La magie de la lumière et des couleurs

Quitter l’ingrate saison d’hiver! Un séjour sur une plage pour oublier les jours sans lumière et sans couleur. À Cabarete, de la couleur plein les yeux : les planches à voile multicolores, les plages de sable doré, la mer turquoise, les bougainvilliers roses accrochés aux fenêtres et aux murs. Que de la beauté!

À cette heure où le ciel nocturne s’effaçait, la sentinelle de surveillance de nuit s’éteignait et, comme tous les matins, un travailleur s’affairait à gratter et à nettoyer la grève et à faire une inspection de routine. La plage était déserte et ça sentait la cuisson du pain.

Dès les premières lueurs du jour, notre chambre s’illuminait. De notre fenêtre, le soleil se glissait jusqu’au lit; il était déjà si ardent qu’il fallait fermer les persiennes. Après la journée à la plage, je m’empressais d’ouvrir les volets; la crémone de fer forgé grinçait et dans l’encadrement de la fenêtre, je récupérais la plus belle lumière qui soit et le bruit de l’océan.

Au retour de voyage, le contraste entre l’été et l’hiver a été brutal. Ce fut le choc! Où était passée la belle clarté qu’il y avait, il y a quelques heures, dans ma tête? Ici, que des couleurs ternes et une lumière brouillée. Que des couleurs incompatibles avec ce que je venais de quitter. Qu’un décor urbain d’où émanaient un grand ciel blafard, une mer de neige grisâtre et des rues sales. Ici, il n’y avait pas la rumeur calmante des vagues, juste le bruit agressant des voitures. Finie la chaleur du soleil, le froid me glaçait jusqu’aux os. Je ne voulais pas partir en voyage et voilà que j’avais envie d’y retourner.

Devant cette cruelle réalité, mon humeur était en chute libre. J’ai aujourd’hui la conviction que la lumière et ses couleurs ont, sur mon état physique et psychologique, un subtil et invisible effet. Je le constate : la beauté donne de l’énergie pour faire face à la vie et, plus encore, elle donne du bonheur. Je n’ai que le choix d’attendre que la vie enfouie sous la neige réapparaisse avec la magie des couleurs du printemps.

Avouer être influencée par le non mesurable a un petit quelque chose de gênant. Les phénomènes difficilement observables paraissent irrationnels aussi, j’ai voulu emmêler à mes propos légers et personnels sur les couleurs, quelques considérations plus rigoureuses tirées d’études scientifiques.

Question de couleur, chacun a ses préférences et ses affinités particulières, mais aussi ses aversions naturelles. Personnellement, le rose qui est la couleur de plusieurs fleurs est ma couleur préférée. Au contraire, je n’ai aucune attirance pour le bleu et encore moins pour le vert; quelles que soient leurs nuances, je ne les choisis jamais, ni pour les vêtements ni pour les murs. Je n’aime que le bleu du ciel et les verts vivants des végétaux et de la nature, mais je suis tout de même « verte de jalousie » devant les yeux pairs de mon ami.

Dans mon jardin, il y a une petite roseraie et des plates-bandes de fleurs exclusivement dans les tons de rose. À la fin de l’été, afin de ne pas « avoir grise mine » tout l’hiver, je garde à vue, dans les pièces principales, des bouquets de géraniums à fleurs roses; je sauvegarde ainsi mes humeurs et l’espoir que refleurisse le printemps.

Le printemps a ce quelque chose d’indicible qui ranime non seulement la vie végétative, mais régénère la vie des humains. Sa lumière et ses couleurs sont une recharge gratuite d’énergie. Quand arrive enfin le mois de mai, le plus beau mois de l’année, j’ai envie d’ouvrir les fenêtres. Me réveiller aux couleurs rosées du petit matin me donne l’élan de débuter, joyeusement, ma journée. Et j’attends le doux temps des roses. Homère, le poète de l’Antiquité, a joliment nommé l’aube : « L’aurore aux doigts de rose. »

« La terre est bleue comme une orange » a écrit Paul Éluard. Dans la nature, les pigments bleus sont ceux qui sont les moins nombreux. Le bleu est la couleur qui se dégrade le plus rapidement. La Vierge est drapée de bleu et, selon l’expression consacrée, les nobles du XVII et XVIII siècles auraient, parbleu, le « sang bleu ». Les Schtroumpfs sont bleus et la grenouille bleue de la chanson de Brassins existe vraiment en Amérique du Sud. L’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies ont opté pour que les soldats de la paix portent des Casques bleus. Dans le langage populaire, on appelle les jeunes recrues des « bleus ». Dans les couveuses des maternités, pour traiter la jaunisse des bébés, on utilise la lumière bleue; elle est toutefois jugée nocive pour la vue, c’est pourquoi on protège leurs yeux. Pour cette même raison, on conseille de placer un filtre devant les téléphones, les écrans d’ordinateurs et autres outils numériques. Dans une chambre à coucher, le bleu est une couleur qui initie le calme, mais on y a tout de même parfois les « blues ».

