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Romans : six pour le prix d’un!

J’ai six œuvres littéraires pour vous ce mois-ci. Six livres de toutes les couleurs de plume, de tous les styles, de tous les âges. N’aie pas peur de la nuit est une œuvre achevée et révélée par Naïm Kattan, un homme de 91 ans. Un espace entre les mains est la première œuvre d’Émilie Choquet, et sûrement pas la dernière. De synthèse de Karoline Georges vient étonner le lecteur par cette histoire qui tranche dans le gras de l’image virtuelle. Le poids du sac nous ramène sur terre, ce que Philippe Machinot fait avec mille questions et une quête amoureuse. Un autre vétéran, pas né de la dernière pluie, je parle de Serge Bouchard qui nous entretient à mots ouverts, dans L’allume-cigarette de la Chrysler noire, de thèmes existentiels. Visions de Manuel Mendoza d’Alain Beaulieu s’invite dans nos vies l’espace d’un deuil qui fait apparaitre ce qui était occulté.

N’aie pas peur de la nuit de Naïm Kattan

Un roman d’amour, un autre me direz-vous, mais qu’à cela ne tienne, l’amour est une quête jusqu’à nos derniers jours et ce roman nous en convainc. Un homme et une femme qui se sont aimés se retrouvent trente années plus tard. On assiste à ce deuxième début qui se déroule tout en lenteur et en douceur. J’ai retrouvé chez cet auteur, que je lisais pour une première fois, une capacité hors du commun à disséquer l’amour. Chaque élan ou recul dans le nouveau couple est scruté, analysé, exposé à la fine pointe d’une plume des plus expérimentées.

Un espace entre les mains de Émilie Choquet

Premier roman, première grossesse, premier accouchement, premier bébé. Cet espace entre les mains accueille une petite fille que j’ai imaginée toute en tendresse. C’est moi, la lectrice qui lui fait cette place, car la maman, elle, est aux prises avec un engorgement d’émotions. Un trop-plein qui, mystérieusement, ne passe pas. Tout le monde a déjà entendu parler du post-partum, cette descente de l’énergie au fond de la cale sèche du moi. Par contre, que penser de l’ajout d’une psychose à ce bouleversement? Tentons de « contrôler » l’environnement pour y voir plus clair, quiconque le proclame, n’a jamais tenu de poupon hurlant dans le creux de son bras. Cris, et biberons, et couches, et bercements, ces gestes à répétition qui tuent la créativité. C’est la répétition qui mine le moral de cette jeune maman enfermée dans une routine qu’elle trouve infernale. La naissance d’un bébé, c’est grandiose, c’est vrai, mais le changement de couple à famille, c’est gigantesque. Pour ce premier roman, l’auteure a beaucoup élagué, on ne peut en aucun cas l’affliger de longueurs. Textes concis et percutants, se lit trop rapidement.

De synthèse de Karoline Georges

Étrange roman qui, sur le coup, m’a fait avancer à tâtons. Et puis, de page en page, j’ai réalisé ô combien ce roman était intelligemment conçu. On y aborde l’image virtuelle frayant aux côtés de l’image d’un corps réel, ancré dans sa réalité tangible. Le personnage principal, fanatique de l’univers de l’image, a une mère et un père avec lesquels la conversation est caduque. Nous la verrons devenir une mannequin, sans passion pour son métier, mais beaucoup pour l’image. Lorsqu’elle quittera le métier, elle se retranchera de toute vie sociale. Elle en ressortira un certain jour pour veiller sa mère à l’hôpital tout en menant des expériences complexes sur son avatar qu’elle désire parfait. Dans ce roman, l’image exulte et l’on dépasse à cent milles à l’heure l’adage « Sage comme une image ». Roman qui a été abondamment primé.

Le poids du sac de Philippe Maschinot

Le choc d’une peine d’amour, une entreprise qui va droit à la faillite, il n’y a que la vie paternelle qui comble cet homme qui décide d’arrêter le cours de sa vie courante pour aller marcher. On s’imaginera facilement que c’est sur le chemin de Compostelle, mais sans jamais qu’il ne soit nommé. Que l’on me pardonne, j’ai abondamment lu sur ces marches qui se veulent salvatrices. Si j’ai lu le roman jusqu’au bout, c’est qu’il était assez unique et, surtout qu’il m’a évité les écueils des pieds du marcheur. Paraitrait-il que l’homme connaissait des trucs pour que ses pieds passent au travers de ce chemin casse-pied! Le parcours du marcheur est empoigné par un style dynamique et on fonce coûte que coûte. À répétition, il pose des questions à l’univers. Lui répondra-t-on? Comme dans le cas de tous ces romans sur la marche, interrogeant le sens de la vie, ce récit se présente comme une parenthèse nécessaire où l’on se retrouve, au retour, nettoyé et prêt à reprendre du collier.

L’allume-cigarette de la Chrysler noire de Serge Bouchard

Ce livre classé parmi les essais est teinté d’une couleur qui couvre tout : la voix grave du grand conteur qu’est notre Serge Bouchard national. Ce sont des entretiens qui, sous le couvert d’un dialogue amical, abordent de grands enjeux de société. Je dis « dialogue », car l’auteur sait faire une place à celui à qui il s’adresse. J’ai particulièrement aimé lorsqu’il parle de son enfance, rien n’y est banal et rien n’y est moralisateur. Quiconque lit attentivement ces textes apprendra à réfléchir. Par la concision, tout au plus deux ou trois pages par thème abordé, l’essentiel ressort, comme un jus concentré qui se transforme en nectar. Cet homme étant un sage qui explore plus loin que le bout de son nez, on pourrait se sentir petit devant tant de magnanimité, mais ce n’est pas le cas. Il nous laisse de la place et on la prend. Récit à réfléchir par petites bouchées hautement comestibles.

Visions de Manuel Mendoza de Alain Beaulieu

Roman qui m’a induite en erreur à ses débuts. Installée confortablement, et plaisamment surtout, prête à entendre parler des coulisses d’une maison d’édition, je fus déjouée, car ce n’est pas le thème central. Non, il est question du mari de la fondatrice de cette fameuse et mystérieuse maison d’édition et celui-ci est en deuil de sa femme. Je précise qu’il n’est pas qu’en deuil, il est sous le choc. Qu’est-ce qui arrive lorsqu’une personne est sous le choc? Elle a des visions… Elle se met à fabuler. Elle ne prend plus la réalité pour ce qu’elle est. Cet homme, médecin de vocation, est pourtant cartésien et rationnel lorsqu’il chausse ses vrais souliers. Mais le temps d’une parenthèse, dans le but de mieux saisir qui a été sa femme, il chausse ses escarpins. Il ira vérifier, ailleurs que dans son quotidien, si ses visions ont le moindrement lieu d’être et comme on ne fait jamais rien pour rien, il ramènera une certaine jeune femme. Tout se tient, je n’ai rien à redire sur le côté plausible de l’histoire, mais n’empêche que j’ai encore la nostalgie de cette maison d’édition dans laquelle j’aurais aimé séjourner plus longtemps. Une prochaine fois peut-être, dans un autre roman qui sait.

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