Assez d’appétit pour trois best-sellers?

Ces romans qui sortent en faisant du bruit attirent notre attention. Et avec raison. Il est rare que j’aie mis la main sur un best-seller qui me laisse complètement indifférente. Aujourd’hui, j’en ai trois à vous proposer avec ces points en commun : plus de 500 pages et sont ou seront transposés à l’écran. Les deux premiers : N’essuie jamais de larmes sans gants et Le Plongeur ont reçu leurs lettres de noblesse, le troisième « Ghetto X » de Martin Michaud est mon pronostic personnel : best-seller en vue! Le médaillon « Club illico, série originale » sur la couverture annonce sa couleur : cette nouvelle aventure de 576 pages de Victor Lessard et de sa coéquipière, Jacinthe Taillon sera traduite en série télévisée. N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell est un succès spectaculaire qui s’est d’abord décliné en trois romans maintenant réunis en un seul de 832 pages. Ce succès phénoménal a été porté à l’écran, en télésérie. Le Plongeur, un premier roman de 576 pages, écrit par Stéphane Larue sera adapté au cinéma par le talentueux Francis Leclerc

N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell

Le titre est accrocheur. Au départ, je le trouvais bizarre, comme une phrase pigée au hasard du roman. J’éprouvais un genre de malaise : des gants pour essuyer des larmes, cela fait un peu pincé, hautain, dédaigneux. Le titre nous amène droit à cette épidémie magistrale et mystérieuse qu’a été le sida à ses débuts. Ce fléau des années 80, en Suède comme ailleurs, a frappé cruellement. On venait à peine de libérer l’homosexualité de ses stigmates qu’on refermait de nouveau le couvercle à double tour. C’était eux, les homosexuels, et uniquement eux les coupables de ce désastre mortel. Jonas Gardell a su y faire pour nous montrer ces pages d’histoire, choisissant parmi d’innombrables victimes, un couple qui s’aime, deux hommes que rien ne destine à cheminer ensemble. Benjamin est Témoin de Jéhovah et Rasmus fuit son village étroit d’esprit et l’étouffant nid familial. Ils se rencontreront, duo improbable, dans un groupe de copains tous homosexuel. Une bande de gais lurons, un collectif festif, que l’on apprend à connaître, histoire après histoire. Ce roman est une gageure contre la mort morose, les décès se succèdent, mais jamais on ne s’enfonce dans le désespoir. Les têtes restent droites et fortes, on se rit de la menace, on s’en balance, jusqu’à ce que la faucheuse ait les derniers maux. À travers les épreuves de chaque personnalité, à qui on s’attache sans vergogne, il y a la solidarité, ce rempart solide, cette forteresse défendant l’écueil du désespoir. Régulièrement, la bande se réunit pour boire, danser, chanter, se supporter. Et on y croit à cette joie des camarades, parce qu’elle ne sonne jamais faux. Traversant les décennies, on suivra les hauts et les bas du sida, il y aura des éclaircies, mais jamais, ô grand jamais, il n’y aura cette honte exécrable d’exister. C’est le seul piège que l’on évitera, et pour cela le roman est un hymne à la fierté gaie, et je dirais même plus à la fierté humaine. Une histoire pour laquelle il est impossible de rester insensible.

Le Plongeur de Stéphane Larue

On peut aussi appeler le plongeur, le joueur. En un même être humain, deux voies, celle du droit chemin, en étant le meilleur des plongeurs que le restaurant n’ait jamais porté et, en parallèle, le pire joueur de la faune nocturne. Je dis « pire », mais l’homme, connaissant les machines à sous comme le fond de sa poche… vide, fait preuve d’une certaine chance et d’une chance certaine. Rien de pire ne peut arriver à un joueur compulsif que d’être chanceux! À partir d’un moment de chance, un de ces soirs où l’on vide son compte de banque, on croit tout à coup à son destin de grand gagnant devant la Vie. Une fois la main heureuse, on en veut plus, toujours plus. C’est un duel, un combat, un esclavage et devinez si c’est la machine programmée pour enfiler des milliers de dollars ou le quidam qui vient d’écouler sa paye qui va gagner sur une longue période ?

