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Bienvenue dans l’énergie de Claudine Roy!

Athlète, aubergiste, cuisinière hors pair, traiteur au cinéma, pêcheuse, agent d’artistes, politicienne, comptable, entrepreneur, fondatrice des traversées de la Gaspésie (TDLG), présidente de l’Association restauration Québec (ARQ)… suivre Claudine Roy, c’est une mission impossible. Mais comme elle dirait : À l’impossible, nous sommes tenus!

Crédit photo : Nathalie Mongeau

Bienvenue dans l’énergie de Claudine Roy!

À peine arrivée dans sa chambre d’hôtel où je la rejoins pour l’interviewer, elle me dit : OK, GO!

Avec Claudine Roy, pas de temps à perdre, on passe en mode action!

— Dis-moi Claudine, je te présente comment?

Gaspésienne pure laine, fille de bord de mer, amoureuse de l’humain, des grands espaces, de la nature qui m’a vu naître. C’est ce pays de Gaspésie qui me drive tout le temps, depuis l’enfance à aujourd’hui.

— Tu te définis donc comme Gaspésienne, et non pas comme entrepreneure, ou présidente des TDLG, par exemple?

Moi je vis. Je suis une vivante. Je pense que je suis une femme d’amour, de passion.

— Tu commences à Ottawa?

Depuis toute petite, je voulais être un professeur d’éducation physique! Toute mon enfance, j’ai bougé et quand un jour j’ai su qu’on offrait un cours à l’Université d’Ottawa avec une spécialisation plein air, je me suis dit GO… Je ne speakais pas beaucoup l’English, mais un rêve, ça se réalise!

J’ai toujours travaillé, tu le sais, je viens d’une famille pauvre alors il fallait toujours que je sois indépendante financièrement, c’est pour ça que j’allais pêcher avec mon grand-père. Je ramassais les bajoues, les cœurs de morue, c’était très prisé, c’est comme du foie gras, j’allais ramasser des petits fruits avec ma mère qui préparait ses confitures pour l’hiver. Quand elle avait tout ce qu’il lui fallait, elle me permettait de les vendre à mes tantes. Là, ça me faisait des sous à moi.

Il y avait une salle de danse à l’époque à Pointe-à-la-Frégate, je me levais à 2 h 30 le matin, lorsque la salle de danse fermait, et j’allais récupérer les bouteilles vides. Il fallait que je fasse vite avant que les autres arrivent! Mon grand-père m’avait bâti mon cabarouette, c’était comme ça que je l’appelais, un espèce de wagon à roulettes…

— Une contraction de cabaret et brouette?

Je partais avec mon cabarouette et je ramassais les bouteilles vides pis j’allais les vendre une cent la bouteille!

On ne devient pas entrepreneur, on naît entrepreneur. J’ai toujours eu le sens-là, des affaires. Écoute, je faisais des kiosques sur le bord du chemin pour les Américains.es. Je t’ai déjà compté que je vendais de l’eau de mer aux touristes qui venaient à l’hôtel chez ma tante? J’allais leur chercher deux grosses chaudières d’eau de mer pour qu’elles se trempent les pieds. Je leur faisais faire de la thalassothérapie sans le savoir! On ne connaissait pas ça à l’époque, mets-toi il y a 60 ans passés, ben sais-tu quoi? Ils me donnaient une piasse américaine par chaudière. Hey, c’était payant en chien, pis ma tante elle avait quand même huit unités de motel. Je te dis, ça rentrait dans le portefeuille!

— Toi qui es propriétaire de L’Auberge sous les Arbres, tu as appris toute jeune le sens de l’accueil?

J’ai toujours fait ça. Chez ma tante Monique, qui avait le motel l’étoile du Nord derrière chez mes parents, je nettoyais les chambres, je désherbais, je peinturais quand j’étais très jeune et jusqu’à l’adolescence.

