Jamais seule…

On ne peut faire autrement que de penser à la mort par les temps qui courent. Chaque jour a son lot de décès, plus tristes les uns que les autres; de la grand-mère de 95 ans à la jeune mère de 33 ans, c’est d’une grande tristesse.

Je n’ai jamais été trop obsédée par la mort. On sait tous que l’on va mourir un jour, mais à quoi bon trop s’y attarder alors qu’on est bien en vie. Mais en ce moment, les choses sont différentes; j’ai l’impression que la mort rôde autour de nous.

La fête des Mères m’a amenée à penser à ma mère, bien entendu. Elle n’est pas vraiment morte seule; mon frère était tout à côté à attendre que les médecins la réaniment, mais en vain. On naît seule, oui, quelque part, mais notre mère est bien entendue avec nous, c’est elle qui nous amène dans la vie. C’est pourquoi je me dis qu’une mère ne devrait jamais mourir seule (pas plus qu’un père), mais comme c’est elle qui nous donne la vie, j’ai la ferme conviction qu’une mère devrait mourir auprès de ses enfants.

Ces enfants que nous avons portés, dans notre ventre, dans notre cœur, dans notre tête tout au long de notre vie. S’il y a une peine qui reste pour toujours dans nos cœurs, c’est bien celle de la mort de sa maman.

Moi, ma maman était très présente dans ma vie, dans notre vie. On la voyait chaque semaine, chaque semaine de relâche, chaque vacance d’été; elle était avec nous. Cet été 1999, elle n’est pas venue; elle faisait la tête : « Ah non, je vous laisse en famille. » Bon, d’accord. Arrivée en Floride, je l’ai appelée et j’ai bien senti qu’elle avait un petit cafard. Elle regrettait, je regrettais de ne pas avoir insisté assez. Elle était seule et ça, ma mère détestait. Elle vivait seule depuis la mort de mon père et elle en souffrait.

Seule pour manger, seule pour dormir, seule pour marcher quand t’es pas solitaire, c’est très moche. Je le comprends mieux aujourd’hui; j’étais tellement occupée à l’époque que je ne comprenais pas son ennui. Maintenant, je sais que moi aussi j’aurais de la difficulté à vivre seule. Si j’y suis confrontée, je devrai l’accepter, mais…

Ma mère ne voulait pas mourir, elle aimait la vie, même seule finalement. Mais, il y avait nous ses enfants qui tentaient de la laisser seule le moins souvent possible.

Finalement, au lendemain de mon arrivée en Floride, elle est morte, comme ça, presque seule, alors que la veille elle était là bien vivante.

Ma mère disait qu’elle ne voulait pas mourir parce que nous allions trop lui manquer. Pauvre maman, je te comprends tellement.

La mort de notre mère est non seulement le premier chagrin que l’on pleure sans elle, mais c’est comme si pour la première fois, on est nous aussi seule. Parce que la seule personne qui nous aimait inconditionnellement n’y est plus.

Parce que nous serons seule à savoir qui a été cette mère qui, quoiqu’imparfaite, nous a aimés, élevés, pardonnés. Une mère souvent seule à bien des égards.

Devant la mort, nous sommes seule, c’est indéniable, mais mourir seule comme sont mortes des centaines de mamans (et papas) récemment, c’est inconcevable.

À vous, ces enfants, qui n’avez pu dire au revoir à leur maman, vous n’êtes pas complètement seuls. Vous êtes seuls dans votre peine, mais sachez que les seules personnes que votre maman a aimées autant, c’est vous.

Seule une maman peut pardonner ce genre de situation.

Prenez soin de vous ❤️

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