Larry Hodgson : Cueillez les plantes sauvages tout en respectant l’environnement

La cueillette de plantes sauvages pour la cuisine et les traitements médicinaux connaît une nouvelle vague de popularité. J’ai eu envie de vous en parler, car dans le passé, on a malheureusement trop vu de cueillettes menant à des désastres écologiques. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre la récolte de plantes sauvages, je considère toutefois qu’il est vital de le faire en respectant l’environnement et voici comment faire!

L’ail des bois

Un bon exemple de désastre écologique est la quasi-disparition de l’ail des bois (Allium tricoccum). Il y a plus de 40 ans, quand je me suis établi à Québec, il était très abondant dans les sous-bois de la vallée du Saint-Laurent. Aujourd’hui, il est maintenant extrêmement rare, voire même complètement disparu, dans bien des forêts.

Malheur! Mais que s’est-il passé?

Simplement que l’ail des bois est devenu très convoité par l’humain! Quelques articles sur l’ail des bois sont parus dans les journaux, on a parlé de ce délicieux légume indigène à la radio et à la télé, et boum! Il est devenu une denrée très recherchée.

Il est possible que votre grand-maman la récoltait dans sa jeunesse, mais il ne faut pas oublier que la population a plus que quadruplé depuis l’époque! Les cueilleurs mal informés ont tout arraché sur leur passage, ce qui a eu un effet plus que désastreux sur cette merveille comestible. Il ne faut pas oublier qu’en plus, cette plante se remet très lentement d’une récolte intensive (une graine d’ail des bois prend 2 ou 3 ans avant de germer et entre 7 et 10 ans avant de fleurir pour la première fois!)

Heureusement, le gouvernement québécois est intervenu juste à temps. Une loi interdisant le commerce de l’ail des bois et limitant la récolte à 50 bulbes par personne par année a été votée. Reste que même avec ces mesures, l’ail des bois peine à se reconstituer et certaines colonies continuent à décliner.

Une histoire qui se répète

Malheureusement, l’histoire de l’ail des bois n’est pas unique! Chaque fois qu’une plante indigène devient populaire (en tant que plante comestible, médicinale ou utile), les humains se l’arrachent.

Plusieurs livres sur la cueillette de plantes sauvages dans la forêt boréale ont paru récemment, des cours ainsi que des conférences abordent maintenant le sujet. J’ai même vu des compagnies engager des équipes de cueilleurs pour parcourir la forêt et ses tourbières à la recherche des plantes intéressantes pour la mise en marché. Misère…

Les consignes pour une récolte soutenable

  1. Assurez-vous de vérifier (et de respecter!) les lois de protection en vigueur. Ne récoltez que les plantes abondantes dans une région donnée. Récoltez sans gêne les plantes comme le pissenlit, l’oseille, l’alliaire ou l’ortie, qui sont considérées comme de mauvaises herbes.
  2. Notez que toute cueillette est défendue dans les parcs et réserves naturels (et ce, même pour les plantes non menacées). Si vous êtes sur une propriété privée, évidemment, demandez la permission au propriétaire avant votre cueillette.
  3. Apprenez à identifier correctement les plantes qui peuvent être récoltées. Il y a une panoplie de cours disponibles, des cueillettes supervisées par un guide et d’excellents livres d’identification en librairies. Cela vous évitera peut-être un empoisonnement, car gardez en tête que certaines plantes comestibles ou médicinales ont des sosies fort dangereux.
  4. Tant que vous laissez au minimum 10 % les fruits ou les semences d’une plante pérenne (vivace, arbuste, arbre, etc.), en faire la récolte est rarement nuisible. Récoltez alors sans gêne les bleuets, les amélanches ou les mûres.
  5. Pour ce qui est des plantes annuelles aux fleurs, fruits ou graines utiles, ne récoltez pas plus d’une plante sur trois. Celles-ci doivent se renouveler par leurs semences chaque année.
  6. Il est nécessaire de se rappeler que toute l’énergie qu’une plante peut emmagasiner pour sa survie vient de ses feuilles. Donc si c’est ce que vous récoltez, allez-y avec modération. Par exemple, ne récoltez que 3 crosses (têtes de violon) par fougère à l’autruche (Matteuccia struthiopteris) par année. Pour ce qui est du thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum, anc. Ledum groenlandicum et autres espèces similaires), bien que les cueilleurs professionnels récoltent les nouvelles pousses (elles sont plus accessibles et la récolte va plus rapidement), il vaudrait mieux ne cueillir que les feuilles inférieures, qui tomberont de toute façon.
  7. Si vous visez une plante qu’on doit récolter toute entière ou dont la partie désirable est la racine, le bulbe ou le rhizome, vous devez limiter encore plus la cueillette. Ne récoltez qu’une plante sur cinq, et ce, même quand la plante est abondante.
  8. Si vous désirez acheter des plantes indigènes ou de leurs produits dérivés, renseignez-vous auprès du vendeur dans le but d’en savoir un peu plus sur les méthodes de cueillette appliquées. De cette façon, vous vous assurerez d’encourager des pratiques respectueuses de l’environnement.

Sur ce chères Radieuses, il n’y a rien de mal de profiter de la générosité de Dame Nature, mais il faut apprendre à piger dans ses surplus, pas dans ses réserves!

Bien à vous!

Larry Hodgson

3 commentaires
  1. Il est faux de dire que la cueillette d’ail des bois est de 50 bulbes par personne. Pour une pérennité durable, une récolte de 50 bulbes, peut se faire dans un champ d’aulx qui rassemble 1000 plants. Le bulbe-mère produit 2 minis bulbes après 6 à 8 ans. Autrement s’abstenir. Toutefois, il est préférable d’attendre la venue des semences et d’en cueillir avec parcimonie pour produire de l’ail des bois près de notre maison. Si l’on cultive de l’ail des bois chez-soi l’on pourra manger une feuille sur deux, les fleurs qui sont sucrées et lorsque les fleurs deviennent vertes, les petits boutons goûtent le bulbes.

  2. Ce n’est pas un commentaire mais une question.
    Sur mon balcon j’ai des boites a fleurs 24×18 par 18 po de hauteur.
    J’aimerai y planter des bambous.
    Est ce possible, et quelle variete ?
    Merci de me repondre si vous le pouvez.
    Lyse Pregent Blais

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