Quelques grammes de silence

J’ai récemment dévoré un essai intitulé « Un peu de silence en cette ère si bruyante ». Erling Kagge est un explorateur norvégien, aventurier, essayiste, amoureux de la vie et d’expériences extrêmes, alpiniste, avocat et père monoparental de trois jeunes femmes, qui, à travers ses propres expériences, tente et réussit à nous séduire avec la notion du silence.

Pour une femme issue et passionnée des médias, une qui tente de combler ces silences, l’auteur m’a frappé en pleine gueule en me laissant au passage quelques jolies cicatrices.

Kagge, dont la seule photo de jaquette nous laisse croire qu’il a traversé plusieurs tempêtes, davantage de l’intérieur que celles que les éléments pouvaient lui offrir, apporte une vision intéressante sur la notion du silence. Tout y passe; la télé, la radio, la musique en continue… mais il frappe surtout à grands coups sur les médias sociaux.

Même lors de ma plus récente visite chez mon dentiste pour un traitement de canal ou chez ma coiffeuse pour une retouche de ma repousse ; rarement, voir jamais le silence est il invité. Y’a toujours cette petite musique.

Avouons : le silence fait peur. Pour la plupart d’entre nous, le silence c’est un peu la mort.

Je l’admets : même en lisant les pages de son bouquin, je me suis laissée distraire par une musique en sourdine, un courriel, un texto et toute autre futilité qui pouvait entrer dans mon téléphone et enrober de quelques notes.

Maman a sa propre sonnerie. À 85 ans, elle le mérite bien.

Mes sœurs et mon frère? Aussi.

Les amis? Quelques-uns.

Même cet amant pouvait, temporairement, jouir de ce privilège.

Les alertes de mon fil de nouvelles? Oh. Que. Oui. Elles aussi ont leurs propres notes.

Bref, tout pour me distraire.  J’avais réglé en détails mon téléphone intelligent : une note, un son comme si, avec ces trois notes, ma vie allait prendre un nouvel élan, une nouvelle route qui se manifesterait par un « ding! ».

Alors que le bruit ne sert qu’à divertir, le silence, lui, nous invite à réfléchir.

Vrai que quand tout ce silence s’installe autour de soi, nous n’avons d’autres choix que de faire face à notre propre musique et prendre de front les notes qui clochent dans nos vies. Changer, c’est clairement la partition la plus difficile à jouer de toute notre existence.

Ah!  Je vous entends déjà me dire : « Wein, essaye donc ça, toi, de trouver le silence avec deux jeunes enfants, un job de fou!  En plus, t’as même pas d’enfants et de conjoint! »

OK. Vous marquez un point, mais comme le raconte l’auteur, le silence, ce n’est pas cette vision que l’on se fait de lui : pas besoin de partir dans le bois, se coucher au sol tout en regardant les étoiles filantes. Pas besoin non plus de partir en voilier sur la mer en solitaire pour pouvoir le saisir.

Non. Kegge dit ceci :

Fermer notre cellulaire pour 5 minutes.

Ne pas allumer la télé un soir.

Oublier volontaire d’ouvrir la radio dans l’auto.

Enlever les écouteurs de ses oreilles.

Si simple, et pourtant si difficile.

Alors, la question qui tue : et si le nouveau luxe du monde connecté était le silence?

 

Un peu de silence en cette ère si bruyante

Erling Kagge

Guy St-Jean éditeur

1 commentaire
  1. Une lecture prometteuse que je me promets de lire très bientôt . Merci pour cette suggestion … merci aussi pour cette douce invitation au silence . Je vais de ce pas , courir , mais cette fois sans musique !!
    Vous avez une plume ( et une attitude ) Mme Proulx qui me plait beaucoup .

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