Simonne et Adélard, là où l’amour prend tout son sens. Un bref résumé.

Écrit par

J’ai récemment eu la chance de piquer un brin de jasette seule à seule avec une de mes cousines que je rencontre habituellement uniquement dans les évènements familiaux. Un moment inoubliable au cours duquel elle m’a raconté une histoire fabuleuse qui m’a profondément touchée et elle m’a permis de vous la raconter à mon tour.

De toute ma vie, jamais je n’avais entendu une telle histoire. Elle mérite le prix Nobel de la gentillesse, de la résilience et de l’amour. Un tel prix n’existe pas, mais s’il existait, il serait décerné à de rares personnes qui possèdent assez d’humanité pour le remporter, comme Simonne et Adélard.

Simonne et Adélard.

Voici l’histoire des parents de ma cousine, mon oncle et ma tante

À 36 ans, Simonne a déjà mis au monde douze enfants, dont neuf ont survécu. Et c’est à ce moment de sa vie qu’elle devient veuve. Être maman de neuf enfants et se retrouver sans mari, avec la lourde responsabilité d’une jeune marmaille qu’il faut loger, nourrir, habiller, éduquer devient très vite un problème insurmontable pour Simonne.

« Une veuve avec enfants dépendait principalement de la solidarité familiale, de l’Église, de la charité, et de rares aides étatiques comme la Pension aux mères nécessiteuses. À partir de 1945, les allocations familiales fédérales versées aux mères ont également offert un soutien de base, bien que la précarité fût fréquente. » Source UQUAM

Pourtant, Simonne, avec son courage et sa détermination, ne fait ni un ni deux et se métamorphose en super héroïne. Debout dès l’aurore, elle quitte les bras de Morphée pour se rendre à son travail chez des gens aisés où elle est engagée comme cuisinière. Le soir et une partie de la nuit, ses mains deviennent des baguettes magiques qui transforment un bout de tissu en un vêtement digne des grands magasins ou une pelote de laine en une couverture chaude et douce, les nuits sont froides dans l’appartement mal isolé. 

Mais la tâche est énorme et son salaire est loin d’être suffisant. Elle doit placer temporairement quatre des plus jeunes enfants en attendant de trouver une gardienne et un logement plus petit et moins dispendieux. C’est l’époque où le travail des femmes n’est nullement valorisé, des salaires de crève-faim, des horaires difficiles sans aucune conciliation travail/famille, expression qui n’existe d’ailleurs même pas et personne n’y pense non plus. Simonne vit une période très difficile.

Une belle surprise

Heureusement, parfois, la magie de la vie apporte l’inattendu et le plus beau. Voilà qu’Adélard, le jeune homme du bout de la rue, vient déposer des sacs d’épicerie à sa porte.

Adélard a 32 ans. Un jeune homme d’une grande humanité, un vrai bon gars! Et, il est célibataire! 

Il a combattu en Europe au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Il en parlait peu, mais des bribes d’information fuyaient çà et là. Il semble qu’il l’aurait échappé belle lorsqu’un tir ennemi lui avait frôlé l’oreille. Par, une chance inouïe, il se retourna vers un autre soldat qui l’interpellait tout juste au bon moment pour éviter une balle en pleine tête.

On raconte aussi qu’Il aurait été, un jour, face à face avec l’ennemi, mais aucun des deux soldats n’aurait eu l’intention de tirer et les deux hommes auraient continué leur chemin.

Voilà donc Adélard, survivant d’une guerre, rentré au pays sain et sauf, un héros silencieux, qui passe presque inaperçu, et pourtant son parcours est pavé de petits miracles quotidiens.

Homme de peu de mots, Adélard a le sens subtil de l’humour, les petites blagues dans un demi-sourire sont sa marque de commerce, surtout lorsqu’il a un petit coup dans le nez! Il raconte à qui veut l’entendre qu’il avait eu une aventure alors qu’il était soldat, avec une certaine Élizabeth, surnommée Betty, qui vivait dans un château en Angleterre. Tiens donc! 

Adélard, le gars du bout de la rue, connaît la situation misérable de Simonne et en parfait gentleman, lui apporte son aide. Il apporte des victuailles oui, mais il s’occupe aussi du plus jeune enfant de Simonne qui est encore un tout petit bébé. Un homme de cœur, un vrai!

Au fil du temps, du simple bonjour aux conversations timides. D’un moment sur le perron aux soirées au salon, Adélard conquit le cœur de Simonne! Ils se marièrent et c’est maintenant à deux qu’ils vont affronter les journées parfois difficiles, les semaines, les mois et les années à venir.

Après le mariage, la vie devient un peu plus facile pour Simonne. Avoir un homme aussi gentil à ses côtés rend le quotidien moins lourd. Si bien que trois autres enfants naissent de cette union, mais seules deux filles, mes deux cousines, survivent. Simonne accouche aussi, malheureusement d’un petit garçon mort-né. Cette femme exceptionnelle aura donné la vie à quinze enfants au cours de sa vie, onze vivront.

