L’hormonothérapie en 7 questions

Ah! la ménopause. Je ne sais pas pourquoi on hésite toujours à prononcer ce mot là, comme si par le fait de la mentionner, elle allait nous tomber dessus! On doit toutefois se faire une raison. Ça nous arrivera toute : Bouffées de chaleur, sudation nocturne, sècheresse vaginale et problème de sommeil seront au rendez-vous.

Ces inconforts sont en grande partie causés par l’arrêt de la production des hormones ovariennes. Afin de les minimiser, environ 30% des Québécoises ont recours à l’hormonothérapie, et comme il y a un nombre incalculable d’informations qui circulent et qui sont quelquefois contradictoires, j’ai pensé vous proposer un palmarès des questions qui me sont le plus souvent posées en clinique afin de vous éclairer !

L’hormono… quoi?

Premièrement, l’hormonothérapie est habituellement prescrite pour les femmes ayant des symptômes de la ménopause modérés à graves.

Les hormones peuvent être prise par la voie orale, par l’application d’un timbre ou d’un gel directement sur la peau pour des symptômes tels que les bouffées de chaleur, sudation nocturne, insomnie, irritabilité. Quand les symptômes ne concernent pas le corps en entier mais plutôt la région génitale, les hormones sont appliquées localement. Par exemple, on peut appliquer une crème vaginale à base d’œstrogène, un comprimé ou un anneau pour rétablir l’œstrogène et diminuer la sécheresse, les démangeaisons et les douleurs durant les relations sexuelles. *

Envie d’en savoir plus ? Julie Pelletier a publié un article concernant la sécheresse vaginale. Cliquez ICI !

Un traitement d’hormonothérapie peut comporter l’utilisation de l’œstrogène seule ou d’une combinaison œstrogène-progestatif. On administre habituellement aux femmes qui ont subi une hystérectomie (qui n’ont donc plus d’utérus) de l’œstrogène seulement. Si vous avez toujours votre utérus, il vous faut une combinaison œstrogène-progestérone. La progestérone permet d’offrir une protection contre les cancers de l’endomètre (surface interne de l’utérus).

Quels sont les bénéfices?

L’hormonothérapie peut être prescrite pour traiter certains problèmes qui sont presque entièrement causés par la chute d’hormones tels que les bouffées de chaleur et la sécheresse vaginale. Elle peut aussi traiter la fatigue, les troubles du sommeil ou de l’humeur,  les changements aux habitudes sexuelles (baisse du désir et capacité d’atteindre l’orgasme) et les difficultés de la mémoire qui sont tous associés à la réduction des oestrogènes.

Pour ce qui est des fameuses bouffées de chaleur, sachez que plus de 70 % des femmes en ont à la ménopause. Cependant, la fréquence et leur intensité varient beaucoup pour chacune d’elles puisque l’origine ethnique, l’indice de masse corporelle, le niveau d’éducation, le tabagisme, l’anxiété et la dépression sont des facteurs qui peuvent influencer les symptômes, sans parler de l’hérédité qui serait également un facteur important!

Est-ce qu’il y a des effets secondaires?

L’hormonothérapie peut être accompagnée d’effets secondaires déplaisants : saignements irréguliers, rétention d’eau, maux de tête, hypersensibilité des seins et irritabilité. Il faut savoir que ces symptômes ne sont pas vécus chez toutes les femmes et qu’ils peuvent être temporaires ou être atténués en diminuant la dose. D’ailleurs, le principe de traitement est d’atteindre un bon soulagement des symptômes avec la plus petite dose possible. Toutefois, ces effets indésirables peuvent parfois amener certaines femmes à abandonner la thérapie. Il faut donc en parler à votre médecin si vous avez de tels effets.

Y a-t-il des risques associés aux hormones?

La grande étude de la Women’s Health Initiative mentionne qu’il n’y a aucun effet sur la mortalité à long terme chez les femmes ménopausées. L’hormonothérapie ne hausse ni le taux de décès ni le pourcentage de mort due à un cancer, une maladie cardiovasculaire ou autres. Cette étude s’est terminée en 2014, recueillant des données sur 27 000 femmes sur une période de 18 ans.

Tout de même, selon la North American Menopause Society, les femmes qui commencent l’hormonothérapie après l’âge de 60 ans ou encore dix ans, et surtout plus de 20 ans, après le début de leur ménopause présentent un risque absolu plus élevé de maladies coronariennes, de thromboembolie veineuse (risque d’embolie pulmonaire) et d’AVC que celles qui commencent à prendre des hormones au début de la ménopause.

Cependant, les risques liés à l’hormonothérapie dépendent aussi de certains facteurs liés à la patiente: son âge, ses antécédents médicaux personnels et familiaux. L’évaluation des risques doit donc être effectuée avec le soutien et l’aide d’un médecin de famille ou d’un gynécologue.

