Aimes-tu la vie comme moi?

Je voulais vous parler de mon récent voyage à Venise, oui sept jours sous le soleil de Venise, à marcher, visiter, manger et boire avec un beau groupe d’amis. C’est-tu assez glamour ça.

Mais franchement la vraie vie ne se passe pas à Venise. La vraie vie c’est tous les jours au quotidien. Pourquoi parler de la vie? Parce que deux personnalités connues se sont donné la mort récemment. Plusieurs personnes se donnent la mort chaque jour. Des inconnus qui ont eux aussi le mal de vivre. Mais Kate Spade et Anthony Bourdain étaient riches, talentueux, célèbres. Une vie à faire rêver sur Instagram. Mais la vraie vie ne se passe pas sur Instagram. Elle se passe d’abord en nous. Apprendre à s’aimer soi, à aimer les autres comme ils sont, pas pour ce qu’ils sont.

Nous ne vivons que dans les apparences et souvent aussi dans le regard des autres, parfois si cruel. J’ai rencontré et fréquenté dans mon travail des sommités dans différents domaines. Ils étaient très impressionnants intellectuellement, tellllllement brillants, mais telllllement vides émotionnellement. L’intelligence du cœur est ce que ça s’enseigne?

Je vous parle de cela parce que pour moi le nerf de la guerre c’est la maladie mentale. Oh juste le terme maladie mentale fait sursauter. On utilise communément d’ailleurs le terme « un malade mental ». Cette maladie invisible est presque honteuse, non, honteuse. J’ai vécu une dépression à l’âge de 35 ans. Jeune mère de famille, deux jeunes enfants, un bon mari, une belle maison, une belle carrière, non, mais c’est-tu pas beau la vie. Pourquoi alors? Je venais de faire une fausse-couche. Est-ce que ce fut l’élément déclencheur? Il semble que non.

Mais pourquoi alors? Moi qui avais tout pour mordre dans la vie, voilà que du jour au lendemain, le rire de mes enfants ne remplissait plus mon cœur. Le chant des oiseaux ne résonnait plus à mes oreilles, beau temps, mauvais temps, tout était égal. Je voyais ma famille, mes amis, mais c’est comme si tout ce qu’ils disaient, faisaient, me laissait aussi indifférente qu’un combat de boxe. J’étais K.O.

J’allais travailler la mort dans l’âme avec le courage d’une femme qui au fond voulait vivre, mais ne savait plus à quoi s’accrocher. Autour de moi on voyait bien que ça n’allait pas. J’étais amaigrie, amorphe. Se voulant aidante, la ronde des bons conseils m’a fait l’effet d’une gifle. On n’y comprenait rien. « Voyons, donne-toi un petit coup de pied au c…, prends-toi un petit brandy, ben voyons tu as tout pour être heureuse ne te plains pas. »J’aurais hurlé. Croyez-vous franchement que ça me plaît de me sentir ainsi? Pour moi la dépression est le cancer de l’âme et vous savez quoi? C’est une maladie mortelle. Oui, je vous l’assure. Elle ne génère, par contre, aucune empathie. Pourquoi? Par ignorance, par incompréhension, c’est certain. Que faire? S’informer, mon Dieu. Prenez quelques minutes et faites un peu de recherche.

Comme le disait Stéphane Laporte dans un récent article à la suite de la mort de Spade et Bourdain, il existe maintenant de l’aide médicale à mourir, il faudrait aussi une aide médicale à vivre. Oui, lorsqu’on se trouve dans un tel état, on a besoin d’aide. De l’aide professionnelle, parfois de la médication. Mais il faut avoir le courage et l’énergie de consulter et ce n’est pas si évident.

Même aujourd’hui en vous confiant cette tranche de vie, je me sens un peu gênée. On va me juger c’est certain. Ah c’est pas grave, je ne travaille plus dans mon domaine. Mon domaine, la télévision, un milieu non conventionnel, ouvert. Bien, malheureusement pas. Va pour les encouragements, mais lorsque vient le temps de penser à quelqu’un pour un projet, il y a une hésitation. Je ne l’ai pas vécu, mais je l’ai entendu. « A-t-il vraiment les nerfs pour un projet de cette envergure, il a fait une grosse dépression il y a cinq ans. »Pourtant, personne n’hésite à engager quelqu’un qui a eu un cancer.

Je demeure fragile, et oui, on a tous nos fragilités. Les épreuves de la vie nous apprennent toujours quelque chose. Dans mon cas, je sais que j’aime profondément la vie. Je sais qu’elle est fragile. Je sais qu’on peut avoir mal en dedans au point de ne plus vouloir continuer.

Mais comme l’a si bien dit Leonard Cohen : « Il y a une faille en toute chose, c’est par là qu’entre la lumière. »

1 commentaire
  1. Bonjour Christine!

    Merci pour cette grande authenticité. Merci pour votre belle sensibilité si humaine, ça me fait du bien de lire une âme soeur à ce niveau. Non ce n’est pas la richesse ni la gloire qui donnent le goût de vire. Il faut encore des personnes comme vous pour servir d’inspiration aux autres qui vivent d’illusions encore…..même si ce n’est pas facile à assumer!

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