La routine… et la vie

Tout à son honneur, Simonne insiste pour continuer à travailler, elle ne souhaite pas qu’Adélard assume toute la charge financière pour les neuf enfants issus de son premier mariage. Sa décision n’est pas sans conséquence pour elle. Elle doit exploiter au maximum sa créativité dans l’art de l’organisation. L’attribution des tâches est régie au quart de tour et toute la famille y contribue.

Sortie du lit à 4 h 30 du matin, Simonne fait une brassée de lavage dans la grosse laveuse à tordeurs, met au four les pains qu’elle a pétris la veille et qui ont reposé toute la nuit. À 6 h, elle quitte la maison pour se rendre au travail. Adélard, lui, quitte à 7 h.

C’est le laitier qui passe tous les jours qui réveille les enfants. L’arrangement est simple, connaissant les habitudes de la famille, il entre, ouvre le frigo et ajoute le lait qui manque. Ensuite, il frappe aux portes des chambres des enfants pour les réveiller et repart pour ses autres livraisons. La routine quoi!

Au réveil, les enfants connaissent déjà leurs tâches, Diane passe les vêtements propres dans le tordeur, Claudine les étend, Francine sort les pains du four et ainsi de suite. La troupe est prête soit pour l’école, soit pour le boulot.

Simonne revient de son travail vers 15 h 30, essaie de dormir un peu. C’est Adélard qui s’occupe de commencer à préparer le souper. Pendant que les filles lavent la vaisselle, les garçons, eux, s’occupent du plancher. Un balai, une moppe et un seau d’eau. Tout le monde participe, une organisation efficace.

Le soir et souvent jusqu’à très tard, Simonne, confectionne des vêtements, un pantalon pour un, une jupe pour l’autre. Elle raccommode, répare, rapièce, enfile les aiguilles et tout devient parfait. Une fée!

Oui, les tâches et obligations quotidiennes semblent lourdes et souvent ennuyantes, mais la vie de Simonne et Adélard est loin d’être monotone. La maison est pleine de rires, de joie, d’amour. Le bonheur se manifeste au détour d’un refrain fredonné, d’une blague racontée, d’un défi réussi, d’une accolade, d’une course de petites voitures dans le salon, la maisonnée regorge de vie.

La famille s’agrandit

Puis, bon an mal an, les plus vieux se marient et fondent une famille à leur tour. Mais la tâche de Simonne ne s’amoindrit pas pour autant, oh non! La maison se remplit les fins de semaine. Les plus vieux débarquent avec leur famille pour souper. Tout est prévu, les conserves sont prêtes pour l’hiver, des tourtières, pâtés et tartes sont bien entreposés au froid sur le balcon.

Il y a du monde dans chaque recoin et souvent trois tablées sont nécessaires pour nourrir tout ce beau monde. Simonne est ravie, la maisonnée rayonne. 

Et la rencontre du merveilleux ne s’arrête pas là. Qui dit, quinze, vingt personnes à table, dit beaucoup de nourriture. Simonne prévoit du surplus pour sa voisine, madame Jackson, qui peine à nourrir ses enfants. C’est ainsi que des plats apparaissent sur son perron. Ni vue ni connue, mine de rien, Simonne partage avec son prochain, simplement, sans flafla. C’est ça qui m’impressionne moi.

Simonne et Adélard, ont vécu simplement et ont travaillé très dur. Ils ont eu, malgré tout, cette chance de connaître l’essentiel, l’amour et la solidarité. La générosité et l’humilité. Face aux tempêtes, ils ont marché droit devant. Je les salue bien bas, je les admire, et malgré le fait que je les ai peu connus, je suis fière d’avoir des gens aussi magnifiques dans les branches de mon arbre généalogique.

Ceci est une histoire vraie, une page de vie magnifique du milieu du siècle dernier qui mérite d’être racontée.

Partager cet article

Autres articles de l'auteur.trice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


POUR NOS ABONNÉES VIP: AUCUNE PUBLICITÉ, CONCOURS EXCLUSIFS ET CODES PROMO!

Pour quelques dollars par mois, devenez une Radieuse VIP

Articles similaires

Mon voisin est un homme intriguant. S’il faisait du cinéma, on dirait de lui qu’il crève l’écran. Ses gestes sont lents et méthodiques lorsqu’il s’affaire…
Le silence est en train de gagner du terrain. Pas le silence paisible des Grands Lacs du Nord quand le vent tombe au crépuscule. Non.…
Je ne comprends pas pourquoi j’éprouve tant de difficulté à vous parler de ce livre, alors que j’y ai consacré les dix-huit derniers mois. Peut-être…
Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, on calcule, on répond avant même qu’on ait fini de poser la question. Tout semble aller dans le sens de l’efficacité,…
J’espère ne pas faire fuir les lecteurs et les lectrices avec un tel sujet, mais le quotidien n’est pas fait que de beaux moments. On…

Plus de concours. Plus de rabais. Moins de publicités!

L'offre VIP est maintenant disponible!