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La mort de son enfant

Une parente m’a raconté…

« Bye. À ce soir. » Cette journée avait commencé comme toutes les autres, mais ce fut notre dernier matin ensemble.

La mine grave des policiers nous a cloués sur place. « Les ambulanciers n’ont rien pu faire. Un chauffard l’a écrasée contre la clôture de son école. Elle est morte sur le coup. » C’était le choc! Le temps s’est arrêté! C’était le vide intérieur! On est resté muet, puis ce fut le trop-plein d’émotion et les larmes ne nous ont plus quittés.

Le ciel nous était soudainement tombé sur la tête.

Jamais nous n’avions pensé que la mort viendrait si prématurément. Sans prévenir, en un claquement de doigts, elle a volé la jeune vie de notre seule enfant. Demain lui souriait et voilà qu’en quelques heures demain n’existait plus. De façon brutale, on a compris que désormais nous serions des parents orphelins.

Renoncer à l’amour de son enfant est difficilement concevable pour des parents. Je revoyais son sourire franc et je me sentais envahie par un sentiment d’abandon. Rien en moi ne m’incitait à accepter sa mort. Comment dire adieu à son enfant! Rien ne serait plus jamais pareil sans elle! J’ai toujours cru qu’il y avait une solution à tout et j’ai toujours pensé qu’en combattant jusqu’au bout, on arrivait à vaincre. Cette fois, je n’avais rien à combattre. La mort fait partie des événements sur lesquels on n’a aucun contrôle; il n’y avait pas la moindre petite solution. Je devais me résoudre, car ce combat était perdu à l’avance.

Mon amie prétendait que l’inconscient s’infiltrait dans tous les recoins du corps. « Tu maigris à vue d’œil. Est-ce que tu veux mourir? Je t’aime et j’anticipe que tu vas vers une déprime. Si tu ne veux pas me parler, voudrais-tu rencontrer un ou une psy? Il faut que tu parles de ta souffrance. »

Perdre un enfant, ça change fatalement le quotidien.

Chaque jour, j’ai dû décider de reprendre la vie où la sienne s’était arrêtée. Le jour de sa naissance avait été le moment le plus spécial de ma vie et sa mort a été le moment le plus douloureux. J’avais l’impression que je ne saurais plus jamais m’émerveiller. Je ressentais un tel sentiment d’inutilité.

Je regardais tous les jours les photos qui me ramenaient à des souvenirs d’elle; j’y voyais plein de moments de bonheur. Des Noëls, des fêtes d’enfants, des Halloweens, des baignades à la plage, des joues rouges et un foulard blanc de neige. Je ne savais pas à quoi d’autre m’accrocher. Je savais bien que l’impensable était survenu, mais j’avais besoin de revoir ces images de mon enfant vivant. Même si j’étais aveuglée par les larmes, ça m’était essentiel! En regardant ces beaux souvenirs, je regrettais les fois où je l’avais grondée pour des banalités.

Je ne voulais pas être tout le reste de ma vie dans cette sorte d’état second, mais je ne trouvais pas de sens à ma vie au présent. Je préférais le passé avec elle. Je me sentais si malheureuse! Les nuits étaient aussi insupportables que les jours : je revisitais nos joies et je me levais pleine de regrets de ce que je ne revivrais plus jamais. J’entendais parfois sa voix qui me disait : « C’est moi! Je suis rentrée. » C’était troublant! Pour aller de l’avant, il faut bien croire en quelque chose, mais je ne croyais pas au surnaturel et j’étais au milieu de rien. Moi qui aimais lire, j’étais incapable de me concentrer. J’ai tenté de m’évader en notant mes pensées, mais ça ne parvenait pas à m’aider à vivre. Mon corps vivait, mais mon esprit était avec elle. Sa mort m’interdisait toute diversion. Plus rien n’avait de sens. Sa mort n’avait pas de logique : un enfant ne meure pas avant ses parents.

Est-ce que cette peine allait bientôt passer?

Comment faire pour reprendre au quotidien un semblant de vie de couple? Quand on a des enfants, on pense à l’avenir, mais, depuis sa mort, nous n’y pensons plus. Notre enfant ne dira plus jamais : « Maman! Papa! »  Nous n’aurons jamais de petits-enfants. Sa vie s’est arrêtée et la nôtre est restée en suspens. Nous sommes tourmentés par le même chagrin; la même perte nous rassemble. Entre nous, les silences sont remplis de la présence de notre enfant disparue.