Quand j’ai terminé mon bac, j’ai tout de suite été engagée dans une école primaire de Hull, mais avant de prendre mon poste, je suis revenue chez nous, en Gaspésie. J’ai sauté sur mon bicycle et je suis allée camper au Cap Bon ami. Le premier matin, je sors de ma tente et tu sais comment le pays te rentre dans le corps, je me suis dit : « NON, je reste au pays ». J’ai décidé ça au Cap Bon ami dans le parc national Forillon. C’est pourquoi je suis très attachée à ce lieu. Quand ça va bien, j’y vais, quand ça ne va pas, j’y vais. Je trouve que c’est un lieu d’inspiration, de ressourcement. On se dépose au Cap.

Crédit photo : Nathalie Mongeau

— Et on s’élève aussi parfois, non?

Absolument, alors j’ai rappelé à Hull et je leur ai dit que je ne prendrais pas le poste d’enseignante. Je suis revenue chez Maman et Papa. Mais là, je n’avais pas de job et j’avais des dettes d’études. Mon dieu, mais qu’est-ce que tu vas faire ma fille?, s’inquiétait ma mère. Il y avait une brasserie qui était à Gaspé. Ils m’ont engagé comme serveuse. Des petits déjeuners à la fermeture tard en soirée j’étais partante même si les pieds me chauffaient par moment. Je travaillais sans bon sang. J’ai toute payé mes dettes d’étude en travaillant de septembre à décembre.

De plus, j’enseignais, tous les week-ends au Cégep de la Gaspésie, le plein air. J’emmenais les étudiants dans nos fabuleuses montagnes Chics-Chocs. Ski de fond, canot, rando, etc. Du plaisir à l’état pur!

En janvier, on m’a offert un poste en enseignement à Grande-Vallée. J’ai été là trois ans. Moi, enseigner 30 heures semaine, je trouvais que ce n’était pas assez. Comme il n’y avait pas de directrice de loisirs à Grande-Vallée, j’ai pris le poste. Ouvrir un club de ski de fond, montrer aux enfants à nager, partir le Festival des sucres, écoute il n’y a rien que j’ai pas faite!

Ensuite, un poste de coordinatrice Kino-Québec s’est ouvert au Cégep de la Gaspésie. J’ai postulé et obtenu ce poste sur mesure pour moi! Je te dirais que c’est là que j’ai développé la communication, j’avais une émission de télévision, des chroniques dans les journaux, radio… Plusieurs personnes sur le territoire m’appellent encore Miss Kino!! J’ai été là 12 ans et j’ai vraiment tripé. Je pourrais te raconter pendant des heures des programmes et activités qu’on a mis sur pied et qui fonctionnent toujours.

Crédit photo : Nathalie Mongeau

En 84, j’ai fait la Traversée du Québec en ski de fond; en 85, j’ai rencontré Christian (mon amour) qui est venu s’installer à Gaspé. Un garçon de Montréal qui trouvait qu’il n’y avait pas beaucoup d’endroits pour sortir, prendre un café pression et écouter de la bonne musique. Il s’ennuyait un peu de l’effervescence culturelle de Montréal. J’ai eu l’idée d’ouvrir le bistro Le Brise bise avec l’espoir d’y faire venir des musiciens et d’y produire des spectacles. Là, je me suis défoncée ben raide avec l’ouverture du premier bistro de la Gaspésie!!!

— Un travail immense de développement, avec une formule innovatrice?

On appelle ça aujourd’hui le GoFunding, ou sociofinancement : 400 personnes qui m’ont prêté chacun 2000 dollars.

— Comme ça, toute la communauté était impliquée dans ce beau projet?

Oui, tout le monde se sentait parties prenantes à l’entreprise. Chaque année, je versais les intérêts à mon monde, ou encore je faisais du troc de bouffe en offrant des coupons pour le restaurant. Depuis 6 ans, le bistro est entre les mains de Simon Poirier qui en assure la pérennité de façon formidable.

— Parallèlement à ça, tu as développé les Traversées de la Gaspésie?

