Miss Bonbons!

Ah! Les Miss… il y en a de tout acabit. Des Miss Univers, des Miss Patates, des Miss Météo, des Miss Vickie’s (c’est une marque de croustilles me direz-vous, mais ça me permet d’allonger la liste). Quant aux Miss Bonbons, il n’y en a qu’une seule et unique et c’est MOI. J’ai toujours fantasmé sur les bonbons. Encore aujourd’hui, il m’arrive d’en acheter régulièrement au dépanneur du coin ou au magasin à un dollar. Vous savez le genre de bonbons surets qui vous fait grimacer de plaisir quand vous les laissez fondre dans votre bouche lentement pour faire durer le plaisir???

Quand j’étais petite, mais en âge d’aller toute seule au dépanneur de mon quartier qui était situé sur la rue voisine, la rue Foucher, je me rendais plusieurs fois par semaine chez Monsieur Leduc, mon fournisseur officiel de bonbons à la cenne comme on disait à l’époque. Avec la somme de 25 cents, je pouvais lui faire remplir à ras bord un petit sac en papier brun. Je prenais le temps de choisir ceux que j’aimais le plus. Je faisais durer ce plaisir le plus longtemps possible en choisissant avec parcimonie les bonbons qui s’offraient à moi dans le comptoir qui recelait des trésors inestimables.

Ma grand-mère paternelle, grand-maman Yvonne, assurait mon financement. Habitant au rez-de-chaussée du duplex familial et nous à l’étage, je pouvais donc me rendre chez elle quand bon me semblait et surtout pour lui emprunter les sommes d’argent nécessaires pour assouvir mon vice.

Elle consignait dans un petit calepin noir les sous qu’elle me prêtait chaque semaine. Dans ma tête d’enfant, j’étais certaine de lui devoir une petite fortune, car elle ne se gênait pas pour me dire la plupart du temps qu’il faudrait bien que je commence à lui rembourser cette dette si je ne voulais pas accumuler trop d’intérêt. Bien sûr c’était une blague de sa part, mais je n’en étais pas consciente. Elle se payait un peu ma tête, je crois, mais bon. Ce qui comptait le plus finalement, c’était que j’obtienne ces précieux sous semaine après semaine.

Et puis un beau jour, je ne sais pas trop pourquoi, elle décida que c’en était fini de ses prêts. Elle voulait sans doute me faire prendre conscience qu’elle n’était pas une source d’argent inépuisable. Elle a donc décidé de fermer le robinet. Vous vous doutez bien que j’ai paniqué à l’idée de ne plus pouvoir m’approvisionner en bonbons chez mon dépanneur préféré Monsieur Leduc.

Après le choc de cette terrible nouvelle, je me suis calmé les esprits et j’ai eu une idée digne d’un génie… J’allais faire du porte-à-porte dans le but de ramasser des fonds pour les enfants défavorisés du quartier… ces enfants se résumant à moi évidemment. En fouillant dans les tiroirs de la commode de ma mère, j’ai trouvé une belle boîte à boutons en bois que j’ai vidée et récupéré afin de mettre mon plan à exécution.

Étant une petite fille prévoyante, j’ai choisi de passer dans les rues avoisinantes et non sur la mienne pour éviter de tomber sur des voisins qui me reconnaitraient à coup sûr. Je suis donc partie en direction de la rue Châteaubriand et j’ai commencé à sonner aux portes en réclamant des sous pour les enfants pauvres du quartier.

Le manège a bien fonctionné au début. Les dames qui m’ouvraient semblaient émues par ma démarche des plus généreuses et déposaient des sous dans ma boîte à boutons sans trop poser de questions. C’était une autre époque comme on dit…

Mais, après quelques portes, je suis tombé sur une dame qui semblait beaucoup plus suspicieuse envers moi. À l’époque, il y avait souvent des téléphones accrochés au mur dans le corridor des logements. La dame en question a fait mine de décrocher le téléphone en me disant qu’elle allait appeler la police, car elle trouvait ma démarche un peu trop étrange. Vous vous doutez bien que j’ai pris la poudre d’escampette pour revenir en courant à la maison en passant par la ruelle pour brouiller les pistes.

J’avais le cœur qui me sortait de la poitrine. Je suis rentrée chez moi, j’ai vidé la boîte à boutons et je suis repartie au dépanneur dépenser le fruit de mon larcin…

Ces bonbons-là avaient une saveur tout à fait particulière… Un goût de fruit défendu peut-être?

1 commentaire
  1. Une chance qu’on était pas dans le même quartier, car attendre après quelqu’un qui arrive pas à se décider ce qu’elle va prendre me rend nerveux, impatient, grognon…etc….ce que je ne suis plus aujourd’hui, sauf quand j’attends après quelqu’un ou quelqu’une qui niaise au comptoir des loteries…
    et je j’ajouterais au moins une autre Miss,
    Miss Clairol….très populaire aussi.

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