Je ne voudrais pas que vous croyiez que le roman de Stéphane Larue est uniquement l’histoire d’un joueur, c’est l’histoire d’un être humain, début vingtaine qui se fait les dents à la vie. À l’amour, il mordille, sans vraiment mordre à belles dents, l’amitié aux coudées franches le dévore un peu plus, au nom de tous les mensonges découlant de sa passion secrète : le jeu. Il se fait aussi les dents dans le domaine pictural. Il n’est pas que plongeur, il est également dessinateur. On lui a fait confiance en lui donnant tout l’argent d’un contrat à l’avance… danger, danger. Jusqu’où s’embourbera-t-il dans ce gouffre? C’est à voir, c’est à lire. Ce qui est également à lire est la plonge. En fermant la couverture de ce pavé, vous aurez une excellente idée du fonctionnement d’une grosse cuisine de restaurant achalandé. Vous ferez connaissance avec la hiérarchie, laquelle n’est pas à prendre avec des pincettes. Notre plongeur se fera un point d’honneur de ne pas décevoir. Stéphane Larue a un style pointilleux, qui se tient à ras la réalité et ses moindres détails. Vous vous sentirez sur place, côte à côte avec ce personnage qui, somme toute, a bonne volonté, s’étant seulement égaré en voulant tout faire et tout avoir sans effort. Le travail infernal de plongeur le fera expier cette hérésie. Attelez-vous, la bouchée est aussi consistante que nourrissante!

Ghetto X de Martin Michaud

Après cinq ans d’absence, notre enquêteur de prédilection, Victor Lessard nous revient dans un polar psychologique et une télésérie (24 octobre : début sur Illico). Nous l’avions quitté, Lessard donnait sa démission au grand dam de Jacinthe Taillon, sa coéquipière qui l’aime et l’admire sans vergogne. Justement, c’est pour aider sa colorée coéquipière qu’il accepte de fouiner sur la scène du crime d’un journaliste d’enquête. Il n’en faut pas plus pour que Lessard soit pris en souricière dès le début de l’enquête menée en cachette des crimes majeurs. Les attaquants n’ont eu cure de s’en prendre à son amoureuse, ce qui allume chez Lessard la flamme de la vengeance. Lui aussi est blessé, mais, en homme fort, il passera outre pour éclaircir cette affaire qui, on l’apprendra rapidement, le concerne également. Qu’est-ce qui peut bien lier notre ténébreux enquêteur aux affaires d’un obscur groupe armé d’extrême droite ?

Plus que jamais, le duo est tissé serré : Jacinthe Taillon affirmant de plus en plus son amitié indéfectible pour Lessard. Le temps de cette histoire, ils sont un couple fusionnel, prêt à sacrifier leur vie pour l’autre. Ils recevront la précieuse aide d’un ex-policier, Yves, qui les cachera et leur facilitera la vie.

Ce volet de la série policière porte toujours sa part d’ombre et d’intrigues. Le fait que le passé de Lessard est en jeu et qu’il est par conséquent plus affecté que jamais génère sa part de tension, même si les premiers chapitres sont assez mollo. La tension devient presque insoutenable vers les derniers chapitres, sinon, on accorde au lecteur du temps pour apprécier les détails de l’enquête et les manies humoristiques des enquêteurs. Depuis que j’ai visionné la série sur l’écran, mes personnages imaginés se sont éclipsés et je vois maintenant Patrice Robitaille et Julie Le Breton. J’avoue que cette dernière me pose un problème, non pas qu’elle ne soit pas une excellente comédienne, mais à même le polar, il est question d’une femme costaude, parfois embourbée dans son corps corpulent, ce qui est loin d’être le cas de la comédienne.

Quoi qu’il en soit, nous avons entre nos mains une solide série policière à lire et à suivre. 

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