À l’automne 2002, j’ai décidé de faire un coup de barre pour faire découvrir l’hiver en Gaspésie. C’est là que j’ai fondé la traversée hivernale, une semaine de ski de fond et de raquettes et la traversée bottines, une semaine de randonnée à l’automne à parcourir tous les secteurs de notre si belle Gaspésie. Un succès incroyable autant au niveau régional, national, qu’international! Et cette année, un magnifique livre, que tu préfaces d’ailleurs, témoigne de l’engouement pour la région : La Traversée des écrivains!

— Les années passent, tu réagis comment à la soixantaine?

Je n’ai pas connaissance de ça. C’est fou, hein? Quand je travaille fort sur mon terrain ou après une bonne rando de ski de fond, par exemple… le matin c’est un peu plus raide! On se l’étire! Mais aussitôt qu’on est en mouvement, la machine, elle revient, faut juste l’huiler un peu. Peut-être que je ne suis pas normale! L’âge, ça ne me dérange pas pantoute!

Crédit photo : Nathalie Mongeau

— Mais toi qui est dans la vitesse d’exécution, il n’y a même pas une petite pression ou conscience qu’il te reste un peu moins de temps?

Je reviens toujours à la base. À trois mois, j’ai fait une méningite. Quand tu vois la mort, peu importe l’âge, je pense, on dirait que c’est entré dans ta mémoire, c’est comme imprégné et ce n’est pas une affaire de spiritualité. Mais moi, aussitôt que j’ouvre les yeux le matin, je fais comme yes! et je décolle. Tu le sais, je n’ai pas peur de grand-chose, sauf du noir, et ça j’associe ça à ma mort. À 3 mois, tu sais quand j’étais sur le couloir de la mort, le médecin m’avait fait des ponctions, le Curé m’avait donné l’extrême onction… J’étais vraiment décomptée.

— Décomptée?

J’étais morte. Ma mère m’a massé à l’huile électrique à Saint Joseph, là j’ai commencé à déraidir, mes yeux sont revenus dans les bons trous, pis c’est là que j’ai rebondi. J’ai l’impression, So, que mon amour de la vie est encore plus fort. J’ai juste envie de mordre dedans. Même si ça fait 65 ans!

— Est-ce qu’il y a une percée dans un domaine que tu n’as pas fréquenté qui pourrait t’intéresser?

Moi, je me laisse surprendre, je n’ai pas de plan et comme je suis toujours sur un 360, je suis comme un scan, un radar et je suis dans l’ouverture, l’ouverture sur l’autre, l’ouverture sur le monde… Il y a des gens qui m’impressionnent, mais on est tous pareils. Que ce soit la Reine d’Angleterre, pour moi, c’est d’aller chercher cette étincelle qui est dans l’humain pour la communion. Et moi, c’est toujours la communion avec l’être. Si ça ne connecte pas, ben c’est too bad. Moi, à la base, j’aime. Je pense que je suis une femme d’amour. Et puis ceux qui me trouvent trop exagérée ou juste trop, ben, ils manquent quelque chose (rires).

Sophie en randonnée avec Claudine. Crédit photo : Nathalie Mongeau

Il arrive toujours quelque chose d’extraordinaire dans ma vie parce que j’ai de l’ouverture. Si je veux vraiment quelque chose, ça va arriver, tu comprends! L’important, c’est de rester positif, de continuer à avancer. J’ai beau me dire là je vais ralentir, mais, CÂLINE, je suis encore full projets!

Vous avez aimé cette entrevue de Sophie Faucher? Découvrez son premier texte ICI ou découvrez-la davantage ICI.

3 commentaires
  1. C’est toute une Claudine
    Toujours en mouvement c ça la Vie
    Bravo pour tout ce que tu as fais pour notre Gaspesie
    On t’aime notre tit soleil 🌻

  2. Bonjour Sophie,
    J’ai eu la joie de faire la TDLG à quelques reprises entre 2005 et 2010. Du pur plaisir et du pur bonheur. J’ai pu t’y rencontrer et j’apprécie beaucoup ton texte d’entrevue qui me fait découvrir davantage notre Claudine si énergique. Une femme de tous les talents et surtout celui d’être attentives aux autres.
    Merc pour ce beau témoignage envers cette femme unique er dévouée pour sa communauté.

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