Mireille, Françoise, moi et les autres!

C’était il y a fort longtemps. Dans une ancienne vie où j’exerçais le métier d’attachée de presse. J’ai eu la chance de côtoyer des auteures mythiques telles que Françoise Sagan et dans un autre registre, la chanteuse Mireille Mathieu qui lançait à l’époque son autobiographie. Elle était de passage au Québec pour en faire la promotion et dans la foulée, participer au téléthon de l’Association de paralysie cérébrale animé par Serge Laprade.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Françoise Sagan. Mon auteure fétiche. Bonjour Tristesse, son premier livre écrit à l’âge de 18 ans, celui-là même où je l’avais lu. Je devais l’accompagner lors de sa venue au Québec pour le lancement de son dernier ouvrage, La laisse. J’avais un trac terrible, un trac fou! Je la vénérais presque. Mais je ne me doutais pas de ce qui m’attendait… serais-je consumée par ce soleil aux rayons trop ardents? Ou au contraire, déçue par des attentes démesurées…

Elle était venue accompagnée de sa directrice littéraire Élisabeth Gille. Une femme discrète, effacée. La rencontre avec cette femme fut marquante à plus d’un niveau. Nous étions au début du mois de décembre et il était prévu que nous allions à Québec pour faire plusieurs entrevues (télé et radio). Tout le monde connaît le penchant qu’avait Mme Sagan pour la conduite automobile à haute vitesse. J’avais loué une voiture, car elle avait refusé de prendre l’avion, préférant emprunter la route. Ce jour-là, les conditions routières n’étaient pas franchement idéales. Il tombait une petite pluie verglaçante sur Montréal. Le trajet serait long. Je ne me doutais pas encore que Françoise prendrait le volant, ferait presque une sortie de route et déciderait de rebrousser chemin pour revenir à l’hôtel Ritz à Montréal. Un vrai cauchemar pour toute attachée de presse qui se respecte. Dès notre retour, il a fallu que j’annule toutes les entrevues prévues le lendemain et les chambres d’hôtel réservées au Château Frontenac à Québec.

J’étais épuisée par le stress de cette sortie avortée et j’imaginais les gros titres des journaux du lendemain : L’auteure Françoise Sagan impliquée dans un accident de la route! Ouf! Nous l’avions échappé belle. Au cours de cette même soirée d’enfer, j’avais cru remarquer les absences répétées de la dame dans les toilettes toutes les dix minutes. Elle ne souffrait pas d’une infection urinaire, mais plutôt d’un problème de drogue. Elle était accro à la cocaïne. Après quelques va-et-vient à la salle de bain, j’avais décidé de prendre congé quand je fus invitée à prendre place dans le grand lit en compagnie des deux femmes visiblement intoxiquées. J’ai balbutié une excuse quelconque et je me suis enfui à grandes enjambées. R.I.P. Mme Sagan. Vous m’avez tellement perturbé que j’en ai oublié de vous faire dédicacer votre livre.

Et puis il y a eu Mireille Mathieu. Une femme discrète, croyante, à la limite timide. Elle était venue accompagnée de l’une de ses sœurs et de son célèbre agent Johnny Stark, son René Angelil de l’époque. Sa sœur jouait les coiffeuses-habilleuses avec talent. Mireille Mathieu lançait son autobiographie, Oui, je crois parue aux Éditions Robert Laffont. Encore là, j’avais un trac fou, car elle était une grande star et j’avais lu tellement de potins sur les stars capricieuses et leurs demandes farfelues. Il n’en fut rien! Cette femme était la discrétion personnifiée. Elle avait une discipline quasi militaire. Comment atteindre ce sommet sinon? J’avais loué une limousine allongée pour les déplacements. J’étais allée la cueillir à Mirabel et j’avais dû louer en plus une camionnette pour mettre les bagages des deux femmes. La gamme complète de valises et malles garde-robes Louis Vuitton rien de moins! Et pourtant, cette femme ne semblait pas avoir des goûts très extravagants. Avant ses entrevues médiatiques et sa prestation au téléthon de la paralysie cérébrale, elle aimait écouter la série télévisée The Love Boat qui était très populaire à ce moment-là dans sa suite du Méridien au Complexe Desjardins. Je me revois encore assise avec elle sur le grand divan en train de regarder ces personnages un peu caricaturaux de The Love Boat. C’était un peu surréaliste…

Une photo de Mireille Mathieu autographiée par elle-même pour mon fils Thomas lors de son passage au pays.

Mireille Mathieu était généreuse de son temps. Elle avait fait toutes les entrevues sans se plaindre, sauf une! Marcel Béliveau, qui animait l’émission archi populaire Surprise, surprise!, voulait tendre un piège à Mireille Mathieu. Un piège sans conséquences aucunes. Mais la dame se doutait peut-être de quelque chose, car elle refusa carrément de se déplacer pour cette entrevue un peu « spéciale » et demanda à recevoir la journaliste complice Carmen Montessuit du Journal de Montréal dans sa chambre d’hôtel. Je n’ai pas réussi à la convaincre de se déplacer et j’ai été obligé de lui dévoiler la vérité. J’ai dû lui expliquer que Marcel Béliveau voulait lui tendre un « gentil » piège et lui donner les détails du scénario. Sachant que c’était tout à fait inoffensif, elle accepta de jouer le jeu. Ce sketch se déroulait dans un restaurant où il y avait des bacs remplis de terre faisant office de potagers contenant des légumes frais plantés. Il s’agissait de faire croire à Mireille Mathieu que ce restaurant proposait les aliments les plus frais en ville. Elle pouvait les cueillir elle-même et les remettre au serveur pour que le chef les fasse cuire par la suite. Ce fut à la fois drôle et charmant. Mireille Mathieu m’a montré ce jour-là une autre facette d’elle, son talent de comédienne! Marcel Béliveau, je vous demande pardon même si vous n’êtes plus parmi nous depuis longtemps. Je n’avais vraiment pas le choix ce jour-là!!!

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