Espoir - Homme et femme - Entraide

Le féminisme et le masculinisme

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Dans un texte publié dans le magazine Les Radieuses, madame Chantale Potvin écrit : « N’arrêtons jamais de parler de ces filles… ». Pour y faire suite, j’ai relu les articles et revu les images de la tuerie de Polytechnique. Après 36 ans, il reste encore difficile d’admettre que par haine des femmes, un jeune homme, Marc Lépine, ait planifié de les tuer.

Ce meurtre de 14 femmes, le 6 décembre 1989 et l’affaire Chantal Daigle sont deux événements liés à l’histoire des femmes du Québec. Afin d’éviter que ne se reproduisent les fautes du passé, il est de notre devoir d’en conserver la mémoire. Pour ce, je crois que nos enfants doivent être mis au courant de ces drames sociaux qui se sont produits par le passé. Pour que nos garçons ne restent pas silencieux comme dans les années 50-60 et que la vie des femmes à leur côté soit sans violence et pour que, plus jamais, les gestes violents tuent des femmes, il faut que les hommes, tout autant que les femmes, se souviennent. 

Espoir - Je me souviens

Peut-être en ai-je une mauvaise lecture, mais il me semble que ces dernières années,  mis à part le #MeToo, le féminisme fait peu de vague dans le Québec actuel et qu’une recrudescence d’antiféminisme a ressurgi. L’une de ces manifestations est la montée de l’idéologie masculiniste.

J’ai été surprise de constater que, plus de 30 ans après la tuerie de l’École Polytechnique, sur le Web, les hommes des communautés masculinistes étaient de plus en plus nombreux à parler de Marc Lépine comme d’un héros. Dans ces regroupements, sous la forme de lobby, les hommes évoquent une souffrance et se disent victimes de discrimination, sur la base de leur sexe. Marc Lépine sert de support à plusieurs discours masculinistes. Ils renversent les rôles : Les femmes n’ont pas été les victimes de Marc Lépine, ce sont les hommes qui sont victimes d’une société injuste qui privilégie les femmes qui, elles, ont fait du tort aux hommes en les trahissant.  

Tuerie - Espoir

Dans un langage choisi, en se disant pourvoyeur, ils considèrent les femmes comme des êtres fragiles à protéger. Certains avancent que toutes les femmes qui franchissent les limites du domicile conjugal sont responsables des violences à leur endroit et attribuent les échecs scolaires des garçons et les suicides des hommes à l’oppression féministe. D’autres, dans leurs discours antiféministes, accusent les femmes d’être responsables de la cause de leurs échecs sexuels. Ces hommes croient encore que le féminisme est une forme d’exclusion et de violence sociale envers eux. Avant de lire leur discours masculiniste, je croyais que ce type de propos était révolu.

À son arrestation, Jean-Claude Rochefort (de son nom d’emprunt : Jack Flashman) estime que 60,000 personnes partagent ses billets de blogues et considèrent, comme lui, que Marc Lépine a redonné de la dignité aux hommes.

On peut lire :

« Je suis le père spirituel de tous les masculinistes. Les hommes avaient un sentiment de perte de pouvoir. Les féministes m’ont donné la vedette. Je suis devenu une personnalité publique. Je suis doctorant en philosophie. J’sus l’seul penseur qui a d’lalure. J’ai une plume tellement forte, les gens des universités canadiennes, pis surtout des universités québécoises, y ont peur de moi.  Juste avec ma plume, j’pourrais fermer euh… J’ai pas besoin de fusil, moi! 

Le féminisme, c’est un cancer pour l’humanité. Vive Marc Lépine! Il a dit aux femmes : Abandonnez vos pensées malsaines, arrêtez de faire du mal aux hommes. Soyez bonnes pour eux et peut-être qu’un jour ils recommenceront à vous aimer. C’est un message d’amour digne d’un nouveau Christ. Gloire à toi, ô saint Marc Lépine! La journée internationale Marc Lépine est de retour. Les hommes et les femmes sont devenus incompatibles. Ce sont les femmes qui doivent quitter. Et si elles ne veulent pas partir, tuez-les. A bas les féminazies.

Heil Hitler, Heil Saint Lépine! Ça prend des gars comme Lépine qui visent précisément les femmes. Les voir se faire tuer, c’est satisfaisant. »

Suite à ces propos, le 27 novembre 2023, à 72 ans, Jean-Claude Rochefort a été arrêté et accusé d’avoir fomenté la haine envers les femmes. La Cour l’a condamné à 12 mois de prison ferme.

