Biographie ou fiction: 5 titres à découvrir!

Biographie (vrai) ou fiction (faux)? Aucun besoin de choisir, je vous offre les deux. J’ai englouti plusieurs titres et j’en ai retenu cinq pour vous : deux fictions, deux biographies et un hybride (vrai et vécu).

Les fictions, par un amusant hasard traitent de dames : La dame de la rue des Messieurs de Jean Lemieux et Le Club des dames d’argent de Dominique Drouin.

Le premier, à saveur biographique, est Vois tout ce qu’il te reste de Monique Polak, tiré du vécu de la mère de l’autrice au camp de concentration de Theresienstad. Le deuxième de Martha Wainwright chante les aléas d’une famille réputée pour sa musique Rien de grave n’est encore arrivé. Les deux catégories se fondent dans un titre touchant et nécessaire puisqu’il parle de la fin de vie, celle de l’auteur, Simon Roy Ma fin du monde.

La dame de la rue des messieurs de Jean Lemieux – Québec Amérique

Histoire d’amitié dans laquelle je me suis insérée en marchant sur le bout des pieds. Pour tout dire, j’étais un peu égarée dans cet univers feutré où les notes de musique complètent les ambiances. Je ne reconnaissais pas l’univers du polar, si caractéristique de Jean Lemieux. Nous sommes à Vienne et Michèle, une Québécoise à la retraite veut recevoir des leçons de piano. Tomas a 71 ans et joue dans un café bistro. Michèle a décidé qu’il est l’heureux élu qui lui donnera les précieuses leçons. Cette femme impulsive est dotée d’une voix intérieure forte, car elle a repéré dans tout Vienne une personne aimable, plutôt esseulée, avec du temps et le cœur sur la main.

Michèle sera bientôt dans l’embarras, seule à l’étranger, lorsqu’il lui arrivera un accident à la tête et à la jambe. Ce Tomas hésitera avant de l’aider, ayant peur de perdre son indépendance, mais sera finalement incapable de la laisser tomber. Michèle devient la rose du pianiste, permettez-moi cette allusion à l’apprivoisement qui s’accompagne d’engagement chez Le Petit Prince. Histoire d’amour de la musique, histoire d’amitié tranquille et ambiguë, on découvre les moments charnières de leurs parcours de vie respectifs. Les grands enfants (des adultes) s’en mêleront.

Le personnage de Michèle est assez mystérieux par son indépendance à tout crin. Tomas est un être qui vit dans le doute. Ça donne une ambiance trouble et magnétique que j’ai pénétrée à tâtons. Comme dans la vraie vie, je me questionnais sur qui ils étaient dans leur essence. Le suspense va et vient sur le fil conducteur de cette dynamique de couple qui n’en est pas vraiment un. Lemieux nous offre ici un voyage à Vienne où l’on rentre chez les gens, où on ne reste pas au seuil de la ville. Ne cherchez pas une visite touristique, plutôt une incursion dans les couples formés ou non sur le tard, le tout enveloppé de musique classique.

Le Club des dames d’argent de Dominique Drouin – Libre Expression

Aussitôt vu, aussitôt voulu. Dès le premier coup d’œil de sa couverture, je l’ai désiré. Ce n’est pas rien, soulignons-le. Fiez-vous au titre, c’est vraiment d’un club de dames (aux cheveux) d’argent dont il est question, et ni plus ni moins qu’un club de lecture.

Ce groupe féminin offre au lecteur un échantillonnage de huit personnages de dames d’un âge certain. Si elles ont un point en commun, c’est d’être différentes ou au tournant de leur vie. Nous sommes à l’orée de la pandémie, ce que ces dames ne savent pas encore. L’apprivoisement des personnages va bon train, on en aime certains plus que d’autres. Il y en a une haute juchée qui chute profondément, c’est l’entraide, la solidarité, mais non sans complaintes. Une parmi le groupe, Micheline, a un de ces jours une idée : acheter un immeuble à huit logements partageables à huit entités familiales. Elle est prête à aider financièrement les moins bien nantis. Trouver l’immeuble en question ne sera pas une mince affaire, tout en continuant de se réunir autour d’un souper pour échanger sur le livre au menu.

