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Louise Portal : L’héritage des mots

J’ai mis la main sur un joyau, « L’héritage des mots : Correspondance entre deux rives », un échange entre deux épistolières, Louise Portal, 71 ans, et Jeannette Rivière, 100 ans. Oui, vous avez bien lu « 100 ans »!

L'héritage des mots de Louise Portal
Pour vous le procurer, c’est ICI.

Intriguée par l’esthétisme de ce recueil à deux plumes, j’ai désiré poser quelques questions à l’instigatrice du projet, la radieuse Louise Portal. Je tenais à lui demander les raisons d’un recueil à contre-courant de l’ère de l’instantané « clavardage, texto, courriel ». En feuilletant ce beau livre, on réalise qu’une enveloppe peut recevoir d’autres paperasses que des factures!

Madame Portal, chanteuse, autrice et comédienne, a toujours irradié une lumière naturelle. Tel un aimant, sa sagesse attire les gens qui viennent butiner son jardin de joie. D’ailleurs, elle l’a si bien compris qu’elle offre maintenant des conférences d’inspiration sous divers thèmes. Cette femme entière et passionnée fait assurément partie de la cohorte des donneuses. On oublie souvent que les donneuses ont, elles aussi, besoin de recevoir, afin de redonner de plus belle. Louise Portal est à ce point connectée à ses besoins, qu’en manque de tendresse d’une grand-mère, elle qui n’en a eu qu’une seule qu’elle a perdue jeune, elle en a adopté une! L’heureuse élue? Jeannette Rivière, déjà autrice à ses heures, puisqu’ayant commencé à écrire à l’âge de 91 ans.

Louise Portal et Jeannette Rivière

Une relation pas comme les autres

Je suis tombée dans le vif du sujet en demandant « Comment se passe une demande d’adoption de petite-fille à grand-mère? » Ça commencerait par un coup de foudre, un certain jour où l’on se reconnaît dans le regard de l’autre. On s’y mire, on plonge et on découvre ce sentiment précieux qu’est la connivence.

Le choc entre deux âmes peut poindre dans un lieu paradisiaque et dans le cas de ces dames, ce fut durant le festival Contes en îles aux Îles de la Madeleine où Louise Portal occupait le titre de présidente d’honneur. Cette journée-là, Jeannette Rivière échappe un foulard que Louise Portal s’empresse de ramasser pour le lui remettre. Deux sourires, deux regards, deux mains, des gestes d’alliance qui auraient pu se volatiliser dans l’air du temps. Ce serait mésestimer la solide intuition de chacune de ces dames nées pour se reconnaître. Avec chacune de leur côté à partager un puits sans fond de gentillesse, d’altruisme, d’optimisme. À partir de cette reconnaissance, une première lettre à l’été 2006 amorce un échange dans lequel circuleront les encouragements, les attentions, les courants de sagesse.

« Une lettre, tu ne jettes pas ça! »

J’entends encore Louise Portal déclarer cela. Pareil à la photographie d’un moment heureux, on garde la missive pour revivre le moment. Une personne a pensé à toi assez intensément pour préparer son envoi dans la joie du don. Une lettre affranchie s’affranchit du temps et en fait l’offrande.

La correspondance tire quelque chose du rituel, aussi, je n’ai pas été surprise d’apprendre que depuis trente ans, comme un métronome matinal, Louise Portal tient son journal et y colle certaines lettres. Elle a donc dû décoller les lettres de Jeannette Rivière de son journal. S’y ajoutent des étoiles, des fleurs séchées, des photos, des cartes, tout ce qui se glisse dans une enveloppe.

Inviter les lecteurs et lectrices

En ouvrant « L’héritage des mots », on englobe d’un coup d’œil toutes ces chatoyantes attentions. Cela confère une allure de troisième dimension au livre. De la terre fertile de l’amour pousse un échange foisonnant, joyeux, intime.

Qui a eu l’idée généreuse de nous inviter, lecteur-lectrice à mettre le nez dans les affaires de cœur d’une grand-mère et de sa petite-fille? L’actrice m’apprend ce dont je me doutais, elle en a eu l’idée en même temps que le fils de Jeannette, Sylvain, qui est aussi son ami.

Depuis l’avènement du numérique, je suis de plus en plus sensible à l’apparence des livres et « L’héritage des mots » m’a comblée. Je prédis que le bouquin va en combler plusieurs qui le conserveront précieusement dans leur bibliothèque. En plus de mettre en scène deux flammes, l’objet est accrocheur.

J’ai profité de ma chance d’avoir une des autrices à ma portée pour en apprendre sur le travail de coulisses, la préparation du recueil dans sa forme. Je suis contente de mettre en lumière l’investissement du troisième joueur, Druide, la maison d’édition. Madame Portal a mis l’accent sur sa connivence avec la directrice littéraire, Anne-Marie Villeneuve. Toutes les deux s’entendaient pour présenter aux lectrices et lecteurs un bel objet par sa dimension, ses feuilles douces et épaisses, ses couleurs éclatantes, et exposer des lettres manuscrites. J’aurais trouvé dommage que le livre soit fade, car les épistolières pétillent et cela n’aurait pas donné l’heure juste. Une lettre avec son enveloppe, son timbre, son voyage d’une main à l’autre est un hommage à l’autre. Mission accomplie pour ce livre bien en chair, les chances que l’on y préfère le livre électronique sont minces!