Est-ce vrai que le risque d’avoir un cancer du sein augmente si j’ai recours à l’hormonothérapie?

Selon la North American Menopause Society, les effets de l’hormonothérapie sur les risques de cancer du sein pourraient dépendre du type d’hormonothérapie, de la dose, de la durée de l’utilisation, du schéma posologique, de la voie d’administration, de la prise antérieure d’hormones et des caractéristiques individuelles de la patiente.

Si vous avez recours à une hormonothérapie combinée (œstrogène et progestérone) pendant plus de 5 ans,  il faut savoir qu’il y a un peu plus de risque de cancer du sein. La bonne nouvelle est que ce risque est faible et qu’il revient à la normale peu de temps après l’arrêt du traitement.

Est-ce que ça augmente les risques de maladies cardiaques?

Des données plus récentes démontrent que les femmes ayant débuté l’hormonothérapie au début de la ménopause peuvent réduire leur risque de maladie du cœur. Le taux de mortalité était réduit de 31% dans le groupe des femmes âgées de 50 à 60 ans.  Il s’agirait d’un effet protecteur.

En revanche, il y a un risque légèrement plus élevé de maladie cardiaque chez les femmes qui débutent l’hormonothérapie dix ans après le début de leur ménopause (soit entre 60-69 ans). Autrement dit, il y aurait une période plus favorable pour initier l’hormonothérapie soit entre 50 et 60 ans. Par la suite, il s’agit de peser les risques potentiels versus les bénéfices de prendre des hormones pour soulager des symptômes nuisant à la qualité de vie.

Pour réduire ce risque je vous conseille donc fortement d’abandonner vos cigarettes, de vérifier votre pression artérielle, de faire un suivi avec votre médecin quant à votre glycémie et votre taux de cholestérol. Mangez sainement et faites de l’exercice régulièrement dans le but de conserver un poids santé. Voilà de belles résolutions !

Si je souffre d’ostéoporose, est-ce que l’hormonothérapie m’aidera?

Oui! Même à court terme, l’hormonothérapie peut améliorer votre structure osseuse. La Women’s Health Initiative des États-Unis, a révélé que l’hormonothérapie était manifestement efficace dans la prévention des fractures de la hanche, des fractures vertébrales et d’autres fractures. La conférence canadienne de consensus de La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada ne la recommande toutefois pas dans le but unique de traiter l’ostéoporose. Par conséquent, si vous souffrez d’ostéoporose ET de bouffées de chaleur modérées à graves, cette option pourrait être appropriée pour vous.

En terminant, mon médecin me parle d’hormones bio-identiques, qu’est-ce que c’est?

Quand on parle d’hormones bio-identiques, on fait référence à des hormones synthétiques (fabriquées en laboratoire) qui possèdent la même structure moléculaire que celles produites naturellement par les femmes. Pour l’hormonothérapie féminine bio-identique, nous prescrivons surtout de l’estradiol-17β, le principal oestrogène produit par les femmes, sous forme de gel ou de timbre cutané, associé à de la progestérone.

Comme progestatif, on utilise la progestérone réduite en poudre très fine (micronisée). Elle est utilisée par la voie buccale et comme ces hormones sont les mêmes que celles naturellement fabriquées par les ovaires, on les appelle bio-identiques. Mais ne vous y méprenez pas : ce sont des hormones de laboratoire et non biologiques!

Sur ce, portez vous bien !

6 commentaires
  1. Sur le site de cancer.ca on dit que l’hormonothérapie est un facteur de risque pour le cancer de l’ovaire……ma belle-mère a eu ce diagnostic il y a 2 ans. Elle prenait des hormones depuis le tout début de sa ménopause. Son médecin lui avait suggéré d’arrêter sa prise d’hormones il y a quelques années mais ma belle-mère a refusé. Alors ce facteur de risque est réel ou pas? Merci

    1. Bonjour Mme Laliberté

      Merci pour l’intérêt accordé à notre sujet! Je peux vous rassurer qu’il n’y a aucune donnée convaincante en ce qui a trait aux risques de cancer ovarien et la prise d’œstrogène.
      Les différentes études s’accordent pour dire que ce risque n’est pas significatif au plan clinique (c’est-à-dire dans la vraie vie) et une seule avait suggéré une légère augmentation du risque après 5 ou 10 ans d’utilisation. Toutefois, il s’agissait d’une étude de moins bonne qualité.
      Ceci vaut également pour les femmes ayant un antécédent familial de cancer ovarien, génétique ou non.

      Dre Carrière

  2. Merci pour votre article……se fût mon sujet de la semaine avec mon médecin,,, ma ménopause et oui ou non pour les hormones.Mon médecin ma dit, presque tout comme votre article. Longue vie aux Radieuses………..

  3. Intéressant, mais je trouve que vous n’élaborez pas assez sur la différence entre les hormones bio-identiques et les autres. Est-ce que vous avez une opinion là-dessus? Merci

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