Comment parle-t-on de la maladie mentale d’un parent à un jeune enfant sans le perturber? La question s’est posée, puis imposée à Marie-Michèle Bertrand et Stéphanie Houle, deux travailleuses de la santé à un point tel, qu’elles sont devenues éditrices. Cet ergothérapeute et cette travailleuse sociale n’ont pas fait les choses à moitié, bien au contraire, elles ont doublé leurs efforts en prévoyant deux albums : le premier : « Maman et le nuage qui passe » accompagné de « Papa et le nuage qui passe ». Ainsi, elles démontrent sans l’ombre d’un nuage que la dépression n’est pas l’apanage des femmes, les hommes sont aussi touchés par le phénomène.
Comment et où ai-je rencontré ce cas exceptionnel de soignantes qui s’improvisent éditrices pour pallier à un besoin criant de leur clientèle ? Marie-Michèle Bertrand tenait une table au Marché de Noël de Racine, village de l’Estrie. Un livre, pour moi, c’est aimanté, ma main s’est naturellement dirigée vers l’album aux couleurs tendres « Maman et le nuage qui passe ». Pendant que je feuillette, elle m’expose que dans leurs bureaux défilent de plus en plus de mères et de pères démunis de devoir fonctionné avec un état mental altéré par la maladie.
Question angoissante pour tout parent qui se respecte : comment rassurer la progéniture ?
L’enfant observe son parent à cœur de jour, il l’a dans son point de mire. Il sera parmi les premiers à sentir que maman ne file pas. Le bambin se questionne : est-elle de mauvaise humeur parce que j’ai fait une bêtise ? Ou m’aimerait-elle moins tout à coup ? L’imagination grimpe vite dans les rideaux. Faut éviter à tout prix que ces inquiétudes transpercent de jeunes cœurs qui s’abandonnent totalement à l’adulte.

Le besoin était à ce point criant qu’il a créé l’invention chez ces dames oeuvrant dans le domaine humanitaire. On veut bien combler un besoin mais comment s’improviser éditrices du jour au lendemain sans subvention? Avant tout, on doit accumuler des fonds. Pour éditer sans subvention n’échappe pas de passer par des donneurs, bref, une levée de fonds devient incontournable.
Une fois les fonds accumulés, se lancer dans l’aventure en créant un livre (conte dans un jardin) inclus dans un livre. Ni plus, ni moins qu’une gageure!
Le but du conte abondamment imagé inséré dans l’album : que la détresse morale devienne accessible pour des cerveaux juvéniles. Par l’image. Pour y arriver, elles n’ont pas hésité à écrire à « quatre mains » une métaphore élaborée. Ce conte d’une famille travaillant ensemble dans un jardin est inséré dans le livre qui, lui, est accompagné d’un guide pour les adultes. Des questions pertinentes accompagnent le parent dans sa démarche auprès de l’enfant inquiet. Le guide propose des mots parfois encore absents du vocabulaire du jeune, un support pour clarifier ses pensées nébuleuses. Arracher l’enfant des mâchoires voraces de son imagination.

Pour un tel projet, le doigté était nécessaire et, sur ce, mission accomplie, la situation est présentée avec des gants (blancs !) de fée. L’usage d’images autour d’un jardin démystifie une réalité invisible qui peut échapper aux enfants. Les mœurs sont adoucies par ce conte que les autrices ont encadré par des questions directes et bien dosées. Le conte poursuit également le but de faire comprendre la temporalité de la situation. Un nuage, même si ombrageux et menaçant, ça passe, lorsqu’un vent fougueux le pousse. Là où il y a des nuages, le vent n’est pas loin. C’est rassurant pour l’enfant qui ne reconnait plus tout à fait l’humeur de sa maman.
Comment parler de Maman et le nuage qui passe sans mentionner l’habile habillage illustré du livre. Je fais allusion à ses guirlandes de fleurs, la signature talentueuse de Muya, une illustratrice espagnole. La métaphore du conte se présente par Muya sur un plateau de parfums et d’herbes. Elle manie la magie graphique dégageant une ambiance de douce joie sereine dans un espace qui reflète la lumière de l’espérance.

Cet album et sa vocation d’aide aux parents et intervenants est un outil nécessaire dans le contexte de la maladie mentale d’un parent et j’irai jusqu’à prétendre que la maladie mentale d’un autre enfant pourrait être démêlée par cet outil.
Si vous vous demandez si le sujet est trop aride pour un enfant jeune, sachez qu’ils comprennent les réalités délicates plus qu’on le suppose. Ces mots sortis de la bouche d’un enfant en font foi :
« C’est comme quand le soleil est caché derrière les nuages et que les plantes ne peuvent pas profiter de ses rayons pour pousser ».

Marie-Michèle Bertrand et Stéphanie Houle peuvent se félicitent : mission accomplie ! Cet album comme une clé est mis à la disposition de parents et d’enfants qui ne veulent pas laisser les nuages sombres crever au-dessus de leurs têtes.
Pour vous procurer Maman et le nuage qui passe, c’est ICI!
Pour vous procurer Papa et le nuage qui passe, c’est ICI!







