina Lasnier, Alice Lemieux, Éva Senécal, Simone Routier. L’ouvrage de Marie-Antoinette Tardif (pseudonyme Le Normand) Autour de la maison a été réédité six fois. En 1930, Idola Saint-Jean (1879-1945), après avoir suivi des cours à la Sorbonne et enseigné la littérature aux universités McGill et Montréal, devient la première femme à se présenter aux élections fédérales. En 1931, Jovette Bernier a publié La chair décevante, considérée comme scandaleuse. Elle a écrit le radio-roman : Je vous ai tant aimé.  Elle a été la première femme à être admise dans une salle de rédaction, à L’événement de Québec. Les femmes journalistes ont été des pionnières.

En 1940, l’avocate Claire Kirkland-Casgrain est devenue la première femme membre de l’Assemblée législative du Québec et la première femme au Conseil des ministres. En 1961, elle a été la première femme élue députée et la première femme juge à la Cour provinciale. Simone Monet-Chartrand, Léa Roback et Solange Chaput-Roland se sont jointes à elle pour initier le mouvement La voix des femmes. On se souviendra qu’au cours de cette époque, la signature du mari était nécessaire pour louer un appartement, s’engager par un quelconque contrat, ouvrir un compte bancaire ou emprunter. En 1937, la profession d’enseignante était interdite aux femmes mariées. Sous le projet de loi 16, poussé par Claire Kirkland-Casgrain, le 14 février 1964, une modification du Code civil du Québec confère aux femmes une autorité juridique. 

Droit vote femmes

Ce groupe de femmes de la génération de nos grands-mères ont milité pour obtenir le droit de vote. Puisqu’au fédéral, depuis 1918, les femmes avaient le droit de vote, pourquoi les femmes du Québec n’en auraient-elles pas le droit? 

La génération de nos mères a manifesté pour obtenir l’accès à l’avortement. Peu d’hommes ont lutté à leurs côtés. Le seul médecin à s’être rallié ouvertement au combat des femmes pour le contrôle des naissances est Henry Morgentaler. Il voulait pour elles de « bonnes conditions médicales et psychologiques ». En 1955, pour protéger les femmes contre les charlatans, il a ouvert des cliniques d’avortement à Montréal. Ses pratiques étant considérées comme illégales, il a été mis en prison. Les poursuites contre lui ne sont tombées qu’en 1976.

En 1968, le ministre de la justice du Canada faisait adopter une loi, le Bill Omnibus lequel décriminalise l’avortement et l’homosexualité et permet aux femmes de demander le divorce, mais seulement en cas d’adultère. Aujourd’hui, on peut demander le divorce sans cause. Cette compétence est toutefois restée aux mains du gouvernement fédéral. 

Droit des femmes

En 1981, la loi prévoit que les femmes ont le droit d’utiliser leur nom de jeune fille. En 1989, un événement important a marqué les femmes québécoises : le procès de Chantal Daigle contre Jean-Guy Tremblay. Enceinte de 18 semaines, une injonction émise contre elle l’a empêchée d’avorter au Québec.  À près de 22 semaines, elle a eu le courage d’aller aux États-Unis pour avorter

En 1990, sous le conservateur Brian Mulroney, malgré que la Cour Suprême ait décrété que « Le fœtus n’a aucun droit » et n’est pas encore une personne, le gouvernement restreint le droit à l’avortement en le criminalisant de nouveau. L’avortement n’a été permis que si la vie ou la santé de la femme est menacée. Encore aujourd’hui, les femmes sont à risque de perdre leur droit à l’avortement. 

En mai 1995, la Marche du Pain et des Roses est initiée par Françoise David et la Fédération des femmes du Québec pour combattre la pauvreté des femmes; 30 ans plus tard, elles sont encore les plus pauvres de la société. Fait récent, incroyable mais vrai, la Fédération des femmes du Québec, l’un des phares des luttes féministes, est en désaccord quant au fait de priver les femmes qui portent le voile d’enseigner et de soigner. 

Depuis le projet de Charte des valeurs du Parti québécois en 2013, le Québec aurait, dit-on, atteint le summum en matière de progrès d’égalité sociale!  Certes, les femmes sont sorties de leur cuisine mais ont-elles vraiment atteint l’égalité et l’équité salariale. Combien d’emplois bien payés et de postes de pouvoir celles en âge de procréer ne décrochent pas ? Est-ce normal qu’une femme enceinte soit encore perçue comme un passif qui ne contribue pas à la société ? Est-ce normal que la maternité soit si peu reconnue, qu’un plombier ou un électricien gagne le double du salaire d’une éducatrice en garderie ? Est-ce équitable qu’au bout d’un parcours de vie professionnelle, une femme qui a eu des responsabilités familiales plus lourdes soit ainsi désavantagée financièrement ? 

