Quand j’ai reçu mon diagnostic de cancer du sein en mars 2020, je savais qu’affronter ce parcours serait difficile.
Je me suis donc accrochée et préparée à la chirurgie, à la chimiothérapie, à la perte de mes cheveux, à la radiothérapie, puis à une année de traitement ciblé contre le HER2+, une forme plus agressive de cancer du sein. Je savais que ce serait exigeant. Je savais que mon corps allait en porter les marques et en prendre un coup. Je savais que j’aurais besoin de courage.

Pendant ce dur moment, j’ai été portée, presque enveloppée par mes enfants, mes amis, ma famille. Chacun fut présent à sa façon et m’a tendu la main. Bien que pendant cette période de confinement j’ai traversé mon parcours de soin seule. Je n’ai jamais été seule.
Mais personne ne m’avait vraiment parlé de ce qui viendrait après.
Puis arriva ce jour tant attendu. Celui où les traitements se terminent. Celui où l’on entend enfin : « C’est fini. » « Tu es passée au travers. » « Tu vas pouvoir tourner la page. » « Le pire est derrière toi. » Ce jour où les proches respirent enfin, où l’équipe soignante sourit. On célèbre la fin du combat.
Et pourtant, ce jour-là, une autre traversée commence. Une traversée silencieuse et invisible. Une traversée qui ne laisse pas de cicatrices apparentes, mais qui s’inscrit profondément dans le corps, dans le cœur et dans l’esprit.
Lorsque les rendez-vous ne remplissent plus notre agenda, et que chacun reprend le cours de sa vie, la solitude et le silence s’installent.

Et c’est dans ce silence que l’on se retrouve seule. Seule à sursauter avant un examen de contrôle. Seule à interpréter chaque nouvelle douleur comme un possible retour de la maladie. Seule à ne plus reconnaître son corps et à faire le deuil de la femme que l’on était. Seule à se demander si l’énergie, la concentration et l’insouciance reviendront un jour.
Depuis cinq ans, je fais partie de l’équipe de paires aidantes de la Fondation du cancer du sein du Québec. J’ai le privilège d’échanger avec des femmes qui me confient leurs peurs, leurs doutes, leurs découragements, leur solitude. Des femmes qui vivent ce que j’ai appelé « l’abandon de l’après ».
Depuis toutes ces années, au fil de nos discussions, j’ai compris que nous traversions toutes les mêmes tempêtes : la peur de la récidive, la fatigue qui s’invite au beau milieu de la nuit, les douleurs liées à l’hormonothérapie, le brouillard cognitif, l’impression de ne plus se reconnaître, le désir qui s’estompe.
Et ce sentiment que, puisque les traitements sont terminés, il faudrait maintenant bien aller. Comme si l’après-cancer avait, lui aussi, une date de fin.
J’ai compris aussi ce grand silence qui se blottit au cœur des femmes. Ce silence qui les pousse à cacher leurs peurs et leurs douleurs pour ne pas inquiéter leurs proches. Ce silence qui leur fait croire qu’elles sont peut-être les seules à vivre ces états.
Il manquait des mots. Des mots pour nommer cette autre traversée. Des mots pour dire la fragilité qui persiste, l’équilibre qui vacille, la peur qui fait encore trembler. Des mots pour raconter l’invisible.
C’est pour cette raison que j’ai écrit L’après-cancer du sein – Ce que personne ne dit après le rose…

Pour mettre des mots sur ce silence et cette solitude de l’après dont on ne parle pas.
Depuis sa récente publication, je reçois des témoignages de femmes qui se reconnaissent dans ces pages, qui découvrent qu’elles ne sont ni faibles, ni anormales. Des femmes qui sont rassurées de ne pas être les seules.
Chaque fois que je lis leurs messages, je sais pourquoi j’ai écrit ce livre.
Parce que mettre des mots sur ces maux invisibles que l’on n’arrive pas à expliquer aux autres, ni même à soi-même, apaise.
Parce que derrière chaque diagnostic, une fois les traitements terminés, il y a une femme qui a encore besoin d’écoute, de compréhension et d’espoir.
Parce que l’après-cancer du sein est une autre traversée. Une traversée longue et déroutante.
Mais une traversée que, maintenant, nous n’avons plus besoin de vivre seules.
Diane Daniel