Pour désamorcer l’impact du geste de Marc Lépine, la thèse de la folie a été largement médiatisée : « C’est un tireur fou, un pauvre malade… »  Le Dr Yves Lamontagne a évoqué la possibilité d’un trouble de personnalité antisociale. Le psychiatre consulté par la police a estimé que « L’étude du dossier ne peut suggérer une quelconque maladie psychiatrique fonctionnelle. Une personne profondément psychotique est trop confuse pour mener son plan à terme. »

À l’Université de Montréal, en parlant de Marc Lépine, Patrick Grandjean, dans un discours visant à prévenir la violence, prône l’importance de prendre en compte les difficultés familiales et reprend à son compte les explications de Guy Corneau : « En l’absence du père et du soutien de ses pairs, cet homme refusé deux fois dans l’armée et à la Polytechnique n’a jamais été confirmé dans son identité d’homme. » Yanick Dulong, docteur en sociologie, rétorque que « […] l’enfance difficile, les échecs et les événements traumatisants ne justifient en rien le geste du tueur, car la majorité des êtres écorchés par la vie ne deviennent pas des meurtriers. » Frédérique Allard, psychiatre légiste, souligne que les difficultés familiales et psychoaffectives ont été abondamment étudiées et que seulement « 5% de la violence est attribuable à un problème de maladie mentale. »  Je me permets d’ajouter que, dans la même situation, les femmes ne vont pas jusqu’à tuer des hommes.

Homme - Santé mentale

Pour l’anthropologue Elliot Leyton, le lieu spécifiquement choisi par le tueur suggère que son acte avait été soigneusement calculé pour atteindre les femmes. De vive voix et par écrit, Marc Lépine a informé que son geste était dirigé contre les femmes ayant accès à des professions traditionnellement masculines. Dans sa lettre de suicide épinglée sur lui, le tueur lui-même a avoué qu’il avait une haine viscérale des femmes et était antiféministe. Lors de la tuerie, il a aussi pris soin de dire aux gars de sortir et s’est placé devant la porte afin que les filles ne puissent pas sortir. « Si je me suicide aujourd’hui, ce n’est pas pour des raisons économiques, mais bien politiques. J’ai décidé d’envoyer ad patres les féministes qui m’ont toujours gâché la vie. » Malgré que le caractère prémédité de ces actes était des plus visible, des intellectuels, des psychologues et des journalistes ont choisi de reléguer au second plan la lettre du tueur. Faire du tueur une victime évitait de parler d’un féminicide. C’est incroyable la rapidité avec laquelle on enterre les gestes des tueurs sous la folie. Il a fallu 3 ans pour qu’on reconnaisse que le geste de Marc Lépine était un attentat anti féministe.

Est-ce qu’il faut, comme le souhaitait l’auteur d’un article dans un journal anglophone, préconiser le silence et laisser les mortes de Polytechnique reposer en paix parce que la remémoration de l’événement ouvre la porte à la montée du masculiniste?

Je crois en l’harmonie entre les hommes et les femmes car tous les hommes n’ont pas le germe masculiniste et tous ne sont pas violents. La majorité n’a d’ailleurs pas peur de se dire pro féministe. La plus grande coalition d’hommes luttant contre les violences faites aux femmes a été la Campagne du ruban blanc présidée en 1999 par Jack Layton. Selon Claire Roberge présidente de la Fondation des victimes du 6 décembre « […] les hommes sont toujours pris au sérieux quand ils dénoncent la violence faite aux femmes. » Comme elle, j’ai espoir que dans les années futures, les hommes sauront être les alliés des femmes et que les gars tout autant que les filles sauront être des passeurs de messages en réagissant et en ne laissant pas passer les paroles et les comportements sexistes.

Espoir - Homme et femme - Entraide

Devant l’idéologie masculiniste et leurs discours haineux, faisons en sorte de susciter la réflexion et d’en faire une cause collective tout autant masculine que féminine. Pour protéger nos enfants contre la violence et que plus jamais, dans les générations futures, des tragédies violentes comme celle de Polytechnique se produisent, il ne faut pas cacher la vérité ni blanchir la triste réalité.

P.S. Nathalie Provost, une survivante de Polytechnique et députée fédérale, est en voie d’obtenir qu’un féminicide soit un meurtre au premier degré.

Ce sujet vous interpelle? Voici un autre texte sur cet événement tragique qu’est le drame de la polytechnique.

polytechnique - 6 décembre - drame filles

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