Les discussions glissent en surface, ce sont des titres de croissance personnelle, la catégorie à l’honneur. C’était autant d’occasions pour l’autrice d’exprimer son opinion sur une diversité de sujets sociaux. Elle s’est donné une commode tribune. J’aurais aimé quelques titres littéraires, ça viendra, j’imagine, puisqu’un tome 2 est annoncé. J’ai suivi l’intrigue avec intérêt, tout en me passant régulièrement la remarque que le roman me faisait penser à un téléroman. J’aime les téléromans, par contre, je les préfère à l’écran. Une question de goût.

Vois tout ce qu’il te reste de Monique Polak – Éditions Septentrion

Je vous mentirais en déclarant que ce roman basé sur des faits véridiques est amusant. Bien sûr que non. Par contre, je me suis imprégnée de la généreuse solidarité d’où j’alimente ma dose de foi en l’humanité. J’aurais pu me dire, j’en ai assez vu et lu des histoires sur les camps de concentration pour comprendre le principe : la cruauté sur tous les tons commise au nom d’un homme désaxé.

Comment a-t-on pu glorifier un despote comme Hitler? Pourtant, nous sommes aujourd’hui aux prises avec un incontrôlable Poutine, un malhonnête Trump assez magnétique pour que la foule serve son machiavélisme. Mais revenons à cette honte de la Deuxième Guerre mondiale où le camp de concentration Theresienstadt en Tchécoslovaquie était réputé pour ses conditions moins barbares. Reste à voir jusqu’à quel point c’est vrai. Une jeune fille au fort caractère nous fait pénétrer dans cette enceinte qui sent la malnutrition à plein nez. Les gens y meurent comme des mouches. Elle travaille justement dans les cuisines où le bouillon aux lentilles est au menu quotidiennement. Être récompensé par une patate flétrie est une fête. On la faisait bouillir longuement, jusqu’à ce que ça donne une pâte qui procure une sensation de rassasiement. Les conditions y étaient supposément plus douces, mais la mère de Monique Polak ne partage pas entièrement cette version de la garde officielle. Wikipédia nous brosse un portrait de ce camp et le roman dépeint d’une manière exemplaire lesdites conditions de vie.

Crédit photo : John Fredericks

Mais attention, ce n’est pas un documentaire pour autant, la vie d’Anneke d’une douzaine d’années est romancée, tout en étant plausible au possible. C’est l’art du roman historique, ici parfaitement réussi pour l’équilibre stable entre le vécu et le fabulé. Ainsi, le lecteur s’accroche à une jeune fille, personnage fort, pour ne pas dire pivot, qui nous amène dans ses déboires et ses aventures. Le lecteur a beau être enfermé dans ce camp de la mort, enfermé dans la tête d’une ado dépassée, enfermé dans la peur de l’extermination, il n’étouffera pas. Je ne saurais pas précisément dire pourquoi et comment, je laisse les secrets de cette magie à l’autrice et m’incline devant son efficacité.

Le dosage de l’horreur est contrebalancé par des rayons d’espoir ici et là. Anneke se lie avec d’autres jeunes, des adultes aussi, des vieillards, même son plus jeune frère qu’elle redécouvrira. Elle a la chance d’avoir un père dessinateur qui s’est fait remarquer par le conseil juif, ce qui leur confère des privilèges minimes, mais remarqués. Comme de vivre à quatre ou cinq personnes dans une unique pièce. Disposer de cette intimité est un luxe. Propre à l’adolescence, Anneke est intransigeante et scrute à la loupe l’intégrité de son père, et finit par conclure qu’il transige avec l’ennemi. Ce qui heurte ses principes de loyauté. Difficile pour elle d’accepter qu’ils bénéficient de passe-droit, et de continuer à croire à des situations justes et équitables. Heureusement, c’est une famille aimante qui communique entre eux, ils s’expliqueront. Il faut comprendre que la différence fondamentale entre ce camp et les autres est qu’il n’y a pas à Theresienstadt d’extermination artificielle, entre autres par les chambres à gaz, l’extermination se trame naturellement par la malnutrition, les mauvais soins et l’hygiène de vie.

Un roman sain qui fait réfléchir sur la constance des fléaux déclenchés par l’aberration belliqueuse de leaders magnétiques.

