Ça vous arrive, vous aussi, de voir passer sur votre fil Facebook des publications qui vous font réfléchir?Certaines peuvent vous mettre en rogne, d’autres vous rendre perplexe? Certainement, ça nous arrive à toutes.
Vous est-il déjà arrivé de tomber sur le genre de publication où l’on présente la maman comme une personne fragile, toujours inquiète pour sa progéniture, bien que ladite progéniture soit adulte et autonome? Ou bien la maman au cœur brisé qui attend patiemment et avec angoisse l’appel téléphonique de sa fille de 28 ans qui ne lui a pas donné signe de vie depuis quelques jours?

Toutes ces publications se terminent par le même genre de complainte : « Une maman reste toujours inquiète pour ses enfants » ou pire, « elle attendra toujours la visite de ses enfants », ou pire encore, « même adultes, ses enfants seront toujours ses bébés ».
Oh là là, les femmes, cette description des mères me rend folle!
Bien sûr, devenir maman est un vrai miracle, un cadeau et un privilège inestimables. Porter la vie en soi, construire un être humain à partir de quelques cellules, c’est l’apothéose assurée… pour ensuite le mettre au monde! Quelle sensation extrême! Je l’ai vécue : c’est extraordinaire, vraiment!
Femme et maman
Mais doit-on se définir uniquement comme maman? La question se pose!
Oui, donner la vie, c’est du sérieux. Devenir maman, c’est une responsabilité énorme, et chaque parent devrait en être conscient bien avant de décider de fonder une famille. Parce que plonger tête première dans le rôle de maman demande une grande dose d’amour — ce qui nous vient naturellement, pour la très grande majorité du moins, et heureusement!
Car oui, il faut se le dire : devenir maman demande aussi de la patience, beaucoup de patience, ce qui n’est pas toujours évident, sans parler du contrôle de soi. Ouf, le « contrat » est exigeant, on le sait toutes.
Mais lorsque la magie opère, tous nos tracas s’envolent. Aux oubliettes les nuits blanches, l’épuisement, les émotions en dents de scie, puisqu’en un instant, on se retrouve en extase devant le moindre babillement du bébé. Bien sûr, les papas aussi vivent de grandes émotions et sont très impliqués.

Les parents doivent se consacrer, pendant plusieurs années, au bien-être de leurs enfants. Ce rôle demande quelques sacrifices, peut-être, des finances plus serrées aussi, des choix difficiles parfois, et de la fatigue. Tout ceci est normal et n’est en rien un supplice. Il s’agit de gestes d’amour nécessaires.
Pour dire les choses autrement et simplement : on s’oublie pour 10 à 12 ans, voilà, et c’est correct! C’est une expérience beaucoup plus longue qu’un voyage dans le Sud, mais l’amour inconditionnel fait partie de ce voyage-là, et c’est ce qui le rend extraordinaire.
Puis vient le jour où les enfants s’éloignent. Ils ont leurs propres projets et souhaitent aller vivre en appartement. Pour certaines mamans, ce passage à l’autonomie est bien difficile. Habituées à être essentielles, elles se sentent un peu perdues devant cette nouvelle situation, et ces publications que je vois passer alimentent ce sentiment.
Parce que oui, il y a des mamans qui ont, au fil du temps, oublié qu’elles étaient des femmes. Et que dans ce rôle de femme, il y a des rêves, des ambitions, des désirs secrets qu’elles ont enfouis bien creux pour finir par les abandonner.
Mais être une maman, n’est-ce pas aussi être une personne qui s’épanouit? Parce que oui, c’est possible de trouver l’équilibre entre sa vie de maman et sa vie de femme, sans mettre toutes ses aspirations de côté. Être une femme épanouie et heureuse et une maman dévouée, c’est possible. L’un n’empêche pas l’autre; au contraire, ils se complètent et préparent le terrain pour le moment où la marmaille quittera le nid.
Les grands-mamans
Je lisais récemment une autre publication sur mon fil Facebook concernant les grands-mères, qui relatait qu’il est dommage que la génération actuelle de grands-mères — dont je fais partie — n’ait pas toujours un chaudron de soupe sur le feu ni des biscuits aux brisures de chocolat qui sortent du four dans l’éventualité où les petits-enfants débarqueraient!

Et que, par-dessus le marché, ces mêmes grands-mères préfèrent vendre leur maison pour s’offrir des voyages, des sorties et vivre des expériences de toutes sortes, au lieu de garder la maison familiale pour l’héritage des enfants. J’ai reçu cette lecture comme une gifle en plein visage.
Est-ce encore notre éducation bourrée de préceptes religieux qui refait surface? Les sacrifices, les privations, la culpabilité, le regard des autres, le jugement… Je croyais qu’on était ailleurs, sérieusement.
On a le droit, en tant que mères et grands-mères, de préparer des chaudrons de soupe, des biscuits aux pépites de chocolat et de préserver le patrimoine familial pour les générations suivantes. C’est noble et généreux. Mais cette décision doit rester un choix individuel, et non un geste dicté par la culpabilité.
S’émanciper comme femme
On a également le droit de se réaliser en tant que personne, en tant que femme, en tant que couple. Partir à l’aventure, retourner sur les bancs d’école, s’inscrire à des cours de théâtre ou de danse. Se payer un facial à 300 $, puis une manucure, puis des mèches. Se réinscrire au gym pour enfin se remettre en forme.
Avec plus de temps et de moyens, certaines grands-mères choisissent de rénover une vieille bicoque à la campagne ou de vivre en ville, dans un bel appartement. Certaines sautent dans un avion et réalisent leurs rêves de visiter des pays lointains, de connaître d’autres cultures, d’autres gens — et tout cela en aimant éperdument leurs enfants et petits-enfants.

Je viens d’une lignée de femmes qui préféraient le travail à l’extérieur à celui de reine du foyer. Ma grand-mère a subi beaucoup de pression sociale dans son choix de travailler et de n’avoir que deux enfants. Heureusement, elle avait un époux en or qui « la laissait faire ». Dans les années 30, ça ne devait pas être évident pour lui, car les hommes de cette époque avaient pour devoir sacré de « faire vivre leur famille ».
Ma mère ne cuisinait pas. Quelques repas simples : il fallait se nourrir. Point barre. Jamais de tartes, de biscuits, de soupe maison. On mangeait de la soupe en boîte et des petits gâteaux Vachon. Jamais de repas élaborés et délicieux. C’était ordinaire, mangeable, simple.
Elle suivait la politique, travaillait pour le comté, aimait faire du bénévolat, faisait partie d’une chorale.
Et je suis fière de les avoir eues comme exemples : deux femmes, deux mamans, deux grands-mamans qui ont trouvé l’équilibre essentiel à leur épanouissement.
C’est un bel héritage que j’ai le privilège d’avoir reçu.