Les années ont passé et les crises de larmes se sont espacées, mais le moindre commentaire ravivait des souvenirs. Ces souvenirs ont donné un sens à notre vie sans elle. Ils ont été le lien indéfectible qui nous reliait à elle; ils ont été notre salut. Dernièrement, en ressortant avec des amis les cartes de condoléances que nous n’avions pas osé lire, un changement s’est opéré. Nous devions essayer d’arriver à mieux vivre. Il fallait essayer de survivre à la peine, car elle nous détruisait. Leurs paroles douces, confiantes et rassurantes nous ont convaincus de ranger l’album photo. « Nous savons que vous porterez toute votre vie cette douleur de l’avoir perdue, mais il faut dire adieu. Il n’y a tout simplement pas d’autres alternatives. Elle ne reviendra pas. » Leurs propos disaient vrai. On a compris qu’il nous fallait tenter de nous rétablir et d’entrevoir un avenir sans elle. Nous avons pris la décision qu’il était temps pour nous de nous trouver de nouveaux bonheurs.

On ne se remet jamais totalement de la mort d’un enfant, mais nous sommes parvenus à passer des moments sans elle dans nos pensées. Chacun a sa manière de dire adieu. Pour nous, ça a été de fermer le livre du passé.

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4 commentaires
  1. Perdre un enfant c’est un choc C’est perdre une partie de toi .COm ne devrait pas survivre à nos enfants.
    Quand je l’ai mis au monde ce fut un amour inconditionnel je me disais il ne faudrait pas que la vie me l’enlever j en mourrais Hélas c’est arrivée à l’âge de 21 ans notre fils est décédé Grâce à la complicité, l’amour, la force et le courage de notre couple et de notre fille On y a survécu
    C’est dans la sérénité que l’on poursuit depuis 10 ans la vie sans notre Mathieu dans notre vie mais bien ancré dans nos coeurs

  2. Oui, survivre à nos enfants c’est crève-cœur. Oui difficile d’oublier …. Votre Mathieu a de toute évidence été aimé de sa maman. Je vous souhaite de garder longtemps votre conjoint et d’avoir tout plein de beaux moments. Merci de votre commentaire si touchant.

  3. J’ai perdu une belle petite fille lors d’un incendie, Manon n’avait que 20 mois, pas de 911 d’antan, fallait aller au coin de la rue sonner l’alarme aux pompiers, pas de détecteur de fumée non plus, elle serait là aujourd’hui si c’était inventé d’antan. J’avais 23 ans, cette petite comme je l’aimais, elle était venue au monde en pleine santé, toujours souriante, mon grand rayon de soleil de chaque jour, le même jour je perdais mon foetus en plus, j’étais désespérée, je sais que plusieurs couples se séparent quand il y a une grande épreuve comme cela, mais, je sais pas pourquoi, je suis restée; on est repartie à zéro, mais cela a été très pénible, je pesais pas 100 livres mouillée, Je me disais que si je n’avais plus d’enfant, car très malade depuis, je crois que je ne serais pas là aujourd’hui. Mon fils est arrivé 1 ans et demi plus tard et il m’a sauvé la vie. Dieu m’a donné un fils car Il savait que cela m’aiderait a panser mieux mes plaies avec un petit garçon. 2 ans ensuite, j’avais une autre petite fille EN SURPRISE mais j’étais si malade que je ne croyais pas la rendre a terme, a 7 mois et demi de grossesse j’ai dû l’accoucher, car trop malade (un accouchement par soluté) mais elle était au moins réchappée, à 7 livres 12 oncs c’était pas si pire. Perdre un enfant, c’est comme si on nous arrachait un morceau a l’intérieure de nous, ça reste très douloureux longtemps et même si on a pu en avoir 2 autres ensuite, ma petite Manon est dans mon coeur pour le reste de ma vie; j’ai dû serrer ses photos car j’avais décidé de la laisser s’évoluer la haut, car c’est un petit ange d’amour qui est pure comme le Ciel, pas le temps de commettre aucun péché, tout comme Jésus. Je remercie Dieu chaque jour d’avoir répondu a ma demande, de ne pas me laisser sans enfant xxxxx Je vous souhaite a tous, qui ont perdu un être cher (un enfant) de la sérénité, Dieu m’a aidée beaucoup, je lui parlais souvent, je suis croyante et appréciante de tout ce qu’il a fait pour m’aider xxxxxxxx

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