Rien de grave n’est encore arrivé de Martha Wainwright (traduction : Fanny Britt) Québec Amérique

Ce n’est pas un roman, ce sont des mémoires. J’aime le mot « mémoires », le préfère même à autobiographie, et il est d’autant plus à propos ici où Martha englobe sa famille au complet. De toute manière, il aurait été impossible pour elle de faire autrement. Parler d’elle entraîne de parler de sa famille. C’est mon premier constat, les autres en découleront : cette femme a tant peiné pour se définir un style, une identité propre, parmi les grands. Juste à en énumérer quelques-uns : son père, Loudon Wainwright III, sa mère, Kate McGarrigle, son frère, Rufus Wainwright, Anna McGarrigle, sa tante. On conviendra que son entourage est de calibre. Et cette famille réputée côtoie les Leonard Cohen, les Pete Townshend de ce monde. Tout au long de son parcours d’enfant, d’ado et de jeune femme, sa difficulté est criante : trouver sa place.

Si encore, elle avait opté pour une autre branche, mais non, elle la piqûre de la scène. Et pas question pour maman et papa d’aider, même d’encourager. Je dirais même plus, ils nuisent sans le vouloir, juste en respirant à fond leur créativité. Son paternel est le pire exemple de manque de pédagogie. Si cet homme a un jour dit qu’il ne voulait pas d’enfants, il fallait lui obéir! Il est décourageant et indélicat. Il a fait des gaffes qui retentiront un jour sur scène ou dans des mémoires. Il y a des limites, à mon avis, de vouloir dire les quatre vérités à son enfant qui tente de déployer ses ailes. Si son intention était qu’elle ne se casse pas les ailes, ils les lui coupaient.

Source : Festival de la chanson de Tadoussac

Une grande partie du récit entoure la première partie de sa vie, où elle se présente en victime empêtrée par la garde partagée entre ses parents célèbres, tentant de trouver une voie pour sa voix unique. Cette enfant a eu affaire à démontrer son unicité et à l’assumer rapidement. La deuxième partie, elle devient maman et l’ambiance se transforme. Elle devient plus affirmée, plus assumée, plus mature. Et elle fonce, fait des tournées et se place internationalement comme une autrice-compositrice-interprète de renom. Elle aura gagné la partie, mais ne l’aura pas eu facile avec le père de ses deux enfants. Fallait un peu s’y attendre, car cette femme a tellement changé, partant d’une absence de confiance en elle à un aplomb retentissant.

Tout au long du récit, elle garde sur les êtres et les évènements son regard humoristique. On aime ou n’aime pas son genre d’humour. Moi, je l’adore. Il y a un soupçon d’absurdité dérisoire qui me déride doucement l’âme.

Ma fin du monde de Simon Roy – Édition Boréal

Cet auteur est particulier, il aime chevaucher la réalité et la fiction. Il traite lui-même son genre d’hybride. Cette fois-ci, il jongle avec la réalité et l’illusion, en même temps, et nourrit son lecteur avec des anecdotes succulentes. Et réputées. On a qu’à penser à ce jour de veille d’Halloween où à une radio de New York, un canular orchestré par Orson Welles a fait fureur. Certains auditeurs ont cru dur comme fer à cette annonce déclarée sur un ton officiel de la visite de martiens. Il arrive que notre cerveau, submergé par l’émotion, devienne créateur d’illusions à répétition. Ce petit bouquin débordant de réflexions de la vie en général et de la vie en particulier nous amène à traverser les frontières entre la vaste et rude réalité et le vaste champ illusoire. Il amène le lecteur à voyager, le regard pointé vers les points d’interrogation qui servent à mieux se comprendre pour mieux embrasser la vie.

Crédit photo : Frédérick Duchesne

L’adresse au lecteur est fulgurante de vérité, décrivant la nouvelle réalité de Simon Roy atteint d’un cancer du cerveau incurable et inopérable : « Me voilà donc un an après le diagnostic fatal. Toujours debout, fragile et chancelant, mais mordant dans la vie au point de commencer un nouveau livre pour me prouver que je suis toujours vivant et peut-être un peu pour mettre la mort à l’écart, dans l’espoir aussi que ma détermination à durer déjouera les pronostics négatifs ».

Ce récit a été écrit et lancé dans l’univers en dix jours. Vous y trouverez une fébrilité respirant à plein nez l’ivresse de vivre.

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