Suggestions de lecture – Parité littéraire

C’est beau, la parité. C’est déposé délicatement un poids d’un côté, ou de l’autre, afin que le total de la charge s’équilibre. Je viens de le faire, sans même le décider! J’ai deux écrivains d’un côté et deux écrivaines de l’autre à vous présenter aujourd’hui.

En ce jour de printemps grouillant de vie, j’ouvre la porte à Rita enquête de Claude Champagne. Rita est grandement inspirée de la génitrice de l’auteur, et pour colorer ce portrait Stanké a choisi de l’illustrer sur une couverture rouge. Une silhouette s’y découpe, légèrement courbée sous le poids de la vie.

Pour poursuivre dans le rouge, la flamboyante couverture de Limonade & Kimchi, de Karine Raymond, offre de ce côté-ci du continent, un cocktail d’agrumes et sur le continent asiatique, une choucroute épicée. Une jeune Québécoise sera attirée – et repoussée – par un jeune Sud-coréen. Que goûterait ce mélange de deux individus différents et attractifs?

Nouées nous invite à découvrir la palette d’émotions qui se déploie sous l’alcôve nichée d’une mère et de sa fille. Le lien se tisse, se démêle, s’ordonne d’une génération à une autre. Un écheveau que Catherine Voyer-Léger démêle avec une perspicacité pointue.

D’enchainer Nouées avec Le refuge pourrait supposer qu’il y a un lien entre les deux tandis que non, c’est loin d’être le cas. Le refuge est à prendre au pied de la lettre, dans son sens de cachette, d’abri, presque de bunker. À la suite d’un choc venant de l’extérieur, un couple à la retraite se terrera dans leur maisonnette retirée dans les bois. Pour ses accents de vérité de mise en scène autofictive, à deux voix, celle du mari et de la femme, le roman s’apparente à une confession avec moult culpabilité et sans l’apaisement du pardon.

Bonnes découvertes!

Rita enquête de Claude Champagne – Stanké

Rita est offusquée, le jour où on la convoque comme jurée. Peut-on laisser ses quatre-vingt deux ans tranquilles? En bonne citoyenne, elle se présente tout de même au rendez-vous, et bien lui en fit puisqu’elle se liera d’amitié avec un drôle de trio. Ces personnes à la retraite ont trouvé un passe-temps des plus captivants : assister à des causes au palais de justice, et ce, à tous les jours. Comme dans un complexe cinématographique, ils choisissent une cause, ou une autre, selon leurs humeurs. Une excellente manière d’écouler le temps quand on n’a plus de fonction utile dans la société.

Rita, encore traversée d’élans vitaux, aime occuper son esprit vif et aiguisé aussi, se joindra-t-elle à leur équipée. Il faut dire que son expérience d’observatrice en chef dans son immeuble la prédestinait à ce nouvel hobby d’observatrice de la race humaine. Tout le charme et l’attrait de ce roman réside dans le portrait authentique de Rita.

Comme on dit parfois d’un acteur, « il porte le film sur ses épaules », on peut le dire de Rita qui porte l’histoire sur ses épaules. Heureusement, celles-ci sont solides. Rita est vive, dynamique et se délecte de bonnes rasades d’humour. Tout pour la rendre fréquentable et même rapidement attachante. Il fait bon de rencontrer des êtres féminins âgés forts puisque notre société nous prive quasiment de ces femmes au caractère bien trempé derrière nos écrans.

Limonade & Kimchi de Karine Raymond – Druide

Avis aux amateurs d’histoires à l’eau de rose! L’eau se présente en limonade, au goût légèrement acidulé du côté québécois, tandis que du côté de la Corée du Sud, l’eau est tirée des légumes pour la fermenter dans un kimchi.