Droit femme

Parlant d’égalité et de poids social et politique, il me vient à l’idée que beaucoup de politiciens, d’artistes et d’athlètes masculins ont eu droit à des funérailles nationales mais peu de femmes. Marie-Claire Kirkland-Casgrain a eu ce privilège de même que l’auteure, animatrice et ministre de la Condition féminine, Lise Payette. Toutefois, du point de vue de la solidarité féminine, le parcours de cette dernière ne m’apparaît pas si édifiant… On se rappellera de sa fidèle défense envers son ami Claude Jutra. On se rappellera également que pour ne pas faire tort à Michel Venne, elle a invité Léa Clermont-Dion à son domicile pour l’inciter à signer une lettre d’excuse et à ne pas porter plainte contre son agresseur. Michel Venne a tout de même été condamné pour agression sexuelle, en 2021. De mon point de vue, ses gestes sont une trahison envers les femmes, ce qui ne méritait pas de funérailles nationales.

Denise Bombardier, Léa Roback, Madeleine Parent et d’autres auraient pourtant été des femmes méritoires mais, n’étant pas dans les rangs du gouvernement, elles sont restées invisibles aux yeux des hommes de pouvoir. On dirait bien que pour reconnaître les accomplissements et l’apport des femmes dans la société, il reste encore un peu de travail à faire.

On aime croire que notre société est exempte de sexisme. François Legault est un millionnaire qui s’est lancé en politique, mais Pauline Marois a été blâmée pour sa richesse et ses vêtements. En 2017, lors d’une conférence, madame Clinton a dit au vaste auditoire féminin : La seule façon de nous débarrasser du sexisme est en ayant plus de femmes en politique. Françoise Giroud a écrit :  L’égalité sera véritablement atteinte le jour où on nommera une incompétente à un poste important. En 2019, Michelle Obama de passage au Centre Bell de Montréal attire une foule très largement féminine. Tristement, je pense que même si elle avait été présidente des États-Unis, l’auditoire aurait été tout de même en grande majorité féminin. Une femme qualifiée, Kamala Harris, a perdu contre l’ambitieux Donald Trump. Si la notoriété des hommes attire les femmes, est-ce que l’inverse est vrai? On dirait bien que le politique et le pécunier vont encore de pair et que le masculin l’emporte encore sur le féminin.

#metoo

La génération actuelle a milité contre la violence conjugale et a dénoncé la culture du viol. MeToo a conscientisé les hommes et les femmes à l’importance du consentement. Malheureusement, il y a encore des hommes qui usent de violence envers les femmes et la pression repose encore souvent sur les épaules de la victime. Rappelons-nous qu’en 2015, alors qu’elle était une victime mineure, Maude-Félixe Gagnon a dû faire pression et menacer de sortir dans les médias pour que le député Gerry Sklavounos ne soit pas réintégré dans ses fonctions. Malgré MeToo, la politique serait-elle encore un Boys club ? 

Concernant le viol, l’affaire Dominique Pelicot, en France, a également été très médiatisé au Québec. Gisèle Guillou-Pelicot a également dénoncé par souci des autres femmes. Ce procès est la démonstration de la solidarité et de la sororité. S’il est une belle leçon de féminisme, il démontre également la nécessité de ne pas cesser le combat.

En 2022, le gouvernement québécois instaure un Tribunal spécialisé en matière de violence. En 2024, la loi C-332 érige en infraction le fait d’exercer un contrôle coercitif sur un partenaire.

Violence femmes

Comme Gisèle Pelicot l’a fait, il faut éveiller les consciences masculines. Il faut parler aux filles, mais aussi éduquer les garçons afin qu’ils ne répètent pas les mauvaises blagues et les mauvais gestes des hommes. Il faut préparer les filles sans pour autant épargner les garçons. Les femmes violentées, harcelées ou violées, ça concerne le sexe masculin. La honte n’appartient pas aux femmes. Elle doit changer de camp. 

Il faut du temps, beaucoup de gens et beaucoup de paroles pour changer les prises de conscience. Faisons des hommes des alliés à notre cause. Faisons-leur une place dans nos combats. Pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes, je crois que les femmes doivent inclure les hommes afin qu’ils portent le message de la non-violence avec elles. L’égalité ne se fera pas sans eux. Je dirais que nous baignons toujours dans la banalisation et le sexisme et que notre liberté et notre intégrité féminine est un combat toujours à propos. Il reste encore du chemin à parcourir.

Claudette

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