Legs familial

Un puissant legs familial

Écrit par

À l’instant où l’ovule est fécondé, le nouvel individu partage l’environnement cellulaire de tous les autres avant lui. Ainsi, on a tous dans notre mémoire cellulaire le passé, défavorable ou pas, d’un proche parent ou d’un aïeul. C’est la transmission d’un legs génétique, qu’on appelle le « traumatisme familial héréditaire ».

Femme enceinte - Legs familial

On admet facilement que des liens de filiation transmettent les traits physiques dont la taille, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, une certaine capacité intellectuelle, une habilité, une aptitude ou une prédisposition particulière. Mais, on accueille moins spontanément le legs génétique qui fait que l’un de nos géniteurs nous transfère des composantes comme un tempérament impulsif, une nervosité excessive ou parfois une grave maladie. 

Il n’est pas simple d’expliquer que l’apparition d’un symptôme, d’une peur, d’une maladie puisse être une réponse à une expérience douloureuse ou à une perturbation affective; il reste complexe d’analyser un lien aussi mystérieux que l’héritage laissé par la lignée généalogique. Pour comprendre un peu le mécanisme de la transmission, en souhaitant que ce sujet trouve écho auprès de certains lecteurs et lectrices, je vous fais part d’une partie des découvertes que j’ai faites.

La psychopraticienne Élisabeth Horowitz étudie, depuis 20 ans, les effets du mode de transmission intergénérationnelle. Son hypothèse est qu’une vie sans traumatisme est chose rare. Elle émet l’idée que toutes les vies ont un double fond, lequel porte la trace d’un rendez-vous inconscient avec l’histoire secrète de quelqu’un de notre passé. Ainsi, un secret douloureux, si bien caché soit-il, est une source malsaine qui est condamnée à être revécue et qui cause toujours des symptômes chez les générations à venir.

Génération

À travers sa pratique, elle a remarqué que la génération qui vit un réel trauma, comme un événement historique, un événement climatique ou un événement social perturbant, est souvent épargnée car il lui faut le courage et l’énergie de survivre. Ce sont les générations suivantes qui en sont affectées sous forme d’anxiété, de phobies ou de maladie, à des périodes de transition particulièrement difficiles comme les premiers amours, la naissance d’un enfant, la ménopause, le divorce ou la mort de quelqu’un. Elle met en évidence que, par bonheur, les enfants de la quatrième génération sont libérés de cette chaîne de transmission et vivent sans symptômes physiques et psychologiques. 

Des exemples de symptômes : l’enfant, qui a vécu dans l’utérus les émotions répétitives de colère, d’inquiétude ou de peur parce que sa mère était maltraitée physiquement ou verbalement ou émotivement, peut en avoir été marqué et, dans une situation similaire, réagir par un inconfort, un stress ou une peur semblable. L’enfant, dont la mère a tout au long de sa grossesse vécue en zone de guerre et a dû se soucier constamment de protéger sa vie des tirs et des bombes, peut avoir hérité d’une insécurité qui le fera réagir impulsivement et démesurément dès qu’il entendra un bruit soudain. Une petite fille peut porter en elle le dégoût d’une arrière-grand-mère qui a été obligée à l’amour et alors, ne pas aimer se faire câliner. 

Dans sa psychothérapie, Horowitz précise que lorsqu’un individu se retrouve, comme dans les exemples cités plus haut, de façon inexplicable, accablé par un symptôme, une souffrance psychologique, une phobie sociale, une peur ou un sentiment incompréhensible qui risque d’orienter inconsciemment ses comportements, c’est alors le moment de se poser des questions. Quel est le contexte dans lequel le symptôme est apparu? Quelqu’un dans la lignée familiale aurait-il vécu un symptôme semblable? Qui a été rejeté? Qui a été intimidé? Qui a été abandonné? Qui a été agressé ou violé? Qui a perdu un enfant? Qui s’est suicidé? Qui a été battu? Qui a été assassiné? Qui s’est senti responsable ou s’en veut du malheur de quelqu’un? Qui a perdu sa maison ou ses biens? Qui a vécu la faim, la douleur, le froid, la guerre, la peur? Pour tenter de répondre à ces questions, elle fouille alors les actes de naissance, de décès, de baptême, de mariage et les archives judiciaires et médicales afin de tenter de voir s’il n’existerait pas un lien avec un drame vécu quelque part dans l’histoire de sa famille. Elle recherche des modèles familiaux singuliers, des événements marquants ou des accidents qui pourraient faire résonnance avec le symptôme dont le client est affecté. 