L’amorce d’une histoire d’amour est rarement simple, on avance vers l’autre à tâtons, comme on le ferait à la découverte d’un pays étranger. Imaginons-nous un jeune Sud-Coréen ne partageant pas la même palette d’us et coutumes qu’une Québécoise, aussi futée, soit-elle. Jade est dans un creux de sa vie, elle a perdu son emploi, sa mère, son chum et le bon fonctionnement de ses genoux. C’est ce moment qu’elle choisit pour faire un voyage en Corée du Sud, en souvenir de sa mère. Elle rencontre Seonjae, un Sud-Coréen parlant français, ainsi que sa sœur avec qui elle partage des atomes crochus.

En même temps que Jade, le lecteur découvre Séoul sous plusieurs angles. Ces voyages outre pacifiques assis confortablement sont plaisants et instructifs. Ces jeunes ont plusieurs expériences à vivre avant d’être murs à s’ouvrir à l’amour, ce sentiment qui, à prime abord, fait peur, devant la perspective d’explorer l’autre et ses perturbations. Même si jeunes, les deux portent un passé chargé, ce qui leur donne des points en commun.

On ne se cachera pas que le roman prend des allures de « chick lit », avec sa valse approche et repousse. Jade nous fera visiter une partie du Canada, et les États-Unis l’attendent pour un stage sur les earthships. Seonjae tentera de s’étourdir dans les effluves de l’alcool, tout en bûchant pour mériter son diplôme dans sa ville hôte, Montréal. Autrement dit, toutes les raisons sont bonnes pour repousser le fort élan initial entre ces deux pôles amoureux, Seonjae et Jade. Une romance de bon aloi, où des jeunes ont à se positionner rapidement : suivre la tradition ou leur voix intérieure.

L’autrice nous laisse généreusement un alphabet coréen à la fin du livre et la première esquisse du dessin de la couverture. Le bouquin est également parsemé d’images qui complètent le texte. Par exemple, les cartes postales échangées apparaissent sous leur forme réelle, ce qui confère un aspect vivant et amusant.

Nouées de Catherine Voyer-Léger – Québec Amérique – Collection III

Je connais Catherine, en tout cas, je la connais par les maux qu’elle expose avec une élégante impudeur sur sa page Facebook. Pour moi, ce récit est un prolongement, une précision, une confirmation. C’est tout ça et plus encore car, avec Catherine, il y a toujours plus de matière à réflexion que prévu. Il y a suffisamment de matière pour se mirer. Elle va pêcher pour nous, des clichés, des réflexes, des évidences et elle nous en parle à cœur ouvert. Au Je. C’est important le « je », il fait toute la différence du monde. Rien n’est appris par cœur, tout passe par le cœur. Ce carnet de notes coule et déboule entre nos neurones, comme un long fleuve pas tranquille.

Entre une mère et sa fille, les gorges se nouent pour taire certains maux jusqu’au jour où le flot sort d’une manière ordonnée, nette et percutante. Et Catherine, la jardinière est toujours prête à cueillir ce qui ressort de meilleur ou de pire. Qu’importe le thème, même si ici, c’est de sentiment filial dont il est question, on trouvera diverses matières à réfléchir. Avec cette autrice, le chemin pour vous rendre à la matière réfléchie sera libre d’entraves, vous avancerez droit devant, découvrant l’horizon, pour aller boire à sa source. Une fois la matière bue, vous prolongerez votre réflexion. Vous la ferez vôtre. Enfin, je vous le souhaite.

Le nous de « Nouées » est composé d’elle et de sa mère dans le passé et aujourd’hui, d’elle et de sa fille. Catherine continue de creuser les sillons maternels, donnant cette impression qu’elle a besoin de prendre une fillette sous son aile pour creuser encore plus profondément le sillon sentimental à souhait. C’est une réflexion en continuelle ébullition, qui n’aboutit jamais, je soupçonne que, pour Catherine Voyer-Léger, ce serait mourir un peu d’arrêter de détecter les vérités faciles parce que toutes faites. Surtout celles arrivant sans mode d’emploi. Catherine respire et réfléchit, en simultané. Mais peut-être aussi que j’ai tout faux. Peut-être que ma lecture goulue de ce texte sans cassure ni césure, n’est que de la poudre aux yeux. Semblable à la ballerine tirée vers le haut par l’arc de ses bras, qui pointe son gros orteil, nous souriant bellement, et laissant croire par son sourire que l’effort est exclu.

