C’était un 24 décembre.

« On a beau pu être un enfant

Pis être capable de faire face à la vie

Pis, en ce moment, ben

J’ai comme des boules dans gorge

Pis si c’était pas de ce maudit orgueil

Ben j’cré ben que j’braillerais. »[1]

C’était le 24 décembre 1982, j’avais 24 ans, lui 64. Lui, c’est mon père, et il est mort subitement ce 24 décembre 1982. Une veille de Noël verglaçante, sombre.

Une semaine plus tôt, je me fiançais, il avait mis du vernis sur mes ongles, une petite larme dans le coin de l’œil. Il était heureux pour sa fille, sa plus jeune.

Une semaine plus tard, il mourait. Il n’allait pas assister à mon mariage. Je n’étais plus une enfant, mais ciel que ça fait mal perdre son papa alors qu’on s’apprête à fêter Noël, à commencer une nouvelle vie. Bien voyons, mon père ne doit pas mourir, j’ai encore besoin de lui, et je ne lui ai pas beaucoup parlé, je ne lui ai pas dit combien je l’aimais. Maintenant, il est trop tard, il est mort. Jamais je n’oublierai cette image de mon frère, des beaux-frères qui descendent mon père inerte par l’escalier glacé. Il n’y a personne de la résidence funéraire pour venir le chercher. C’est Noël après tout.

Les Joyeux Noël se sont mélangés aux condoléances cette année-là. C’était presque drôle, les gens un peu pompettes se sont déplacés gentiment pour nous accompagner dans cette épreuve.

Mais nous, dans la famille, on aime Noël et c’était particulièrement le cas mon père. Il devenait très ému en écoutant les beaux chants de Noël. Alors, après cette année 82, nous avons lentement repris nos traditions. Il le fallait, pour lui tout particulièrement.

C’était un homme bon, mon père. Il aimait sa femme, ses enfants, et il aimait Noël. En fait, je crois qu’il aimait faire plaisir et Noël lui donnait cette occasion. Malgré des revenus très modestes, nos parents nous offraient de nombreux cadeaux et l’atmosphère de chaque 25 décembre, lorsque qu’il distribuait les cadeaux, demeure pour moi un souvenir impérissable. Cigarette au bec (près du sapin naturel), il nous faisait languir en prenant son café tout doucement. Les larmes aux yeux il nous distribuait les cadeaux qu’il avait soigneusement emballés avec ma mère. Elle les avait choisis avec soin et plaisir.

Je pense que mon père m’a légué cet amour de Noël. J’adore tout ce qui précède ce grand jour. J’aime faire plaisir. Lorsque j’ai eu des enfants, je me suis promise qu’ils auraient à leur tour des souvenirs mémorables. Et maintenant, il y a les petits-enfants, alors là, c’est le summum. Bien oui, c’est commercial, on peut fêter ou gâter les gens toute l’année. Mais Noël nous permet ce temps d’arrêt dans une vie qui va trop vite, où le temps est devenu une denrée rare.

Mon plus grand bonheur est de voir mes trois grandes filles maintenant âgées de 31, 28 et 24 ans (oui, vous avez bien lu) assises toutes collées les unes contre les autres avec leur pyjama de Noël en attendant les cadeaux. Si j’avais pas peur de me faire dire « ben voyons maman », j’crée ben que je braillerais tellement ça me fait plaisir de les voir si excitées.

Ce Noël 1982 m’a marqué pour toujours. Mais malgré tout, je me dis que la vie m’a donné un gros cadeau, un papa aimant. Son passage a été trop bref pour moi, mais son amour est à jamais dans mon cœur.

Je vous souhaite un Joyeux Noël avec ou sans cadeaux mais avec ceux que vous aimez. Ils sont si précieux. Pis après tout c’est-tu assez beau de la musique de Noël !

[1] Extrait de Noël au camp, chanson, Paroles et musique : Paul « Tex » Lecor – Éric Nico, 1968,

 

 

5 commentaires
  1. Aliô Christine c’est tout à fait vrai ce que tu dis à propos d’oncle Jean ,,c’était un homme bon, gentil et tellement patient, je l’aimais beaucoup tout comme sa soeur d’ailleurs car c’était de famille d’être du monde tout simplement bon.
    On a beaucoup de beaux souvenirs Marc-André et moi de beaux temps des fêtes aux soupers du jour de l’an.
    Alors j’en profite pour te souhaiter à toi et ta belle famille de belles fêtes avec beaucoup d’amour ,de cadeaux et de santé surtout .
    Je t’aime beaucoup!!xx🎄

  2. Je voudrais lire ma sœur plus souvent………bien oui Christine c’est ma sœur et je crois qu’elle a une plume formidable qui transmet à merveille les émotions sans tomber dans le drame!! Merci, j’adore lire chacune de vos chroniques! Joyeux Noël 🎄

  3. Noel! L’avant et pendant quel beau moment. J’ai l’impression que l’horloge freine son temps.
    La neige qui se mêle à cette toile qui nous est féerique ,nous avons du temps .
    Je me souviens de mon enfance à l’adolescence et mon passage à l’adulte ,
    Maintenant que je suis une Mamie le bonheur n’est que plus grand.
    Nos enfants qui eux à leur tour qui sont devenues adultes et ont des enfants les valeurs s’en
    Sont suivies dans leurs foyers.
    Je suis heureuse de voir tout mon petit monde autour de moi, je pourrai dire que j’aurai laissé
    Mon empreinte pour Noël.
    À toi Christine et tout ton monde et ta famille de loin ou de près
    Je vous souhaite un Joyeux Noël

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.