Je ne comprends pas pourquoi j’éprouve tant de difficulté à vous parler de ce livre, alors que j’y ai consacré les dix-huit derniers mois. Peut-être est-ce parce que les personnages me hantent encore, car ils m’ont complètement absorbée durant tout ce temps. Je n’arrive pas à les quitter : je me laisse même une échappatoire à la fin, au cas où je voudrais les retrouver pour poursuivre l’écriture de leur histoire.
J’aimerais vous parler d’eux. Ils m’ont permis d’explorer un thème qui nous touche tous à des moments charnières de notre existence : la solitude. Elle se décline en presque autant de formes qu’il y a d’individus : il y a la solitude qui nous apaise, celle qui nous désespère, celle qui nous inspire, celle qui nous tue. Souvent, les événements les plus marquants sont ceux où la solitude est notre unique compagne. C’est ce qui est arrivé à mes personnages.

Nous vivons une époque complexe. Les modes de communication entre nous sont plus nombreux et plus accessibles que jamais, et pourtant, il me semble qu’il y a une multiplication de barrières qui nous divisent. Submergée par le flot d’informations qui m’assaille à toute heure du jour, je me sens impuissante face à la détresse des populations décimées par la barbarie de la guerre, par les injustices et l’intolérance qui ne cessent d’empoisonner les débats. L’inégalité d’accès à l’éducation, à une alimentation saine et aux soins médicaux crée une atmosphère d’inquiétude, même chez les plus jeunes. Tout ce chaos m’a donné envie de retrouver une simplicité plus grande, semblable à celle de mon enfance, où les liens se tissaient dans l’instantanéité et n’étaient pas étalés sur Instagram. C’est ce sentiment de nostalgie qui m’a poussée à écrire ce roman. Il met en scène des gens d’ici, mais qui pourraient tout aussi bien venir d’ailleurs. Il raconte l’évolution, parfois ardue, de personnages qui s’efforcent d’améliorer leur existence. Ils ne possèdent que les ressources qu’ils ont acquises au fil de leurs expériences, mais ils sont prêts à prendre des risques pour y parvenir. C’est une aventure profondément humaine qui les ramène à l’essentiel. L’opportunité offerte est simple, mais il leur faudra du courage pour s’y engager pleinement.
“ Lucien a tout perdu : son entreprise, ses repères, ses habitudes… et peut-être même l’envie de vivre. Jusqu’à cette matinée précise, dans ce café animé, où tout s’apprête à basculer.
Autour de lui se croisent des vies cabossées : un homme hanté par un drame, un écrivain en quête de sens…
Et si toutes ces solitudes pouvaient se rencontrer, s’apprivoiser et se réparer?
Une histoire humaine et fragile, où chaque rencontre pourrait tout changer… ou tout briser.”
Avant de m’installer à mon bureau pour écrire, j’ai vécu une période étrange. J’avais besoin de désencombrer mon espace de travail, mais aussi de lenteur. J’ai agi comme mon chat, qui avait jeté son dévolu sur ma table à dessin pour y flâner ses après-midi. Il tournait en rond, faisait des allers-retours, s’étirait et cherchait le rayon de soleil le plus chaud, celui qui tracerait le plus grand carré de lumière sur la surface dépouillée de mon fouillis habituel. Il se redressait soudainement, donnait un coup de patte nonchalant sur mes crayons qui roulaient jusqu’au bord de la table. Une fois satisfait, il bâillait et s’allongeait, toujours aux aguets, avant de lentement fermer les yeux. Mon bureau a aussi déménagé au moins trois fois : d’abord plus près de la fenêtre, puis plus loin, et finalement devant. Ensuite, il m’a fallu plusieurs jours pour construire la maquette de l’immeuble dont il est question dans ce roman. Je pouvais désormais imaginer les personnages dans leurs appartements, et les scènes se présentaient à moi avec une clarté étonnante. Chacun des personnages avait son histoire personnelle, je n’avais qu’à les laisser parler.

Les Pérégrins est un roman choral qui se penche sur la solitude et le besoin de soutien humain. Un groupe hétéroclite se retrouve forcé de cohabiter et de former une famille improvisée. C’est à la suite d’un événement tragique que l’immeuble devient un espace de vie où chacun peut se retrouver et se reconstruire. L’histoire met en scène Gisèle, qui souffre de la maladie d’Alzheimer, et son mari, qui s’efforce de préserver les souvenirs partagés. Laurie espère le retour de son conjoint, tandis que Marie, âgée de huit ans, ne vit que pour celui de son papa. Ginette cherche justice et vengeance, tandis que Luca, musicien talentueux, tente de surmonter le décès de sa femme. Paul a abandonné ses rêves pour faire plaisir à ses parents, il ose rêver à nouveau mais aura-t-il le courage de poursuivre ses aspirations? Enfin, Camille, qui a subi de la violence et a survécu à la rue, se réunit avec son frère Lucien après vingt ans d’absence.
Nous sommes tous des pérégrins, mais c’est lorsque notre force réside dans notre détermination à être présents les uns pour les autres et à notre décision de collaborer que chacun peut s’épanouir.

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Marielle




