Noël, Tinder et Justin Trudeau

À quelques jours des vacances hivernales de 2015, il m’avait promis que nous allions célébrer le Noël suivant ensemble.  « I promise baby… we will be together ! » avait-t-il solennellement déclaré. Moi? Je l’avais cru.

Voilà déjà quelques semaines que j’avais fait la rencontre de ce Britannique un peu coincé, unilingue anglophone, père de quatre enfants, qui cherche désespérément un peu de réconfort d’une union, une troisième, qui le largue.

C’est ma première rencontre avec le « open marriage ».  Le quoi?  Je sais. Ça aussi eu cet effet sur moi.  En gros, un mariage « ouvert », c’est une union qui ne fonctionne plus et où l’autre moitié accepte, non sans impact, que l’autre aille… ailleurs. Une aventure avec consentement.  D’la marde si vous voulez mon avis.

J’ai mis des mois à en tomber amoureuse. « C’est tout un bagage » que je me répétais tentant de me convaincre un peu plus chaque jour qu’il n’était pas pour moi.

Il tiendra promesse et pour la première fois en 49 ans, je choisissais mon anglais plutôt que ma douce et généreuse famille pour célébrer le soir du 24 décembre. Une première. Une exceptionnelle. Une mémorable. Nous sommes en 2016.

Elle sera aussi unique. La version 2017 n’aura pas lieu.  Quelques mois plus tôt, un genou au sol, les yeux dans l’eau, en plein cœur d’une semaine remplie de bouleversements, il m’avait officiellement demandé « Baby, I Love you…Will you marry me? »

Novembre, j’efface toutes ses traces : sa bague de fiançailles est à vendre, je retirais nos plus doux souvenirs photos de mon Apple TV, décrochés ceux qui habillaient le mur de mon salon.  Chacun de ses cadeaux trouvait dorénavant leur place dans une « boîte à souvenirs » rangée dans un locker gris et froid de mon condo et le musée était passé au peigne fin, m’assurant qu’aucune trace de mon amour ne saurait venir tourmenter mon cœur en miettes.

Tinder allait être la solution. Une première pour moi. La rencontre avec la notion du « swipe right » n’allait pas être facile.

Des hommes, Serge et Lucien, qui ne me disent rien.  Certains en recherche de rencontres discrètes, d’autres qui affichent tout le contraire.  Nous sommes à un mois de Noël et je n’ai aucune envie de passer ce temps précieux aux côtés de celui qui, à titre de photo de profil, nous gracie d’une avec notre Premier Ministre.

Justin Trudeau est sur Tinder.

Dear Lord.

 

Alors, je retournerai à ce qui aura bercé mon enfance et ma vie de femme : cette maison aux pierres plates, où j’ai vécu les plus beaux Noëls de ma vie.

Nous sommes en 1998. Le chalet est plein à craquer. Toute notre belle et grande famille dysfonctionnelle y est réunie. Les couples mariés le sont encore, les enfants eux sont encore… enfants.  Douze amoureux entassés dans un espace qui, clairement, ne peut en contenir autant.  Le feu de foyer « boucanne » comme jamais, la patinoire en bord de lac est pour la première fois éclairée et le voisin s’en vient.

Normand a ce cheval qui fait l’envie du lac Vert et de Lanaudière au grand complet. Un percheron caramel et blanc comme il ne s’en fait plus.  Beau, grand, fort et habillé de fourrure au bas de ses pattes, c’est ce soir de la veillée de Noël que nous ferons, pour la première et dernière fois, sa rencontre.

Le mercure indique – 15 degrés et il doit bien être onze heures lorsque nous nous habillons pour ce qui sera la randonnée des randonnées. Le froid et le neige étouffent tous les sons sauf ceux des clochettes au cou de cette majestueuse et noble bête.  Au loin, on l’entend arriver comme dans une chanson de Bing Crosby, et Albert est tout ce qu’une famille peut espérer avec son charriot fait de bois et ses peaux détrempées en guise de couvertures.

Entassés, heureux, nous trouvons qu’Albert est fringuant pour un vieux de 15 ans.  Dans les courbes, il fait craquer le traineau et à chaque virage, on a cette vague impression que nous devrons entrer à pieds.

La fumée qui sort des son museau, son pelage qui perle de sueur et nos visages, heureux, comblés, sachant trop bien que nous vivions un moment privilégié.

Cette année, pas d’Albert et pas plus de Ashley, mais des tonnes de photos que je refuserai de « swipe right » parce que mes images, cette fois-ci, seront faites de Christiane, Maman, Nicolas, Ulysse, Marjolaine, Laurianne, Jacques, Guillermina et Claude.

Celle de Justin graciera mes vœux de Noël.  Et non, je n’ai pas swipé à droite.

Au fait, Joyeux Noël!  Vraiment.

 

 

3 commentaires
  1. ah! comme la neige a neigé….. beau texte, madame Caroline, qui exprime bien sans les violons, toute une tristesse qui se love dans la vie. Cette vie qui nous fait parfois des entourloupettes . Mais vous, comme moi et tant d’autres nous demeurerons des RADIEUSES! Que ce Noël soit lumineux.

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