Le grain de pollen, qui est la cellule génératrice mâle, est jaune. Le miel jaune doré est pour Virgile, l’aliment antimicrobien et antifongique par excellence. Le jaune et l’orange sont des couleurs ensoleillées, joyeuses, énergisantes qui stimulent les échanges. Pour les personnes enclines à la déprime, le jaune tonique est la couleur recommandée dans les pièces à vivre. Toutefois, il vaut mieux utiliser les tons de jaune citrouille, jaune citron, jaune banane à petite dose, car, même s’ils sont associés à la vitamine C, en employer en abondance peut avoir l’effet d’un sirop expectorant. Les déclinaisons de jaune et d’orange sont à éviter dans la chambre à coucher des personnes qui peinent à s’endormir.

Le rayon le plus tonique du soleil, que l’on dessine toujours jaune, est pourtant rouge. La plupart des animaux, dont les chats et les chiens, ne voient pas le rouge. Le rouge est la couleur de Noël, de la Saint-Valentin, de la passion et de l’amour. Néanmoins, malgré l’amour, il arrive qu’on devienne « rouge de colère. »  Au Moyen Âge, on enveloppait les varioleux dans des couvertures rouges et, dans les cas de rougeole, on plaçait les malades dans une chambre aux rideaux rouges. Des études mentionnent que le rouge augmenterait de 5.8 % l’activité bioélectrique dans le corps. Dans une pièce peinte en rouge, la température ressentie s’élèverait de 3 ou 4 degrés. Le rouge apporte de la chaleur. C’est donc la couleur parfaite pour réchauffer nos hivers!

Le vert est un mélange de bleu et de jaune. On suppose que la première cellule vivante fut une cellule verte. Le vert est associé à la régénération de la nature; il est synonyme de croissance et de vie. Certains d’entre nous ont le « pouce vert. »  Dans plusieurs contes de sorcières et de démons, les animaux sont verts : grenouilles, serpents, sauterelles. Hulk devient « vert de rage. » À la lumière, le vert est la première couleur à s’effacer sur les photographies. Pour les comédiens, le vert a la réputation de porter malheur! Le vert a tout de même les qualités de ses défauts : il a « le feu vert » pour être utilisé dans les endroits bruyants, car il ferait baisser la pression sanguine. Les écologistes en ont fait la couleur de leur logo. Mesdames et messieurs les enseignants, lorsqu’il s’agit de souligner les erreurs des écoliers, vos commentaires pourraient être écrits en « vert espoir ».

De nombreuses couleurs tirent leur nom de fleurs et de fruits. Le violet, c’est la couleur de la modeste violette des bois. Le violet est la dernière couleur à l’extrémité du spectre visible de l’arc-en-ciel, soit entre le visible et l’invisible. Au-delà des violets, se situent les ultraviolets qu’on appelle aussi lumière noire. Depuis les années 60-70, le violet est devenu la couleur des mouvements de libération homosexuelle. Avec le rose, les déclinaisons de magenta, de fuchsia et de pourpre sont parmi mes teintes préférées.

Le gris est synonyme de nostalgie : « La nuit, tous les chats sont gris. » L’intelligence est une « matière grise. » Certaines plantes sont recouvertes d’un épais duvet gris qui renvoie la lumière leur évitant ainsi de brûler leurs feuilles. Lorsque l’on a trop bu, on a « grise mine »; cependant, plus rien ne nous ennuie et l’on dit alors qu’on est « gris ».

Le blanc est la réunion de toutes les couleurs. Pourtant, dans le vocabulaire, le blanc est associé aux expressions de manque : « une page blanche, une nuit blanche, un chèque en blanc, avoir un blanc ». Le drapeau blanc est universellement reconnu comme le symbole d’un désir de paix. Dans les maisons, pour peindre les murs et les plafonds, c’est le blanc qui est le plus souvent utilisé. Lorsqu’il s’agit d’une pièce de travail, les experts le mettent au banc des accusés, car sa brillance causerait, au fil du temps, une augmentation de la fatigue conduisant à une baisse de performance. Les études mentionnent que, contrairement au rouge, le blanc abaisserait la température de l’environnement de travail de 20 %. Son bon côté, c’est qu’il réduit jusqu’à 23 % la consommation des climatiseurs.

« La reine des couleurs, c’est le noir » a dit Pierre-Auguste Renoir. Le ciel de nuit est noir et il y a l’inquiétant trou noir créé à la mort d’une étoile. En mode, la petite robe noire passe-partout est synonyme d’élégance. Au karaté, il y a la ceinture noire et sur les pentes de ski, les affiches noires évoquent la glace et le danger. Les pieuvres excrètent un nuage noir lorsqu’elles se savent en danger. Il y a la « boîte noire » qui contient les tristes récits des accidents d’avion; il y a aussi « le marché noir, la liste noire et le travail au noir ». Il y a les notes noires surplombant les notes blanches, les clichés en noir et blanc, l’encre noire sur le papier blanc, le yin et le yang, le corbeau et la colombe et les rayures du zèbre. C’est l’inséparable lien entre le noir et le blanc.

Je ne veux pas briser des rêves et être un noir « oiseau de malheur », mais, à vivre sans lumière, on peut avoir des « idées noires ». C’est peut-être une idée brillante que de se faire le cadeau d’apprécier l’incomparable beauté des couleurs.

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