Être une grand-mère.

Une grand-mère, c’est une ancienne amoureuse et une ancienne mère devenue amoureuse de ses petits-enfants. Dans chacun des rôles, il y a une complicité, une alliance à développer.

Chaque enfant naît avec les émotions de son passé utérin. Depuis la 27e semaine de grossesse et jusqu’autour du 20e mois de sa vie, le bébé construit les connexions cérébrales, mais aussi les connexions émotives qui seront la base de son unicité. Derrière le passé utérin, il y a, inscrit dans sa mémoire génétique, l’histoire de tous les autres avant lui et quelquesfois leurs fragilités. On ne peut changer l’inscription du passé, mais, en prenant soin de l’enfant avec bienveillance, on peut changer la suite de sa vie.

Les grands-mères et les enfants d’aujourd’hui sont, sous certains aspects, différents de ceux de la société d’hier. Toutefois, quelle que soit l’époque, je crois que le rôle principal des grands-mères est celui d’accompagner les parents afin d’aider l’enfant à s’adapter à ses fragilités.

Quelles que soient l’époque et la structure sociale, une bulle exempte de frustrations est impossible. Il arrive que de petits malheurs surviennent et, immanquablement, il y a des pleurs et des cris, lesquels sont les manifestations des tensions que l’enfant a besoin d’évacuer. Quand par exemple l’enfant est conscient d’avoir déçu ses parents, il peut avoir besoin qu’on s’occupe de sa déception, car, même si à nos yeux d’adulte la faute est minime, elle ajoute tout de même le poids de la culpabilité dans sa jeune vie. Privilège touchant, les grands-mamans sont souvent celles qui reçoivent la peine de l’enfant et qui, devant les plus petites peines, jouent le jeu de la consolation.

Je vous raconte « l’affreuse » déception de ma petite-fille. C’était le jour de notre 50e anniversaire de mariage. La plupart des invités étaient arrivés quand ma petite-fille et ses parents sont entrés. Elle s’installe devant moi, le doigt dans la bouche, la tête baissée.

– Est-ce que tu es gênée parce qu’il y a plein de gens que tu ne connais pas?

– Non.

– Est-ce que tu boudes?

Pas de réponse.

– Mon petit perroquet d’amour, il parle habituellement. Je pense que si tu ne parles pas c’est que tu es triste?

– Oui.

– Pourquoi tu es triste?

– Par que papa et maman ne sont pas contents de moi.

– Pourquoi ils ne sont pas contents de toi?

– Par que j’ai fait une grosse crise.

– Pourquoi tu as fait une grosse crise?

– Par que je ne voulais pas peigner mes cheveux.

Oh! C’était très grave! Devant l’immense gravité de la situation, j’ai eu un petit sourire intérieur… Je l’invite donc à s’asseoir sur moi. Je la berce, affectueusement, en la serrant dans mes bras. Elle cache sa tête dans mon cou.

– Je pense, mon petit perroquet d’amour, que papa et maman ne sont plus fâchés parce que je les vois rire avec le monsieur et la dame. Elle ose un regard et se repique dans mon cou.

– Tu sais aujourd’hui, c’est une grande fête pour grand-maman et grand-papa et je suis vraiment contente que tu aies mis ta jolie robe blanche et rose et que tu aies peigné tes cheveux.

– C’est par que c’est ton mariage et que Dany va prendre des photos. Et elle le voit qui prend des photos et part se jeter dans ses bras. La peine était finie!

Je dirais qu’à cause de leur expérience de mère, les grands-mères comprennent d’emblée que les émotions de l’enfant, même les plus petites, sont toujours vraies. Je crois que les enfants peuvent trouver auprès de leur grand-maman une auditrice capable de supporter leurs petits malheurs et leurs grosses colères, sans se moquer, sans humilier, sans réprimer, sans punir. Les grands-mamans ont des antennes de tendresse et savent trouver le compromis pour soulager l’enfant des tensions qui l’habitent et qui ont provoqué le comportement fautif, les reproches et la culpabilité.

À l’âge de la parole, l’enfant acquiert ses conduites par un processus d’imitation. Pour avoir confiance en sa possibilité de s’affirmer et de dire ses émotions, il doit être certain de la confiance de son parent d’abord et de ses éducateurs ensuite. Mais il faut le dire, les parents et les éducateurs les mieux intentionnés commettent des erreurs. Toutefois, la seule faute qui soit grave, c’est de laisser les émotions d’un enfant sous silence. Jusqu’à ce que l’enfant puisse avoir suffisamment de maturité pour se pardonner et se consoler lui-même, il a besoin de quelqu’un, acquis à sa cause, qui prendra la parole en son nom et tentera de réparer sa souffrance. Je dirais qu’alors le rôle des grands-mamans est d’être disponible pour accueillir la peine que les parents ou les éducateurs n’ont pas pu consoler, car la souffrance d’un enfant ne sait pas attendre. Elles ont ce rôle d’écouter l’enfant qui se confie et, tout en tendresse, de lui apprendre à dédramatiser et à faire face à ses émotions. Chaque fois que grand-maman écoute patiemment les paroles de l’enfant et qu’elle lui parle avec indulgence et compassion, elle le répare. Je crois que les grands-mamans peuvent participer à soigner les blessures de l’enfance.

Pour les grands-mamans, la seule façon d’être avec un enfant est de s’adresser à lui comme on le ferait avec un invité qui ne connaît pas nos habitudes de vie. Sentir la confiance de grand-maman peut apprendre à l’enfant la manière de faire qui, plus tard, lui permettra de réparer ses blessures et celles qu’il aura pu causer aux autres. Les grands-mamans ont à préserver leur confiance en l’avenir et pour ce, il s’agit seulement de faire alliance avec l’enfant. Les grands-mamans n’ont pas le rôle éducatif, mais le rôle affectif.

Claudette Rivest

7 commentaires
  1. C’est un beau et bon texte plein de vérité mais je ne suis pas d’accord avec le début . Une grand-mère n’est pas nécessairement une ancienne amoureuse et surtout pas une ancienne mère . L’amour de ses petits- enfants est un amour différent et puissant qui s’ajoute à d’autres amours .

    C’est mon humble avis

  2. L’humble avis que vous exprimez est tout à fait vrai… Comme vous le dites, c’est un amour différent qui s’ajoute à d’autres amours. Mon point de vue en est un parmi d’autres. Quel que soit notre avis sur ce qu’est une grand-mère et sur la manière d’aimer nos petits-enfants, une chose est certaine on les aime! Merci madame Patry-Lisée d’avoir laissé un commentaire. Au plaisir. Claudette Rivest

  3. J’aimerais bien savoir de quel coin de notre beau pays vous demeurer,Je porte le même nom que vous ,et dois être honnête ,Je le dis à mes amies que ce n’est pas moi qui signe ce beau texte.

  4. Bonsoir pour ma part ce texte est magnifique et dit vrai .Je suis Grand Maman et c,est le plus beau cadeau que j.ai eu de ma vie .Merci et à bientôt Miss Claudette…….

  5. Bonjour magnifique ton texte comme toujours .Je te connais et je sais que pour toi une grand maman c.est comme tu dis merci pour ce beau partage …..

  6. Très beau texte ! On ne peut imaginer tout cet amour de grand – mère que lorsque on le vit vraiment pour la première fois . Dix neuf mois déjà , quel bonheur !

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