En avril, coupez les fils

Depuis plusieurs années, j’ai cette chance de voyager avec le même groupe d’amis. Nous organisons nos voyages de toutes pièces : avion, hébergement, voiture, et chacun occupe un rôle tant dans la planification du trajet que durant le séjour du pays visité. Nous ne sommes pas férus des « check list » et privilégions l’improvisation, la découverte.

Quand vous lirez ce texte écrit pour Les Radieuses, je serai en Patagonie, à l’extrême sud de l’Argentine. Je m’étais juré de ne pas visiter cette région du pays fort recommandée par les voyageurs. Il y a tant d’autres choses à explorer dans cette immense contrée que les glaciers et les montagnes aux neiges éternelles. Au moment où je rédige ce texte, l’hiver règne encore au Québec et j’en ai marre de déneiger les toits et de répandre de la « petite roche » dans le chemin menant à mon entrée de maison pour réussir à sortir de chez moi. Et ces vagues de froid qui se succèdent. Vous pensez que je hais l’hiver? Vous avez raison.

Finalement, j’ai acquiescé à la demande de mes compagnons de voyage et la beauté des glaciers a eu raison de mon blocage face au froid. Cela me fait réaliser à quel point le « non » l’emporte souvent sur le « oui » dans certains aspects de ma vie à cause de mes idées préconçues. Cette référence au voyage en Amérique du Sud m’aide surtout à comprendre les raisons souterraines de cette manifestation du « non » que je rencontre chez des participantes dans mes ateliers.

Les idées préconçues et les appréhensions se manifestent dans une démarche vestimentaire sous forme de résistances face à la nouveauté ou à l’expérimentation d’un style vestimentaire et les raisons évoquées sont la plupart du temps de faux fuyants : l’argent, le corps trop comme ceci ou comme cela, l’âge, le type de travail, etc. Ces facteurs influencent nos décisions, certes, mais sont-ils sincèrement les vrais facteurs de ralentissement à notre évolution vestimentaire? C’est ainsi qu’on échafaude un mur derrière lequel on se croit à l’abri de nos peurs. Parlez-en à Donald Trump.

Pour surmonter une peur, il faut d’abord la reconnaître et admettre qu’elle nous fait emprunter des chemins de traverse pour arriver à nos fins. « Peur » est un terme générique qu’on imagine peu flatteur parce qu’il est associé à tords à de la faiblesse, à un manque de volonté ou à l’absence de courage. La peur camoufle de la gêne, de l’anxiété, du doute, de l’inquiétude. La peur d’avoir l’air de… est couplée à l’importance que nous accordons à l’opinion des autres. La place qu’occupe le regard de l’autre dans nos décisions d’ordre vestimentaire est considérable et reconnaître ce fait demande une bonne dose d’humilité et de conscience. L’avis des autres, si trop préoccupant, diminue le goût du risque et alimente l’obsession de la faute de goût. C’est ainsi que nos craintes empiètent sur notre créativité et qu’en fin de compte nous avons la triste impression de nous effacer. Attention aux décisions péremptoires si nous souhaitons évoluer vers une démarche vestimentaire.

J’ai répertorié des « peurs » formulées dans mes ateliers. Je vous en propose quelques-unes. Je vous suggère aussi de lire la liste à quelques reprises avant de cocher les peurs qui vous interpellent.

La peur…

□  du ridicule

□  de déplaire

□  d’être envié

□  d’être déstabilisé

□  de recevoir des commentaires négatifs

□  de faire vieux

□ de faire jeune

□  de perdre son authenticité

□  de ne pas être à la hauteur

□  d’être utilisée en se montrant trop féminine

□  de faire riche (parvenu, chiant, snob)

□  de ressembler à son père ou à sa mère

□  d’être obsolète (faire d’une autre époque ou même quétaine)

□  de briller (dans un party, au bureau, dans la famille…)

□  de ne pas être pris au sérieux au bureau (de ne pas faire « crédible »)

□  du rejet, de l’exclusion du groupe d’appartenance, de l’abandon

□  d’être marginalisé (ou même davantage, si vous l’êtes déjà)

□  de ne plus attirer les regards sur soi, de ne plus être le centre d’intérêt

Les peurs qui entravent mon évolution vestimentaire :

Dans les peurs que vous avez identifiées :

Pouvez-vous donner un exemple précis de vêtements, de styles, de couleurs, etc. qui s’y rattachent? Par exemple, la peur du ridicule en portant un chapeau à larges rebords ou des lunettes à monture de couleurs (autres que brun, noir ou beige).

Dommages collatéraux

Avez-vous l’impression d’avoir capitulé face à certaines tenues que vous aimeriez parfois adopter?

Défi

Pâques et le printemps sont à nos portes. Enfin, nous enlèverons nos pelures d’oignon et libérerons nos corps du stress hivernal. Quel défi seriez-vous prêtes à relever pour contrer cette résistance au changement qui vous habite? Période parfaite pour mettre en pratique vos résolutions.

Le personnage de Sherlock Holmes affirmait que « la peur, c’est de la prudence face au danger ». Se découvrir et se révéler par le vêtement ne met pas notre vie en péril et contrairement à l’adage qui dit : « En avril ne te découvre pas d’un fil », l’analyste en comportements vestimentaires rajoute : « En avril, on coupe tous les fils », surtout ceux qui retiennent nos peurs et notre difficulté à s’affirmer.

Luc Breton

www.lucbreton.com

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