Vous y avez déjà pensé ?

On a tous des petits secrets un peu gnochons qu’on ne partage avec personne.  Je me lance. Moi, par exemple, je me dis que si je pèse 100 livres + mon âge, c’est correct. Pas parfait, correct. À 20 ans, je pesais 120 livres, 30 ans, 130 livres. Ça s’est gâté légèrement avec mes deux grossesses. Mais à 50 ans, c’est redevenu convenable. Pas parfait, convenable. Je sais, c’est stupide, mais, je suis certaine que vous avez toutes un petit secret de cet acabit. Avec la cinquantaine qui avance, j’avoue que le « correct » ne me satisfait plus, parce que si je vis jusqu’à 80, je serai, disons… inconfortable.

Maryse – 25 ans, crédit photo: Marc Fortier

Je pourrais dire que les images que me renvoient les magazines me mettent de la pression à perdre du poids ou, du moins, à ne pas en prendre. Je pourrais aussi me désabonner des comptes Instagram de ces belles femmes sveltes qui ne vieillissent pas. Mais ce qui me dérange le plus, c’est de ne pas trouver le magasinage agréable. Le « xlarge » de Simon’s n’existe pas toujours dans les vêtements qui me font de l’œil et je n’ai pas encore atteint le poids pour remplir du « taille plus ». Résultat : un choix limité à des tops de madame, noir ou gris (ou avec des p’tits brillants, et ça, je hais ça pour mourir!). Certaines me diront que chez Holt Renfrew, il y a plus d’options, mais je suis quand même une pigiste !  À 25 ans, si j’avais pu me projeter dans l’avenir, il me semble que j’en aurais profité pour aimer mon corps. Merde ! Si vous saviez, les filles !

« Vieillir est un privilège », « il faut s’accepter telle qu’on est », « c’est la beauté intérieure qui compte », « les rides sont le reflet de nos joies et nos peines » … voulez-vous que je continue ? Tout cela est sans doute vrai et sage, mais ça ne m’empêche pas d’y penser. Surtout quand je viens de terminer un mandat à travailler avec des jeunes dans la vingtaine, qui, même brûlées d’avoir pris une cuite la veille et d’être en tournage le lendemain à 7h, n’ont pas besoin de se maquiller le matin.

Je n’y songe quand même pas tous les jours…

Il m’arrive, dans un élan de positivisme débridé, de faire l’exercice de tenter de trouver une partie de mon corps qui est parfaite. Petit jeu qui décoiffe la jovialiste en moi puisque je n’y arrive pas. Je ne vous énumèrerai pas tout ce qui se transforme, qui flétrit, qui pendouille, qui sèche, qui disparait, qui pâlit, qui tache ou qui arrondit quand on passe la cinquantaine. Vous le savez, vous le vivez. À moins que vous soyez de celles qui sont choyées par l’hérédité ou la nature.

Quand j’y pense trop, je vais voir sur le web pour relooker des « avants – après ». Mais on réalise très vite que des photos, ça se trafique. Et celles pour qui c’est très réussi ne s’en vanteront pas. À quoi bon puisque personne ne s’en rend compte. Ce n’est pas justement le but ?

Pour tout vous dire, je ne serais pas « game ». J’aurais beaucoup trop peur. Peur d’avoir mal (j’ai accouché deux fois dont une césarienne, ça suffit), mais surtout, une crainte de ne pas me reconnaitre (Meg Ryan était si belle). J’aimerais un résultat du genre « comme tu as l’air en forme », sans plus. Je n’ai pas envie de paraître 10 ans plus jeunes, j’ai des enfants adultes, j’ai un C.V. avec un baccalauréat qui se termine en 85, j’ai l’âge que j’ai. Juste me lever le matin et moins sentir le poids de l’âge quand je me regarde dans le miroir ou lorsque j’applique mon fard à paupières, ce serait déjà ça. On aime toutes se faire dire qu’on est belle, que le temps n’a pas d’emprise sur nous ou faire le décompte du nombre de « j’aime » à la suite du changement de notre photo de profil Facebook.

On ne peut pas dire qu’il y a une grande avancée en ce qui concerne l’acceptation des femmes à prendre de l’âge. Bon, il y a bien Kate Winslet, égérie pour Lancôme depuis 10 ans, actrice détentrice d’un Oscar et de plusieurs Golden Globes avec une étoile sur le Hall of fame et mère de 3 enfants. Elle n’a jamais hésité à contraindre son commanditaire à interdire la retouche numérique de ses photos. Elle s’était confiée à un magazine en dénonçant la représentation de la femme faussée que les publicitaires donnent aux jeunes filles : « Je préfère avoir l’air d’une femme qui vieillit plutôt qu’une femme sans expression », avait-elle déclaré. Elle vient de fêter ses 42 ans. Si elle tient le même discours dans 10 ans, elle aura toute mon admiration !

Oui, on pourrait être d’une solidarité exemplaire et cesser toutes transformations, comme ça, les comparaisons seraient loyales. Mais je sympathise parfaitement avec l’actrice qui vide son compte en banque pour faire affaire avec le meilleur chirurgien pour un « p’tit r’montant » alors qu’elle a 45 ans, qu’on ne lui offre plus de rôles et pour qui jouer est vital. Et je ne juge personne, parce que j’y ai pensé. J’y songe encore parfois. Oui, le bistouri me turlupine. Mais jusqu’à maintenant, un voyage, une nouvelle paire de lunettes ou des bottes sexy ont compensé mes envies d’éliminer ce gonflement en dessous de mes yeux ou ce petit gras de bras qui pendouille.

Et vous, vous y avez pensé ou… si vous êtes passées à l’acte, méditez-vous déjà à une prochaine fois ?

 

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