Je me plais à penser que Catherine est cette ballerine. Bref, je n’ai vu aucune trace d’effort déployé dans ce récit émergé des moelles maternelles. Je n’y ai vu que du feu, je n’y ai vu que le lapin sorti du chapeau, que la dame de cœur sortie de la manche. Nouées, oui, vous le serez avec Catherine Voyer-Léger une fois que vous l’aurez lue. Je vous prédis que vous prendrez goût à vous mirer dans sa réflexion.

Le refuge d’Alain Beaulieu – Druide

Voici une histoire qui commence en lion et finit en… je tairai comment elle finit. Les fins, en littérature, c’est sacré!

Dès les premières pages, je me suis accrochée à l’hameçon et ne démordais plus. Une promesse de stress heureux à m’en faire pour ce couple qui m’apparaissait si sympathique. Ma compassion a été immédiate à l’égard de ces retraités qui abandonnent ville et confort pour se nicher au pied d’une montagne, habitant une cambuse, sans eau ni électricité. Le couple dans la soixantaine est prêt à bien des sacrifices pour savourer une paix hautement méritée après une vie active dans le domaine de l’éducation. Toute leur vie, ils ont donné, il est temps pour eux de récolter la sainte paix, malgré les inconvénients d’habiter une maison rudimentaire, située à une heure de la ville.

On ne savourera pas longtemps leur quiétude, un événement viendra chambouler leur vie. Je n’en dévoile pas trop en parlant de braquage du domicile puisque l’évènement est mentionné sur la quatrième de couverture. Comment réagit-on lorsqu’on vient de passer à un cheveu de perdre la vie entre les mains de malfaiteurs cagoulés, sans domicile et sans moral? Et qu’on est du genre à nommer sa cabane dans le bois un refuge? Il est fort à parier qu’on se découvre en état avancé d’insécurité, de stress, voire de panique.

Dès le départ, j’ai été interpelée par la mise en scène d’authenticité, l’auteur pimentant son récit à grands jets de faits véridiques tirés de sa biographie. D’ailleurs, le fait que sa femme s’en mêle m’a impressionnée, je dirais même, influencée. Sa conjointe, une femme forte et autonome se mêle de l’écriture de son mari. Elle tient mordicus à donner sa version des faits. L’histoire se décline donc à deux voix et une de celle-ci résonne sous le prénom de Marie, la conjointe d’Antoine. Elle confirme, précise, renchérit, se braque, se scandalise, bref, passe par toute la gamme d’émotions. Et moi de m’enfoncer dans ma prémisse : « et si cela leur était vraiment arrivé! ». J’ai lu les premiers chapitres dans cet état d’esprit de complète crédulité. Ce n’était plus un roman, c’était un fait vécu! Je n’étais pas un quelconque badaud, j’étais un témoin oculaire de première ligne! C’est fort, arriver à faire passer pour de la vérité un fait fictif, surtout à une lectrice qui enfile une soixantaine de romans par année.

Cela a fonctionné, mais pas jusqu’à la fin. J’hésite à vous divulguer sur quel fil j’ai tiré pour commencer à douter. Je m’en voudrais tellement d’amoindrir le plaisir brut du début. Je peux au moins vous rassurer, c’est une excellente histoire, vraie ou pas, on s’en balance, n’est-ce pas, lorsque le rebondissement, la surprise, la réflexion sont au rendez-vous. Les émotions déboulant sous nos yeux dans un kaléidoscope de lumières, on n’hésite pas de prendre « Le refuge », en potion magique guérissant toute monotonie ambiante.

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