Jolie tignasse argentée

Tant qu’à avoir la besogneuse Louise Portal à portée de voix, j’en ai profité pour partager une de mes observations sur sa (relative) nouvelle tête blanche. Mon œil s’éblouit devant l’aura de douceur qui s’en dégage. Elle me confirme que la décision de laisser sa chevelure au naturel coïncide avec un tournant de sa vie.

Je devine entre les mots la fierté de célébrer l’avancée des ans, avec la force d’une bonne soldate qui traverse les épreuves, la perte de sa jumelle, Pauline Lapointe en étant une majeure, en conservant sa paix intérieure. Le geste symbolique de se montrer telle quelle semble coïncider avec la décision de délester du matériel, en laissant aller leur maison d’Eastman que le couple avait baptisé leur sanctuaire. D’autres horizons les attendaient, un retour aux sources pour Louise et son conjoint qui se retrouvent à habiter un havre de paix non loin de Chicoutimi, au bord du lac de son enfance.

Une symbiose apaisante

Revenons à notre correspondance; qu’est-ce que ces deux femmes ont tant en commun pour que le lecteur soit aimanté par la symbiose de leur aura apaisante? C’est l’ultime question et Louise Portal devient intarissable devant tout ce que lui apporte la doyenne, sa grand-maman adoptive. Elle lui enseigne l’acceptation de la Vie, les départs des êtres aimés, les grandes joies, l’espérance, la bienveillance, la confiance dans les tournants plus abrupts. Bref, un accompagnement tendre dans la mouvance de sa vie. Elle s’inspire de la sérénité de Jeannette Rivière qui a un jour perdu son Roméo pour ensuite faire cavalière seule avec sérénité.

L’ancêtre a su mettre, au moment opportun, des points finaux sur certaines expériences, comme celle d’habiter seule la maison familiale. L’âge oblige certains choix et Dame Rivière semble s’y mouler en toute conscience et confiance. La centenaire a écrit pas moins de 150 cartes durant le Noël du confinement destinées à chacun des résidents du manoir qu’elle habite à Maria en Gaspésie. N’est-ce pas un modèle prodigieux de détermination et de don de soi!

Louise Portal et Jeannette Rivière

Pour revenir au lot de lettres échangées, j’ai demandé à la comédienne si elle avait censuré certaines parties : « Non, pas du tout, tout coulait de source, à peine un peaufinage de la langue et le tour était joué ». C’est une des forces de cette correspondance, sans trou temporel, la balle se lance à bon rythme. Je bénis le sentimentalisme de chacune des épistolières qui ont conservé les lettres reçues. Le jour où sa grand-maman lui a demandé d’aller chercher son panier de couture, Louise Portal a été émerveillée de découvrir que ses lettres y reposaient. Madame Portal m’a fait penser que c’est un peu comme un journal intime à deux mains.

Donner ne retire pas de la vitalité, bien au contraire, si on s’y arrête un instant, Jeannette Larivière a publié son premier récit à 90 ans et « L’héritage des mots » est sa quatrième œuvre à 100 ans. Qui dit mieux?

Pour conclure…

Je reviens à la question de l’adoption : est-ce la grand-mère qui adopte la petite-fille ou la petite-fille qui adopte la grand-mère? Peu importe la réponse, ce qui est certain, pour l’âge d’or, c’est une idée en or. Pensons à nos aînés, souvent délaissés dans un petit logement ou une chambre, combien aimeraient se faire adopter? L’initiative des « grands frères » comble un besoin et je crois que les adoptions de grands-mères ou de grands-pères pourraient s’en inspirer.

Vous l’avez déjà compris, j’ai aimé autant la forme que le fond de ce beau bouquin bleu, deux jardins de mots où ne pousse aucune mauvaise herbe. Quel bonheur d’en tourner des pages et d’y voir luire deux cœurs à découvert!

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4 commentaires
  1. Merci beaucoup à vous deux madame Louise et Violette. Vos mots sont comme du vraie sucre à la crème avec beaucoup de beurre.

    Votre livre est sur ma table de chevet. Il y sera pour bien longtemps.

    Au plaisir de vous rencontrer un jour.

    Et encore longue vie à vous deux.

    Élise xxxx

  2. Venise,

    Article très intéressant. Je lirai sûrement ce livre, moi, l’amoureuse des mots et du genre épistolaire. Je les trouve chanceuses de s’être trouvées. Et en même temps, Jeannette Rivière me donne de l’espoir : publier un livre à 90 ans… Peut-être qu’il n’est pas trop tard pour moi.

  3. Je suis déjà conquise pour la lecture de ce merveilleux livre, le vraie , le seul, sens de la vie, la sentir et la ressentir avec notre être entier, voilà ce que ces dames nous laissent en héritage par leur écriture. J’ai eu le bonheur de lire Louise Portal, ainsi que Jeannette Rivière alors déjà conquise. MERCI pour ce nouveau bouquin à lire et conserver. Je ne tarderai pas à passer à ma librairie, car il est à conserver et à relire.
    Un grand MERCI pour cette chronique sensible et délicieuse.

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