GIRÂ: «Vieillir ne signifie pas se dissoudre»

«Le discours âgiste enferme les aînés dans une case où être vieux et vieille, c’est seulement être fragile ou être malade et être un poids. Mais c’est faux! Il faut faire éclater les perceptions.»

En une phrase, on sent tout le désir d’action et de changement de la part de l’initiative de la Grande interaction pour rompre avec l’âgisme (GIRÂ)*. C’est avec beaucoup de passion et de détermination que Dany Baillargeon, professeur au Département de communication de l’Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement CIUSSS Estrie-CHUS, prend la parole sur le sujet.

Une rencontre nécessaire et des plus intéressantes.

Saviez-vous que l’âgisme est la forme de discrimination la plus tolérée au Canada?

«Dans notre société, on pense à tort que les aînés sont soit hypothéqués et mal en point, ou qu’ils vivent de leur pension de retraite dans le sud. Pourtant, il y a autant de façons de vieillir qu’il y a de personnes. Avec GIRÂ, ce que l’on souhaite, c’est de parler d’âgisme AVEC la population québécoise, et non pas À la population.»

Mais au fond, qu’est-ce que l’âgisme? «L’âgisme, c’est d’avoir une attitude, des comportements ou des pensées qui partent de la perception que tous les aînés sont pareils et qu’ils forment une seule catégorie sans tenir compte de leur personnalité unique, de leurs différences, de leurs conditions de vie, de leurs rêves, de leurs désirs, etc.», répond le chercheur.

«En 1969, le gérontologue américain Robert Butler observait déjà la tendance à mettre dans le même panier toutes les personnes appartenant à un même groupe d’âge, particulièrement les aînés.»

Une noble mission

«Avec GIRÂ, nous souhaitons que les gens deviennent des acteurs de changement dans leur famille, dans leur milieu de travail et auprès de leurs proches. Nous désirons vraiment rompre avec l’âgisme en changeant nos perceptions, nos attitudes et nos comportements en démontrant les causes, effets et enjeux de l’âgisme.On désire également montrer une diversité de représentations des aînés, car lorsqu’on entretient des stéréotypes, c’est souvent qu’on agit avec cette image figée en tête, et c’est exactement la description de l’âgisme», poursuit-il, convaincant.

2 aînés sur 3 se sont dit victimes d’âgisme

«Comme toute forme de discrimination tolérée, tant qu’on ne la pointera pas du doigt et qu’on ne le soulignera pas, elle demeurera en quelque sorte ignorée ou minimisée.

Nous ne voulons pas seulement dénoncer, mais aussi trouver des solutions! On veut informer les gens sur la façon de faire face à l’âgisme tout en faisant ressortir ce qui est positif dans le vieillissement. »

«Je suis trop vieille pour ceci, je n’ai plus l’âge pour cela…»

«L’autoâgisme, c’est faire de la discrimination envers… soi-même. Par exemple, se dire qu’on ne peut plus pratiquer tel sport ou porter tel type de vêtements. C’est s’empêcher d’oser, car on a introjecté qu’à un certain âge, il y a des choses qu’on ne devrait plus faire.

Trop souvent, nous nourrissons ces pensées, car nous avons peur du regard des autres, nous ne souhaitons pas prendre de risques. Pourtant, tout être humain a le droit d’améliorer sa condition, sa santé et a le droit de faire ce qui lui plaît. »

L’effet COVID-19

Pendant la pandémie, on a vécu la forme d’âgisme la plus frappante puisqu’on a mis toutes les personnes âgées, de 60 ans+ dans la grande catégorie de gens fragiles, hypothéqués, dont nous devions prendre soin, protéger… Ça a été catastrophique! À force d’entendre ces discours, ces idées ont fait leur chemin et les aînés ont commencé à se croire plus vulnérables qu’ils ne le sont réellement, en plus de renforcer cette idée dans l’esprit de la population. Le côté positif de cette situation, c’est qu’on a pu se rendre compte de notre âgisme institutionnel!», déclare M. Baillargeon.

Prendre conscience

La première chose à faire quand on veut faire changer des comportements en société, c’est d’aider la prise de conscience. Prendre conscience des situations ou des comportements où l’on dénote de l’âgisme. Il est donc important et nécessaire d’intégrer la définition de l’âgisme afin de demeurer vigilants. Peut-être acceptez-vous des gestes ou des comportements que vous seriez supposé refuser? Comprendre les manifestations, les identifier, les dénoncer aideront ensuite à éduquer les autres face à l’âgisme.

L’âgisme n’est pas toujours violent, malveillant ou négatif

Une caissière qui parle fort à un client aîné fait de l’âgisme dit « bienveillant » puisqu’elle suppose que tous les aînés ont des problèmes d’audition, alors que la personne n’a pas nécessairement besoin qu’on parle fort à cause de son âge. On doit l’avouer, cette personne agit de façon bienveillante puisque le but est de prendre soin de la personne et non pas de rire d’elle. Ça demeure quand même de l’âgisme, car sans avoir pris le temps de connaître la personne, on l’a placée dans une catégorie.

«L’amour, la sexualité, le libre arbitre, la curiosité, la soif de justice sociale et climatique: ces thèmes continuent de vivre chez les personnes aînées. Mais c’est comme si la fragilité et la maladie qu’on associe à l’âge gomment toutes ces dimensions.» — Dany Baillargeon, chercheur et directeur du projet GIRÂ

Dans notre société, le ton infantilisant est souvent utilisé lors d’une discussion avec un aîné. Ça aussi, c’est de l’âgisme puisqu’on entretient l’idée que la personne aînée ne peut s’occuper d’elle-même seule, qu’elle est fragile et qu’elle a besoin que l’on en prenne soin. On la dépossède alors d’une liberté d’action. Tout ça doit changer, et ça commence maintenant!

Représentation négative dans les médias

M. Baillargeon poursuit: «Dans les médias, on a un gros travail à faire pour avoir plus représentations positives et diversifiées d’aînés, car encore là, la représentation que l’on nous sert est soit le grand-parent “gâteau” et réconfortant, ou la personne âgée grincheuse, malade, perdue, alors qu’il y a plein de types de grands-parents. Aussi longtemps qu’on ne dénoncera pas l’âgisme, les gens qui font partie de ces groupes croiront qu’ils doivent se conformer à cette image figée. On doit s’affranchir des stéréotypes qu’on entretient depuis trop longtemps!

Lors de nos différentes initiatives, dans nos tables rondes, par exemple, les aînés présents mentionnent à quel point ça leur fait du bien de voir des représentations diversifiées positives décomplexées. De voir des aînés vivre leur intimité, avoir du charme, être beau et dans la séduction. Il est nécessaire de voir la diversité culturelle et de sortir de la seule image de l’aîné en résidence qui attend de la visite. Ça existe, malheureusement, mais il n’y a pas que ça. Nous n’avons pas une vision idyllique du vieillissement, mais il est nécessaire d’arrêter de taire ce qui est positif», conclut M. Baillargeon.

Voilà une mission qui nous interpelle et qui nous donne envie de briser encore plus les tabous et d’abattre les barrières! Et si on le faisait ensemble, chères Radieuses?

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Pour lire d’autres articles pertinents et nécessaires sur le sujet: https://rompreaveclagisme.ca

*GIRÂ est portée par le Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et développée par une communauté de chercheurs et chercheuses, d’associations pour les aînés, de citoyennes et citoyens aînés, d’étudiantes et d’étudiants.
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