Le musée; ou comment l’ordre et la propreté se conjuguent au féminin, singulier !

En 2011, je prends une décision. Une grande décision ; celle de vivre seule. « Quoi! T’as jamais vécu seule Caro ? » Nope. Jamais. Pas une seule minute. Bon ok! 180 jours, mais on va se le dire, les pires six mois de ma vie. « C’était qui? » Je me contenterai de dire que c’était un « pas fin » mais vraiment, la quintessence de la chose. Mis à part ça? J’ai toujours vécu avec ma… mère. À 45 ans, je coupais définitivement le cordon et plongeais dans ce que je souhaitais devenir mon nid, mon chez-moi.

Toutes sortes de circonstances ont fait que j’avais décidé de vivre avec et auprès de Loulou. Primo : c’était la « plus meilleure » mère au monde. En plus, elle avait été un exceptionnel « père ». Trouvez-moi quelqu’un qui peut, si habilement et adroitement, conjuguer ces deux rôles? Je savais! Personne. Je suis, moi aussi, arrivée à cette heureuse conclusion. Il y avait aussi le fait que j’avais acheté la maison maternelle : c’est ben maudit de montrer la porte à celle qui vous a offert son domicile en héritage.

2011, après quelques mois de recherches intensives, je trouve ce que j’appellerai mon « nid ». Partir de Rosemont vers le MileEnd était, pour moi, tout un déracinement. « C’est toujours ben pas Beyrouth » vous me direz. Oui, mais pour moi, c’était tout un virage. Je quittais un milieu qui m’avait rendu profondément heureuse et je laissais derrière moi une maison que j’aurais crue celle où j’aurais, tout comme Loulou, pu y élever une famille dysfonctionnellement… fonctionnelle!

L’Avenue du Parc offrait tout ce dont j’avais besoin : un milieu jeune, dynamique, mais surtout un quartier qui allait me forcer à aller vers les autres avec l’objectif de me reconstruire. Ah oui! J’oubliais; en 2010 j’ai fait une chute. Une « criss » de chute comme le chantait Louise Forestier. Le MileEnd allait être le dernier remède dont j’avais besoin pour accomplir cette reconstruction.

Quand, pour la première fois, j’ai visité l’appartement 1, j’ai eu cette certitude : « Je suis chez-moi ». La banque me prête et en avril 2011, je construis mon nid.

À cette époque, je ne suis pas dans l’engagement. Je sors d’une relation de merde et j’ai, avec les conseils de ma thérapeute, décidé de prendre mon temps. Après tout, j’avais mis 45 ans à trouver ce nid. Pas question d’y laisser entrer quiconque pouvant le souiller.

Des amis y passent la nuit. D’autres, simplement quelques heures, mais à chacune de ces visites, les mêmes mots, la même phrase : « Wow…on dirait un musée tellement tout est beau et tout est calme ici ». De ces pères en garde partagée qui n’en peuvent plus de ces formidables jouets qui traînent un peu partout dans leur maison à cet amant de passage qui blâme le travail trop exigeant pour « tenir maison ». Tous appréciaient ce qui sera convenu d’appeler « le musée ». Les fenêtres sont lavées au cue-tips, les taies d’oreillers elles, sont pressées au fer chaud et mes draps sont qualifiés « d’hôtels ». En d’autres termes, ma maison est aseptisée. Propre certes, mais aseptisée. Le musée est toujours prêt pour une de ces rencontres.

Mais voilà qu’aujourd’hui, je hais mon musée. Sept ans plus tard, je souhaite le souiller: je rêve secrètement de traces de doigts sur les murs, de marques de crayon feutre sur mes sofas blancs, de bruit mais surtout, de rires, de moments volés au temps et de souvenirs qui s’inscriraient sur mes murs et dans mon cœur.

Maman est toujours en vie et heureuse dans son nid du quartier Rosemont.

Aujourd’hui, je me souhaite d’abîmer ce musée mais d’abord et avant tout, de l’habiter auprès d’un homme que m’apprendrait à l’aimer… souillé.

 

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