À travers sa pratique, elle a constaté qu’en consultant et en y mettant le temps nécessaire pour déconstruire l’association et la compenser, les symptômes et les problèmes de santé venus des générations précédentes n’étaient qu’un dérangement passager et transitoire. Dans cette période douloureuse, elle propose au client de ne pas se soumettre immédiatement à des traitements médicaux, car les symptômes et les problèmes de santé peuvent régresser d’eux-mêmes. 

Se confier

Rachel Yéhuda, professeure en psychiatrie et neurosciences à la faculté de médecine de Mount Sinaï à New York, a examiné la neurobiologie des troubles de stress post-traumatique. Elle a rapporté que de nombreux jeunes gens, nés après 1994 au Rwanda, trop jeunes pour avoir assisté aux tueries de quelque 800,000 personnes, éprouvaient les mêmes sensations d’angoisse que celles qui avaient assisté et survécu aux violences. Les descendants des survivants traumatisés enduraient réellement les mêmes douleurs, les mêmes sensations, les mêmes sentiments que les individus qui les ont précédés. Par exemple, une petite-fille ressent les douleurs et la déprime d’une grand-mère. Une autre ressent la peur de mourir d’une arrière-grand-mère qui a connu l’Holocauste. Il est un fait, dit-elle, ces enfants, sans le savoir, ont ressenti en eux, sous la forme de symptômes physiques et émotionnels, le même chagrin ou la même tristesse, ou la même peur profonde, ou la même douleur physique que son ancêtre a vécu à des générations précédentes. Les nombreuses observations de Yéhuda confirment que nous sommes influencés par les trois générations (14 personnes) qui nous précèdent et ce, même si toutes ces personnes nous sont inconnues.

La majorité des scientifiques s’entendent pour dire que, pour accélérer une guérison et qu’un symptôme qui est transmis du passé n’envahisse pas inopinément l’avenir des descendants qu’il s’agisse d’amours illicites, de mort violente, de suicide, d’inceste, d’un bébé mort en couche ou en bas âge, d’un avortement clandestin, d’une double vie, de pères ou de mères inconnus, il faut oser chercher ces traumatismes non verbalisés dans l’histoire des générations antérieures. Ils reconnaissent aujourd’hui que lorsque la tragédie souffrante de quelqu’un de notre passé résonne en nous, pour aller vers l’apaisement et la guérison et vers des relations plus satisfaisantes et une vie plus épanouissante, il faut mettre fin au mensonge et au secret et mettre à jour qui a été le premier à en souffrir. Il importe que le dépositaire d’un secret dévastateur, s’il est vivant, s’autorise à le faire connaître. Malheureusement, croyant épargner l’enfant, les parents, les grands-parents ou les arrière-grands-parents se taisent sur les traumatismes de leur passé. 

Legs familial

En conclusion, pour dissoudre ce qui a pu être un poids négatif, pour éviter d’aggraver une peur ou ne pas succomber à une maladie, il faut entreprendre de relever les affects en jeux dans les générations antérieures et tenter de les comprendre en s’exprimant par la parole ou par le récit écrit. Pour ne pas que recommence une mauvaise histoire, il faut en réécrire une autre.

Les hypothèses des scientifiques qui acquiescent à l’idée que la transmission d’inconscient à inconscient existe ne seront jamais parfaites. Toutefois, sachant que chacune de nos actions semblent influencer le vécu des générations qui nous suivent, sachant que rien ne semble disparaître de la mémoire cellulaire et que c’est aux générations suivantes, chez les enfants de demain, que se manifesteront les symptômes, en tant que parent, il importe de régler nos propres dysfonctionnements et de laisser savoir, à nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants qui nous étions avant d’être dans leur vie. 

L’inconscient a bonne mémoire. Il est nécessaire de décoder ce qui provient d’un événement passé qui ne nous appartient pas, car nos précieux descendants n’ont pas à payer pour ce qui est arrivé avant eux. On ne devrait pas mourir sans avoir transmis les mots qui n’ont pas été dits et les événements douloureux des histoires du roman familial.

Partager cet article

Autres articles de l'auteur.trice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


POUR NOS ABONNÉES VIP: AUCUNE PUBLICITÉ, CONCOURS EXCLUSIFS ET CODES PROMO!

Pour quelques dollars par mois, devenez une Radieuse VIP

Articles similaires

Dans un texte publié dans le magazine Les Radieuses, madame Chantale Potvin écrit : « N’arrêtons jamais de parler de ces filles… ». Pour y…
Il y a presque un an que je n’ai pas partagé avec vous une tranche de vie. Plus d’inspiration, rien à raconter si ce n’est…
Cher père Noël, Il paraît qu’au cœur de la grande fabrique du Nord, entre les engrenages qui tournent doucement et les étoiles qui s’accrochent aux…

Plus de concours. Plus de rabais. Moins de publicités!

L'offre VIP est maintenant disponible!